‹ Traité clinique et pratique de la phthisie pulmonaire [electronic resource]Chapitre 76 sur 113 · DU RÉGIME DES TUBERCULEUX · texte numérisé non relu

DU RÉGIME DES TUBERCULEUX

de la résistance du corps frappent les uns, tandis que les autres mettent en ligne de compte l'excrétion exagérée d'azote et surtout d'urée lorsque la maladie est pendant longtemps fébrile. Selon moi, l'alimentation substantielle ne doit pas être exagérée et doit être adaptée à l'appétit et aux forces digestives des malades. Il n'est d'ailleurs point démontré, comme le prétendent les partisans d'un régime restreint et plutôt végétal, que l'excrétion moyenne d'urée soit dépassée pendant la fièvre des tuberculeux et pendant la fièvre hectique. Mes longues séries d'expériences faites pour titrer les principales substances contenues dans les urines des phthisiques, ne m'ont nullement présenté un excès habituel d'excrétion urique. Mais le fait fût-il démontré, il serait encore préférable de remplacer l'urée excrétée, plutôt que d'en diminuer la production par un régime trop peu azoté.

Après avoir appris à connaître la grande variabilité des symptômes et de la marche de la maladie tuberculeuse, seraitil rationnel, ou même licite, de fixer des règles de régime pour tous les phthisiques indistinctement ? Je ne le pense pas. Ilfaut, au contraire, étudier avec grand soin les indications spéciales de chaque cas, pour s'y conformer.

Avant tout, il s'agit de savoir ce que les malades, selon leur position, peuvent faire. J'ai toujours enseigné aux élèves do quelle façon il fallait adapter, pour les malades de la polyclinique, le régime aux ressources, tandis que pour les classes aisées on a bien plus de latitude. Quelle que soit la position sociale, la pauvreté ou l'aisance, il n'est jamais bon de bouleverser, de changer toutes les habitudes diététiques antérieures, à moins qu'il ne s'agisse d'habitudes antihygiéniques.

Il faut tenir grand compte des principaux symptômes. Le régime ne sera pas le même pour un malade sans fièvre que

pour celui qui est atteint d'une fièvre modérée ou plus intense, ou plus continue . On modifiera le régime selon que l'appétit et les fonctions digestives se trouveront à l'état normal ou non, selon qu'il y aura constipation, ou régularité des garde-robes, ou diarrhée habituelle. On s'occupera également de l'état des forces et de l'embonpoint, de la faculté de prendre de l' exercice ou de travailler, et, d'autre part, de la nécessité de garder la chambre ou le lit. Il faut tenir compte aussi des complications éventuelles du côté du pharynx, du larynx et surtout de ï'épiglotte, qui rendent l'ingestion des aliments difficile et parfois douloureuse. Des nausées fréquentes, la disposition aux vomissements spontanés ou excités parles quintes de toux, les caprices d'estomac des constitutions très-nerveuses, des femmes Mystériques, de la grossesse, etc., doivent aussi fixer l'attention du praticien, avant qu'il prescrive le régime. Il faut donc bien examiner chaque cas particulier, et, chez le même malade, adapter la diète à l'état présent et la modifier selon les changements qui surviennent.

Veut-on avoir un point de départ plus général pour la diète, voici ce que l'on peut envisager comme règle : Tant que l'appétit est passable et que les forces digestives sont dans leur état normal, il faut nourrir les malades, mais les aliments doivent être d'une digestion facile, leur quantité ne doit pas dépasser les désirs et les besoins d'un bon appétit. 11 vaut mieux rester au-dessous que dépasser la quantité nécessaire. Il est bon de cesser de manger dès que l'appétit commence à être satisfait. Il faut élablir un équilibre convenable entre la nourriture animalisée et les végétaux. Autant le lait constitue une bonne et salutaire boisson, autant il faut éviter le régime lacté exclusif. Il faut, en un mol, donner en quantités à peu près égales des aliments plastiques et des aliments respiratoires.

