SYMPTOMES FÉBRILES
Malgré de nombreuses exceptions, la règle est que la fièvre marche de front avec les lésions internes. Tant qu'il y a peu de foyers dans un des sommets, il y a peu de fièvre, ou elle manque. Elle s'établit à mesure que les foyers se multiplient, s'étendent et qu'ils sont de plus en plus disposés au ramollissement et à la nécrose moléculaire.
Pendant les premiers temps on observe quelquefois le type pseudo-intermittent de la fièvre, type qui peut devenir plus prononcé encore à l'époque de la fièvre hectique. Toutefois un examen attentif fait éviter facilement une erreur de diagnostic. Le type n'est pas franchement intermittent, l'élévation de la température et l'accélération du pouls persistent, quoiqu'à un moindre degré, après les paroxysmes ; la rate n'est pas engorgée; l'état général du malade se détériore et l'examen attentif de la poitrine lève bientôt les derniers doutes.
Dans d'autres cas le type fébrile a une apparence tout à fait typhoïde. La maladie thoracique a marché d'une manière latente, l'examen de la poitrine ne révèle que peu d'altérations physiques, mais la température est élevée. Toutefois sa marche est bien plus irrégulière, bien moins rapidement ascendante que dans la fièvre typhoïde; la roséole, les symptômes intestinaux, l'engorgement de la rate manquent. Puis l'allure de la maladie est traînante et la poitrine offre bientôt des signes de moins en moins douteux.
Les sueurs nocturnes accompagnent souvent la fièvre ou la précèdent même; légères chez quelques-uns, elles sont très-incommodes chez d'autres. Leur persistance pendant une longue période n'est pas rare; elles cessent cependant lorsque la maladie se ralentit ou s'arrête dans sa marche.
Des variations du pouls dans la phlhisie. — Quelque importantes qu'elles soient, les variations ne sont nullement le
reflet fidèle de l'intensité de la fièvre. De bonne heure la pli;nitude et la tension de l'artère diminuent et bientôt le pouls s'accélère. On y fait peu d'attention d'abord, car pendant des mois l'augmentation de fréquence des pulsations peut n'être que de 8-12 par minute ou même au-dessous. Lorsqu'on k% compte souvent, on constate de bonne heure qu'elles atteignent par moments le chiffre de 96 à 100, surtout le soir, au Heu des 84-88 d'accélération légère. Cette fièvre d'une période peu avancée disparaît souvent, lorsque les foyers restent peu nombreux et bien localisés. Du moment que ceux-ci progressent en étendue, en nombre, en degré d'altération, on trouve le pouls plus habituellement accéléré, 84-88 le matin, 92-100 et au delà le soir; en même temps il faiblit. A mesure que la destruction fait des progrès, le pouls diminue de force et s'accélère encore, 96-100 le matin, 104-108-116 le soir et au commencement de la nuit. Sous l'influence du pneumothorax il peut atteindre d'abord 144 pulsations par minute, pour redevenir moins fréquent les jours suivants. Pendant les derniers temps de la vie il est habituellement fort accéléré, 116 à 120 pai minute et très-petit. La fréquence du pouls est del/5à 1/4 plu^ grande chez l'enfant que chez l'adulte. L'irrégularité du poui^ peut survenir sous l'influence de la faiblesse et de l'altération graisseuse du cœur, ou être amenée par une complication cé-
rébrale.
Des changements de la température le cours de la phUnsie pulmonaire.
Je renvoie le lecteur aux nombreux détails et tableaux pu- • bliés dans ma clinique des maladies de poitrine, et je n'eni
donne ici que le résumé.
La marche thermique de la phthisie est celle des inflamma--
CHANGEMENT DE LA ÏEMPÉIIATURE. 127 ions chroniques en général; elle ne présente pas de parlicuarités spécifiques. La disposition pyrogène individuelle exerce me influence considérable. Bien que Faugmenlation delà tem- Dérature ne soit pas habituellement très-élevée, c'est par sa lurée el par l'irrégularité de sa marche qu'elle contribue puislamment à affaiblir les malades. L'âge et le sexe n'ont aucune influence directe sur la marche thermique. Comme celle-ci n'est pas nécessairement corrélative aux influences extérieures ni uix phases de la maladie, il est probable que des produits )vrogènes d'intensité diff'érente peuvent se développer dans les circonstances en apparence analogues.
La chaleur fébrile matinale peut manquer assez longtemps, ^eu à peu elle dépasse de l°à 1%5 l'état normal. De 37%7 à ÎS" d'abord, elle peut ainsi arriver à 38%5, aller même à 39°. lorsqu'elle dépasse habituellement 38° dans la matinée, la naladieest ordinairement en pleine progression. Le maximum )eut être plus élevé, le minimum au-dessous de l'état normal, nais ces chiffres extrêmes n'ont pas une grande valeur. Vers la in de la maladie, une température normale ou inférieure à a moyenne, dans la matinée, est l'effet de l'épuisement.
