‹ Traité clinique et pratique de la phthisie pulmonaireChapitre 107 sur 125 · LES EAUX MINÉRALES · texte numérisé non relu

LES EAUX MINÉRALES

sont si ])ien combines, seuls ou pour l'alternance entre l'inspiration et l'expiration, ne m'a pas donné à Breslau de résultats satisfaisants pour des tuberculeux. Il est d'ailleurs très-peu employé aujourd'hui dans le traitement de la phthisie.

De l'emploi et de l'utilité des eaux minérales.

De tout temps, et encore de nos jours, les eaux minérales ont été beaucoup employées dans le traitement des maladies tuberculeuses. Les uns ont exagéré leur utilité, tandis que d'autres les ont trop dénigrées. Il est certain que beaucoup de ces eaux minérales sont situées de façon à agir déjà comme cure climatologique, telles que les eaux des Pyrénées, du mont Dore, les eaux minérales de la Silésie. Mais d'autres, comme Ems, Soden, Lippspringe, se trouvent dans la plaine et n'offrent aucun élément climatologique salutaire. Si pour les autres le climat favorise le bon effet de la cure, tant mieux; mais souvent ces mêmes malades, envoyés à la même hauteur dans la montagne, n'obtiennent pas le même effet qu'en faisant en même temps la cure d'eau minérale.

Depuis la publication de ma clinique des maladies de poitrine, depuis bientôt quatre ans, j'ai de nouveau étudié tout particulièrement l'action des eaux minérales dans ces maladies et je me suis enquis des nombreux travaux publiés sur ce sujet. Le résultat de toute mon expérience et de toutes mes recherches des dernières années est le suivant : Les eaux minérales, sans exception aucune, n'ont pas d'action curative directe, spéciale, spécifique sur lesmaladies tuberculeuses. En toute impartialité, on peut dire que leur effet total est souvent nul, sauf le mieux momentané pendant ou immédiatement après la cure. Mais dans un bon nombre de cas j'en ai observé des effets salutaires

incontestables, dans d'autres une amélioration d'une certaine durée qui faisait plus tard de nouveau place à l'aggravation de la maladie. Au total, la cure par les eaux minérales peut agir favorablement sur la santé générale etsur les altérations locales, favoriser ainsi une marche plus bénigne du mal, mais sans ôlro le moins du monde un moyen héroïque, à effet fixe et durable. Pourquoi, du reste, ne combinerait-on pas, lorsque cela est possible, l'effet de l'eau minérale avec celui du climat, de l'usacîo abondant du lait, d'une hygiène à la fois salutaire et agréable. La phthisie est une maladie trop grave pour se priver d'aucune ressource. Nous ne pouvons calculer leur action avec une rigueur mathématique. La thérapeutique ne s'élève guère audessus du calcul des probabilités.

Parmi les localités des Pyrénées, nous avons déjà appris à connaître Amélie-les-Bains comme station d'hiver. Cauterets et les Eaux-Bonnes sont les eaux minérales les plus fréquentées, el les Eaux-Bonnes tiennent surtout le premier rang. J'en ai fait faire un fréquent usage, pendant que J'exerçais la médecine à Paris, mais mon expérience sur ces eaux n'est pas suffisante pour porter sur elles un jugement définitif. Aussi i suis-je heureux de pouvoir m'appuyer sur la haute autorité el les détails donnés sur les Eaux-Bonnes par mon excellent ami NoëlGueneau de Miissy (4), qui y a passé trois saisons. 11 les recommande dans la forme chronique,dans la forme scrofuleuse, . dans la période apyrétique.

Une réaction fébrile intense, des sueurs profuses, une tendance hémoptoïque prononcée, constituent autant de contreindications. Ces règles cependant souffrent des exceptions. L'auteur n'a point observé pendant trois ans d'hémoptysies qu'on puisse imputer aux Eaux-Bonnes. On commence leur usage par

(1) Leçons cliniques sur la tubercuUsation. Paris, 1860, p. 92 et suiv.

].E MOiNT-DOUE, AIJ.EVAUI). 537 des quarts de verre ou des demi-verres au plus; on ne va pas au-delà de un, deux, trois verres au plus par jour. On les coupe souvenl avec du lait. La durée de la saison est de vingt à vingtcinq jours. Souvent ou fait alors interrompre cette cure, on fait boire du lait d'àncsse et on ordonne ensuite une seconde cure plus courte que la première. L'amélioration survient le plus souvent après la saison thermale.

