‹ Traité clinique et pratique de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 40 sur 113 · SA NATURE · texte numérisé non relu

SA NATURE

dit caséeux, probablement à cause de son défaut de ressemblance avec la caséine et le fromage-.

La tuberculose provoquée artificiellement par inoculation chez les animaux met aussi hors de doute la nature tuberculeuse de ces petits ganglions. Que l'on trouve au niveau de l'inoculation du pus épaissi, ou des granulations, ou une simple cicatrice, un des premiers points où se manifeste l'action de la matière inoculée se trouve dans les ganglions lymphatiques superficiels. On y observe aussi tous les intermédiaires entre les granulations et les foyers jaunes infiltrés et même la suppuration, qui y est cependant très-rare. Le microscope y montre de même les éléments que nous venons de mentionner. Ces ganglions présentent non-seulement en partie le semis des granulations pulmonaires consécutives, mais ils entraînent l'apparition de ces granulations lorsque leur tissu malade est inoculé à un animal sain. Viendrait-il par hasard à l'idée de quelqu'un de regarder ces animaux, rendus ainsi malades, comme scrofuleux?

Depuis Velpeau on a souvent prétendu que cette maladie des ganglions lymphatiques, surtout de ceux du cou, était la conséquence d'une irritation secondaire par suite d'une maladie de la peau, d'un ulcère aphtheux de la bouche, d'un foyer d'irritation quelconque, surtout avec érosion ou ulcération. J'ai pu suivre un certain nombre de ces malades pendant des années, et je n'ai constaté, ni dans l'origine, ni plus tard, une pareille genèse. Comment expliquer par cette théorie l'hérédité de celte affection ganglionnaire et l'hérédité se fixant sur ces ganglions, lorsque le parent ascendant a été principalement malade de la poitrine? Que l'on compare, du reste, les petits ganglions passagèrement infiltrés, consécutivement à une dermatose de la tête ou de la face, avec les ganglions infiltrés de tubercules, et

196 LYM Pli ADÉNITE TUBERCULEUSE SUPERFICIELLE, l'on verra manquer un seul caractère,- il est vrai, mais un caractère essentiel : c'est l'absence de tout vestige de ressemblance. La syphilis nous fournit, en outre, un exemple frappant d'une adénopalhie particulière des ganglions lymphatiques de la nuque, indépendante de toute affection cutanée ou buccale, les précédant même ordinairement.

Il est certain que les foyers tuberculeux des ganglions lymphatiques superficiels excitent souvent la suppuration, qui peut alors devenir très-opiniâtre. Mais il n'est rien de plus complètement dissemblable que les foyers jaunes, crus, compactes des ganglions et le pus épaissi. Les amateurs de fromage pathologique pourraient, il est vrai, en faire du fromage à la crème; mais ce serait augmenter encore l'ineptie de toute cette comparaison. — Ces mêmes foyers jaunes se rencontrent aussi dans les testicules, dans là prostate, dans les reins et surtout, en agglomération quelquefois considérables, dans le cerveau. Chez les singes on trouve fréquemment ces foyers jaunes, dont les dimensions varient depuis celles des granulations jusqu'au volume d'une aveline ou d'une noix, dans le foie et la rate, et une partie d'entre eux est ramollie, diffiuente presque dans l'intérieur, sans trace de pus. Personne n'oserait cependant appeler scrofuleux ces foyers qui accompagnent la tuberculose pulmonaire des singes. Ce sont indubitablement des foyers constitués par des masses tuberculeuses agglomérées.

Avant d'aller plus loin, je dois dire ce que j'entends par scrofule, par maladie scrofuleuse. Pour de plus amples détails, je renvoie à mon ouvrage sur ces maladies (1), que je regarde encore aujourd'hui comme un des plus complets sur ce sujet.

(I) Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses^ Ouvrage couroiné P* Académie de médecine de Paris (prix Portai). Pans, 1849.

DÉFINITION DE LA SCROFULE. 197 La scrofule est une maladie de l'enfance et du jeune âge, caractérisée par une série de localisations morbides qui se montrent le plus souvent sous forme d'inflammations chroniques, très-disposées à l'ulcération et à la suppuration, offrant plus raremeDt une tendance hypertrophique. L'inflammation scrofuleuse peut se rapprocher par sa nature de l'inflammation tuberculeuse dystrophique, sauf la grande différence des localisations. Les deux maladies ont une certaine affinité entre elles, en ce sens qu'elles peuvent se combiner ensemble.

Les produits phlegmasiques, plus rarement hypertrophiques de la scrofulose, n'ont absolument rien de spécifique et diffèrent des produits tuberculeux par une tout autre structure, une lout autre nature histogénique. La phlegmasie scrofuleuse est plus franchement suppurative et elle manque totalement des caractères propres aux granulations, aux infiltrations sèches, à l'agglomération confluente des granulations, à l'infiltration tuberculeuse jaune en voie de transformation granuleuse et graisseuse.

Les caractères propres de la scrofu le ne sont donc nullementhistologiques ; cependant sans rien offrir de pathognomonique, cette diathèseprésente des caractères particuliers. Déjàscslocalisations habituelles offrent un cachet spécial ; elles ont une prédilection marquée pour la peau, les membranes muqueuses, les organes des sens, de la vue et de l'ouïe, surtout les articulations et les os. Elle affecte, en outre, une tendance prononcée à la multiplicité des localisations simultanées, successives, alternantes, variées, en un mot, dans leur marche. L'hérédité indubitable contribue aussi à assigner à la scrofule une place à part dans le cadre nosologique. Sa tendance à se combiner avec la tuberculisation ganglionnaire superficielle est très-prononcée; clleconduitaussi dans un certain nombre de cas à la tuberculose interne, niais

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