DU LAIT CHEZ LES TUBERCULEUX. 439 On ne peut pas davantage fixer une règle générale par rapport aux boissons autres que le lait. Il ne faut pas proscrire, comme on le fait souvent, le thé, le café, la bière, le vin, l'eaude-vie ; mais ces boissons doivent être prises en petite quantité ; le thé, le café ne doivent être ni forts ni purs, mais étendus de lait de bonne qualité. line faut pas non plus trop changer les habitudes des malades, lorsque ces habitudes sont raisonnables. On a exagéré autrefois, dans les sanatorium des montagnes, l'usage du vin, mais on en est revenu plus tard comme d'un abus. La sobriété dans les boissons fermentées et alcooliques est pour le moins aussi nécessaire que la sobriété dans l'usage des aliments. Il est bon que le repas du soir ne soit pas le plus copieux, comme c'est l'usage dans les pays où l'on dîne entre 6 et 7 heures du soir. Le repas du milieu du jour doit être le plus abondant. Si le diner ne peut avoir lieu que le soir, il faudra le fixer à 5 heures au plus tard, ou le rendre beaucoup plus léger que le repas de midi.

Comme il est essentiel que la digestion d'un repas soit complète avant de manger de nouveau, il faut supprimer les petits repas intermédiaires; mais le premier déjeuner du matin doit être conservé tel que les malades ont l'habitude de le prendre. Seulement, si c'est le thé ou le café qu'ils choisissent, ces boissons ne doivent pas être trop fortes, trop concentrées. Nous reviendrons plus tard sur ce point. Il faut toujours recommander aussi aux malades de manger lentement, de bien mâcher la nourriture, de ne pas manger trop chaud et de se reposer, sans dormir, après les principaux repas.

Passons, après ces généralités, aux détails du régime. De l'usage du lait chez les tuberculeux. La diète lactée, les cures de lait sont bien anciennes, mais n'ont été bien étudiées et régularisées que de nos jours. Je m'en suis beaucoup occupé

et j'ai publié sur ce sujet un travail spécial, il y a neuf ans (Die Milchkur, Berlin, 1869).

Par rapport à la phthisie, je dois dire que j'ai, à différentes reprises, fait des tentatives régulières et suivies pour la traiter par la diète lactée seule. Mais je n'ai pas été content du résultat, tandis que, dans les maladies rebelles et curables de l'estomac, j'en ai obtenu d'excellents effets. Je ne puis la recommander que dans les cas rares de phthisie dyspeptique, dans lesquels les aliments ingérés sont vomis. Quelques malades supportent mieux alors le lait refroidi à la glace, d'autres à la température de la chambre, d'autres chauffé. Ce sont des essais à faire. En tout cas, il faut, dans ces circonstances, commencer par de petites doses de quelques cuillerées à soupe, pour arriver peu à peu à un litre et au delà, dans les 24 heures, de lait fraîchement trait, cru ou bouilli.

D'un autre côté, je ne saurais assez recommander l'usage abondant du lait, à côté d'une autre bonne nourriture, chez les phthisiques. Lorsque les malades sont à la campagne, je leur fais boire 400 à 150 grammes de lait de vache le matin au lit, si possible fraîchement trait, et autant le soir ; mais alors, si cela est possible, à l'écurie, au moment où l'on trait les vaches. S'il existe quelque répugnance pour le lait, il est bon de commencer par 40 à 50 grammes chaque fois et d'augmenter la quantité peu à peu. Quelques malades supportentmieuxle lait aromatisé avec un tiers ou même la moitié de thé ou de café. D'autres malades le tolèrent mieux lorsqu'on ajoute à chaque tasse une à deux cuillerées à café de rhum, de cognac ou de kirsch. Lorsque les malades ont de la tendance à avoir de la diarrhée, le lait pur la diminue ou l'arrête souvent. En dehors de ces cas, il est bon de prendre le lait avec parties égales de café de glands, ou avec 1 à 2 cuillerées à café d'arrow-rool par tasse. Lorsque les ma-

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