Quant aux eaux de Cauterets,]^ sais qu'on les a beaucoup préconisées, mais je n'ai pas une expérience personnelle suffisante sur leur action dans la tuberculose.

Les eaux du mont Dore m'ont paru efficaces et salutaires chez un certain nombre de tuberculeux ; cependant Queneau de Mussy les croit bien plus efficaces « dans certaines bronchites, dans certaines laryngites, dans les affections asthmatiques qui semblent liées à la diathèse rhumatismale. » L'usage des inhalations, très-perfectionné depuis quelques années, a encore élargi le cadre des moyens que les eaux du mont Dore possèdent. Le mont Dore est situé dans les montagnes de l'Auvergne et peut servir en même temps de cure climatologique d'été. Tandis que les eaux des Pyrénées sont essentiellement sulfureuses, les eaux chaudes du mont Dore contiennent un peu de chlorure de sodium, de bi-carbonate de soude et une proportion notable d'arsenic.

Allevard, également dans une bonne position climatologique, avec ses eaux sulfureuses, a été adapté avec succès au traitement des affections tuberculeuses, tant par l'usage interne des eaux que par les inhalations qui y sont fort bien organisées, ,1'y ai plutôt envoyé des malades atteints de catarrhe chronique des voies respiratoires. M. Niepce père nous a communiqué, à la Société médicale de Nice, les résultats favorables qu'il a obtenus à Allevard dans le traitement de la tuberculose.

Ems est line excellente eau pour tout ce qui est catarrlie dos voies respiratoires, bien moins active contre le catarilie localisé des tuberculeux. J'ai cependant vu quelques malades de celte catégorie qui en ont obtenu de bons efïels et pendant le temps de ma pratique à Vevey j'y ai envoyé plus de tuberculeux qu'auparavant. Les sujets nerveux, excitables, supportent bien Ems qui convient d'autant mieux que dans la broncho- pneumonie l'élément catarrhal prédomine.

Neuenahr et Gleicheinbercj ont été recommandes dans des circonstances analogues.

Lippspringe est une des eaux minérales les plus renommées en Allemagne dans le traitement de la tuberculose. C'est une eau riche en chaux, à 14" R., avec du sulfate de soude, peu d'acide carbonique et beaucoup d'azote. Rohden attribue à la chaux une part des succès de Lippspringe. Les inhalations d'azote, faites dans le voisinage àl'Inselbad, près de Paderborn, n'ont pas fourni jusqu'à ce jour des résultats sûrs et satisfaisants. Lippspringe est parmi les eaux minérales de toute l'Allemagne celle dont j'ai vu obtenir le plus d'influence favorable sur la nutrition et l'état local des altérations des tuberculeux. Rohden, un des médecins d'eaux les plus distingués que je connaisse, a eu aussi le bon esprit de combiner avec l'usage des eaux de Lippspringe, tant à l'intérieur qu'en bains, la cure hydrothérapique modérée et beaucoup d'exercice en plein air. moyens hygiéniques qu'il conseille avec raison de continuer lorsque le malade est de retour chez lui. La cure d'eau froide doit être abandonnée ou faite avec beaucoup de prudence pour les malades faibles, mais très-irritables, très-impressionnables (faiblesse irri(able).

Le médecin doit toujours tenir grand compte dans le traitement de ces maladies, du bel aphorisme de Rohden : NoUcm esse tnedims sine aere liber o.

WEISSENRURG, SODEN, SALTZBIUINN. 539 Weissenburg, dans la vallée de la Simme, dans le canton de Berne, est également une eau fortement calcaire. C'est Teau minérale de la Suisse où l'on envoie le plus de malades atteints d'une aiïection des voies respiratoires et beaucoup de tuberculeux aussi. Weissenburg est situé dans une gorge de montagne * à 800 mètres d'altitude; il a peu de soleil; ce n'est pas une station climatologique proprement dite. La source, à peine tiède, contient surtout du sulfate de chaux et du chlorure do sodium. Weissenburg (Wissebourg, comme on l'appelle dans la Suisse française) est avec Lippspringe l'eau minérale qui m'a rendu le plus souvent de bons services dans le traitement de la tuberculose commencée ou peu avancée. Ai-je besoin d'ajouter que dans bon nombre de circonstances l'action était nulle ou passagère? C'est le cas, du reste, des meilleures eaux minérales.

