‹ Traité clinique et pratique de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 75 sur 113 · PROPHYLAXIE · texte numérisé non relu

PROPHYLAXIE

malade; il faut même empêcher autant que possible qu'ils couchent dans la même chambre.

Il faut que le conjoint bien portant passe tous les jours un certain temps à l'air libre. Il faut éviter que ceux qui sont bien portants boivent dans les mêmes vases que les malades. Il faut désinfecter la literie et les vêtements de ceux qui meurent de phthisie, comme on les désinfecte après le typhus, le choléra, la petite vérole, etc. Les murs des chambres doivent être blanchis et tapissés à neuf, et les chambres elles-mêmes fortement et longuement aérées; il vaut mieux prendre, en cas pareil, trop de précautions que de les négliger.

J'ai recommandé pour les jeunes enfants une hygiène prudente, ce qui n'exclut point une bonne aération de la chambre, ni l'habitude de les faire sortir chaque fois qu'un temps passable le permet. Mais une fois la seconde enfance venue, et surtout l'âge de dix ans passé, il faut élever les enfants plus à la dure. Il faut les faire laver à l'eau froide, passer plus tard aux bains froids, aux bains de rivière ou de mer, les faire aller à l'école par tous les temps qui ne sont pas exceptionnellement mauvais, leur faire faire de la gymnastique, en un mot, rendre autant que possible le corps robuste et résistant. Quant aux changements d'air, il en sera question plus tard.

Dans le choix d'une profession, on fera bien d'éviter un état trop sédentaire, trop renfermé, tout autant qu'un métier fatigant qui réclamerait de grands efforts musculaires.

Dans les classes peu aisées, il faut éviter toutes les professions dans lesquelles il y a inhalation de poussière, de parcelles métalliques, pierreuses, de poussière de tabac, de fibres de coton, de parcelles d'ouate. Les travaux de la campagne sont très-salubres, lorqu'ils ne sont pas trop fatigants. Nous exposerons la diète plus tard ; cependant quelques cou-

seils prophylactiques sont ici nécessaires. Le lait doit être employé dans une large mesure ; il importe donc qu'il soit pur et de bonne qualité, surtout pour les enfants. Le lait de vache est le plus facile à se procurer ; à son défaut, le lait de chèvre peut le remplacer. Au lieu de café, je recommande le café de glands, aromatisé tout au plus par un peu de poudre de café, et avec parties égales de lait. Les enfants prédisposés ont de bonne heure besoin de viande. De la bière ou du vin de bonne qualité est leur meilleure boisson aux repas. La nourriture annualisée ne doit cependant pas être trop exclusive; il faut y ajouter une proportion suffisante de légumes frais, de fruits, de farineux et d'amylacés. Ce régime varié est favorable à la régularité des évacuations alvines.

Les habitations des pauvres doivent être améliorées, et, au lieu de spéculer sur les terrains disponibles dans les villes, il serait bon d'en employer une partie, au moins, à établir des logements salubres pour les classes peu aisées ou pauvres. Le spectre rouge de la question sociale n'existe que dans l'imagination des partis qui aiment peu et craignant beaucoup le peuple. La meilleure prophylaxie sociale est de rendre la position des basses classes de plus en plus supportable et avant

tout plus salubre.

Ceux qui sont prédisposés à la phthisie, hommes et femmes, ne doivent pas se marier de trop bonne heure, les hommes, entre 25 et 30 ans, les femmes, après leur 20= année révolue. Pour eux, \a sélection dans le mariage est de rigueur. Les mariais consanguins sont à éviter soigneusement. La vie doit toujours être sobre, car les excès répétés ou habituels ne sont que trop cruellement punis.

Sans anticiper sur le chapitre de la climatologie, nous dirons que l'émigration peut devenir un moyen efficace contre le déve-

TRAITEMENT DES CAUSES. 435 loppement du germe héréditaire de la phthisie. Je connais un certain nombre d'exemples encourageants dans lesquels l'expatriation, le séjour prolongé sur les bords abrités du lac Léman (canton de Genève) ou de la Méditerranée, et surtout de la Riviera di Ponenti ont eu les meilleurs résultats. J'ai connu une famille, dans le canton de Vaud, dont tous les enfants ont succombé à la phthisie, à l'exception d'un seul, pour lequel le docleur Prévost, de Genève, avait conseillé un long séjour au Brésil. Revenu dix ans plus tard, le jeune homme est devenu un homme fort et robuste qui se porte encore bien aujourd'hui. Cruveilhier m'a raconté que la fille d'un amiral français, dont tous les enfants étaient morts de la phthisie, a été sauvée et est devenue forte et robuste, après avoir navigué pendant trois ans dans les mers du Sud, en séjournant peu longtemps à terre.

Du traitement des causes.

Lorsque la tuberculose a commencé à se développer et à faire des progrès, il est souvent bien difficile, inutile même, de vouloir agir sur les causes. On peut cependant combattre ou faire disparaître des causes d'entretien et d'aggravation de la maladie. Mais ici on se trouve non-seulement devant des obstacles inhérents à la position sociale des malades, mais aussi devant ceux qui dépendent de la volonté des malades euxmêmes. Malheureusement, les causes sont ainsi trop souvent audessus de nos ressources médicales.

Nous savons déjà que la syphilis constitue une heureuse exception, surtout lorsque les foyers d'un ou de deux lobes supérieurs ne sont pas encore ramollis et envoie de destruction. Ici on rencontre beaucoup de préjugés chez les médecins qui ont souvent une répugnance non motivée à employer les

iodures et les mercuriaux chez des tuberculeux. Ils oublient que ces moyens antiplastiques par excellence opposent un obstacle efficace à l'hyperplasie tuberculeuse et ne sauraient faire du mai à doses prudentes ; le mercure, en particulier, ne doit jamais être poussé jusqu'à la salivation.

J'ai déjà dit que, dans un certain nombre de cas de tuberculose pulmonaire , j'éprouvais une certaine satisfaction à reconnaître comme cause la syphilis. En effet, dans ces circonstances, le traitement antisyphilitique non-seulement combat efficacement la syphilis, mais aussi modifie avantageusement la tuberculose, la rend d'abord stationnaire, et la fait même rétrograder plus tard. Je fais faire à ces malades des frictions mercurielles sur les diverses parties du corps, alternativement, lorsqu'il y a syphilis constitutionnelle. Je les nourris bien et je leur permets de sortir par le beau temps. Lorsqu'il s'agit de masquer les caractères de l'onguent gris, je fais ajouter à chaque paquet un quart d'onguent d'alto. A l'intérieur, je fais prendre l'iodure de potassium, en commençant par 50 centigrammes et en allant jusqu'à 2 grammes par jour. Le nombre des frictions, de deux grammes chacune, varie ordinairement de 20 à 30. La cure étant ainsi dépouillée de ses accessoires inutiles ou nuisibles, de la diète sévère et de la réclusion , peut s'interrompre, se reprendre, être, en un mot, continuée assez longtemps, pour arriver à un résultat satisfaisant.

Du régime des tuberculeux.

On discute encore aujourd'hui pour savoir si l'on doit prescrire une nourriture très-succulente, très-substantielle aux tuberculeux, ou s'il est préférable de leur donner un peu moins de viande et davantage de végétaux. La faiblesse, la diminution

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