Soden, près de Francfort, situé dans une plaine, très-facile à atteindre, est aussi une localité très-recherchée par les tuberculeux. Il s'y trouve une grande variété d'eaux chlorurées sodiques et de fort bonnes directions médicales. J'ai vu ces dernières années à Vevey et à Montreux un certain nombre de tuberculeux, peu avancés, auxquels ce séjour a paru vraiment salutaire.

Pendant les quinze ans de mon professorat clinique à Breslau, j'ai pu bien étudier l'action de quelques eaux minérales, trèsvisitées par les tuberculeux, en Silésie. Aussi passerai-je en revue Salzbrunn, Charlottenbrunn et Reinerz, que je regarde, du reste, principalement comme station climatologique.

Salzbrunn possède une eau minérale alcaline, très-riche en acide carbonique, mais qui ne peut être bonne qu'en petite quantité, ou évaporée, ou avec du lait, parce que chez les personnes prédisposées cette eau provoque facilement des crache-

5i0 TRAITEMENT DE LA TUlJEliCULOSE.

mcnts de sang. Le cliimU est ])on, un peu exposé aux vents, mais il y a de si belles promenades et colonnades abritées que c'est un bon et salubre séjour pour des malades, avec l'air pur do montagne, et la facilité d'avoir toute espèce de lait, même celui de brebis, et de fort bonne qualité. Le petit-lait y est d'un grand usage. Les catarrhes chroniques et la tuberculose peu avancée peuvent y être traités avec succès.

Charhttenhrunn a une source légèrement ferrugineuse, sans grande valeur pour les maladies qui nous occupent ici. L'air à la fois doux et pur des montagnes, les fort belles promenades, labonne qualité du lait, des médecins habitués aux soins à donner aux tuberculeux, comme aussi, du reste, à Salzbrunn et àReinerz, rendent cette localité fort recommandable comme séjour d'été.

Reinerz, à 580 mètres d'altitude, a un air un peu plus vif, mais tonique, vivifiant ; on s'y acclimate facilement et on y trouve aussi une source ferrugineuse, du bon lait et tous les éléments d'une bonne hygiène. Aussi est-ce une station très-fréquentée.

Il en est de même pour l'été de celles de Lande etLanzenau, dans les montagnes du comté de Glalz.

Des cures de petit-lait.

Ces cures, si usitées en Allemagne et en Suisse, peu employées en France, en Itahe, en Angleterre, ont joui d'une grande vogue, mais, qui diminue d'année en année, vu que le petit-lait est du lait privé de ses meilleurs éléments, de ses principes azotés et d'une bonne partie de sa graisse. Les sels qui restent dans ce liquide se trouvent mieux combinés dans divers aliments, dans la viande surtout, et le sucre de lait, si facilement fermentescible, par le fait de sa transformation en

l.ES CURES DE UAISIN. 541

acide tartnqiic, n'a point de propriétés thérapeutiques particulières. Partisan des cures de petit-lait pendant longtemps, ce sont les plaintes des malades qui en prenaient qui m'en ont fait revenir. Les cures de petit-lait se font généralement dans de bonnes stations climatologiques. C'est ce qui a fait leur succès. Mais lorsque je l'ai employé dans les villes, en dehors des bonnes conditions du climat, j'ai trouvé leur action sur la tuberculose nulle, quelquefois nuisible même, vu que donné à des doses vraiment thérapeutiques de 1 000 à 1 500 grammes par jour, le petit-lait dérange facilement les fonctions gastro-intestinales. Aussi ai-je la conviction que les stations de cures de petit-lait, en Suisse, en Allemagne, dans leTyrol, seront transformées peu à peu en stations climatologiques avec tous les éléments pour de bonnes cures de lait.

Pour être complet, j'indique comme stations suisses pour les cures de petit-lait : Gais, Weissbad, Beinrichsbad, Supdan,dans l'Appenzell, Weissenstein sur le Jura, Interlaken. Mais il y en a tant, qu'il serait oiseux de les énumérer toutes. On peut, du reste, faire du petit-lait partout où il y a du bon lait. On précipite de la caséine avec de l'acide tartrique, on filtre et on y ajoute la valeur d'une pointe de couteau de bicarbonate de soude, pour émousser le goût de l'acide.

De la cure de raisin.

La cure de raisin a été très-vanlée pendant longtemps dans le traitement de la tuberculose. Aujourd'hui, on l'ordonne encore beaucoup, mais de préférence comme cure hygiénique, d'autant plus salutaire que la station de la cure se trouve dans de meilleures conditions de climat. L'automne, l'époque de la maturation des raisins est la plus belle saison des bords du

TRAITEMENT DE LA TUBEUCtJLOSE.

Rhin, du lac Lcinan (dit de Genève), de Méran, en un mot, des localités choisies pour des cures. Nulle part je ne trouve, sauf [)cut-etre à Méran, autant de bonnes conditions de climat réunies pour ces cures qu'càVevey, dans tout le golfe de Montreux et à Bex. Du reste, on peut faire la cure, partout où il y a des raisins, mais le choix d'une bonne station climatologique est d'autant plus essentiel, que c'est souvent le commencement d'un plus long séjour et d'une cure climatologique d'hiver.

La valeur nutritive des raisins n'est pas considérable, malgré leur richesse en sucre et en sels de potasse. Mais leur composition chimique et leur caractère de fruit en font non-seulement un aliment agréable, mais aussi un des moyens peu nombreux qui se trouvent sur la limite entre les substances nutritives et les médicaments.

Malgré les qualités réelles et l'utilité reconnue de la cure de raisin, on en a cependant bien souvent exagéré la valeur. Toutefois cette cure gagne notablement par le site beau et salubre des localités qui permettent la meilleure combinaison d'une cure à la fois hygiénique, médicale et médicamenteuse. Il faut donc l'envisager dans l'ensemble de ces éléments. J'en ai eu la preuve pendant mon professorat en Allemagne. Les cures de raisin que j'ai fait faire à domicile à Breslau et dans d'autres Villesj avec d'excellents raisins de Hongrie, arrivant régulièrement et en bon état, n'ont pas eu à beaucoup près le succès des cures faites par des malades que j'avais envoyés à Méran, aux bords du Rhin, à Vevey, à Montreux, etc.

La cure de raisiil est, malgré ses qualités rafraîchissantes, line cure essentiellement diététique, dont l'utilité suppose une quantité prescrite modérée, car les abus qu'en font souvent les malades, avec ou sans le consentement de leur médecin, peuvent la rendre nuisible. Chez les tuberculeux, un crachement

LES CURES J)E IIAISINS. 543

de sang- peut en cire la conséquence. Un bon régime fortifiant doit venir en aide à cette cure.

Dans ma jeunesse, je voyais ordonner des cures de raisin à la dose de huit à dix livres par jour, avec réduction de toute autre nourriture à son véritable minimum. Dès le commencement de ma pratique je me suis révolté contre une cure aussi irrationnelle, surtout lorsqu'il s'agissait de maladies de poitrine. Je suis arrivé de bonne heure à envisager comme maximum deux à quatre livres par jour, et j'ai été heureux de voir plus tard mon excellent et regretté ami, Gurchod, fixer aussi trois livres comme dose moyenne pour les vingt-quatre heures, dans son beau travail sur les cures de raisin,

J'ajouteraique les tuberculeux supportent encore bien moins que les autres malades de fortes doses de raisin, et que pour eux je conseille en moyenne une à deux livres par jour, trois livres au maximum. Les raisins constituent un élément vraiment utile dans la diète des phthisiques, mais manquent de toute action spéciale sur le fond de la maladie.

Je crois être agréable à mes confrères, en ajoutant quelques détails bien concis sur la cure- de raisin dans d'autres maladies, détails qui trouvent également leur application aux complications de la tuberculose.

Les malades qui ont une affection des voies digestives ont besoin de doses plus fortes que une à deux livres par jour. Toutefois, il vaut mieux dans les états dyspeptiques, avec catarrhe chronique de l'estomac, ne progresser que lentement, né pas dépasser trois livres par jour et régler soigneusement le régime. Le catarrhe gastrique accompagné de douleui-s fré- (lucntes, d'une digestion très-laborieuse, le soupçon même d'un ulcère gastrique contre-indiquent la cure de raisin.

La constipation, tant celle qui est idiopathique que celle qui

Page 1