Si, pendant les premiers temps, la fièvre peut manquer, être )assagère ou peu considérable dans la matinée, la chaleur fé- )rile s'accentue davantage et de bonne heure vers le soir. Sauf :les chiffres exceptionnellement plus élevés, elle atteint peu à 3eu 38°,5, 39° et 39",5; il n'est pas rare de la voir monter à 40% nnais il est exceptionnel qu'elle dépasse ce degré. Lorsque le îollapsus progressif s'accentue, la moyenne de la tenpérature, [lans la soirée, peut tomber à 38%5 et même 38°.
Le type ordinaire de la fièvre est donc rémittent. Dans la ma- -inée le thermomètre arrive peu à peu à 37°,8f, 38°, 38,5", 39° Tiêmo, le soir à 39° et jusqu'à 40°, exceptionnellement à 41".
m BUONCHO-PNEUMONIE TUBERCULEUSE.
L'épuisement du collapsus diminue les deux moyennes Iher^^
miques de 1°, 1%5 et au delà.
La phthisie aiguë ou subaiguë peut bien présenter une température habituellement très-élevée, mais la règle est que la chaleur n'y diffère pas sensiblement des moyennes de la phthisie chronique. Dans celle-ci une température habituellement haute s'explique quelquefois bien difficilement et n'est nullement en rapport constant avec la progression des altérations anatomiques.
Pendant les dernières semaines ou les derniers jours, j'ai observé quelquefois des refroidissements passagers, le thermomètre ne marquant pendant quelques heures que 35% oi', même 33" et une fois 32%5..
Lorsqu'on mesure la température toutes les trois ou toutes les deux heures, on est frappé de l'irrégularité dans les rémissions et les exacerbations ; elles paraissent bien plus accentuées encore que lorsqu'on n'emploie le thermomètre que deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures. Cette irrégularité de la marche thermique, cette véritable ataxie du calorique a quelque chose de caractéristique pour les courbes des phthisiques, des tuberculeux en général. L'irrégularité des rémissions est encore augmentée lorsque, vers la fin, l'influence de l'épuisement aoit irréQulièrement et davantage sur la chaleur matinale que sur celle du soir. Le type inverse, la diminution progressive de la chaleur du matin au soir, n'est qu'intercurrent, durant un à deux jours. En appliquant le thermomètre à deux heures de distance, j'ai plus d'une fois constaté une différence de i" et au delà entre les deux mensurations.
Lorsque la maladie s'arrête dans sa marche ou qu'elle s'améliore notablement, la fièvre diminue, ou cesse peu à peu complètement; dans ces cas la température matinale peut
SYMPTOMES FÉBUILES. 129
^(er pendant quelques jours au-dessous de la normale. La fièvre hectique peut avoir des paroxysmes qui se maniîstent souvent par un frisson initial; il est prononcé tantôt ans le milieu du jour, tantôt plutôt le soir, quelquefois deux )is dans les vingt-quatre heures; pendant ces accès la tempé- .iture augmente assez notablement, pour diminuer après leur
îssation
La température terminale, celle qui précède ou accompagne i mort, a été, dans les 2/5 de nos observations, normale ou auessous de la normale, de 37", 36°, plus rarement de 35" ou e 34". Mais dans les 3/5 de nos cas, la température terminale été fébrile, de 38" à 39", même 39", 5. Exceptionnellement le lermomètre atteint 40" pendant l'agonie, dans un cas il maruait 42". Dans la pht.hisie aiguë, la mort avec une température evée acquiert une plus forte proportion que dans la tubercu- )se chronique.
Jetons à présent un coup d'œil sur les diverses phases et les Dmplications de la maladie.
Pendant les premiers temps d'une pneumonie disséminée, à larche lente, la température est normale pendant un à lusieurs mois. Puis de temps en temps elle présente le soir ne élévation qui atteint à peine 38", puis celle-ci devient plus •équente et plus marquée; en même temps la température élève aussi le matin de quelques dixièmes de degré. La maladie ne fois bien déclarée et en voie d'extension, la fièvre peut enore manquer le matin, mais elle est prononcée le soir, 38",5, hême 39". Mais la règle est à ce moment le type rémittent, à haleur modérée, jusqu'à 38" le matin, autour de 39" le soir, 'es qu'il y a arrêt ou amélioration locale, la température relent peu à peu à l'état normal; dans ces cas la fièvre cesse le latin plus vite que le soir. Une complication inflammatoire
LEIiERT.
130 BRONGIIO-PNEUMONIE TUBERCULEUSE.
aiguë substitue momentanément sa courbe à celle de la pneumonie disséminée.
De bonnes conditions hygiéniques, le repos, le régime, un air suffisamment renouvelé agissent favorablement, aussi bien à l'hôpital que dans la pratique privée, sur la fièvre, tant que celle-ci n'est pas habituelle et hectique. C'est alors que l';s malades retrouvent un certain bien-être, passager ou plus durable. Plus tard la multiplication et l'extension des foyers conduisent à une aggravation fébrile et thermique manifeste qui n'est pas en rapport direct avec le ramollissement et le travail nécrobiotique destructeur.
De fortes hémorrhagies pulmonaires, pendant les premiers mois, tendent à faire diminuer ou cesser la fièvre. La formation de cavernes et de foyers nombreux ramollis peut tout aussi bien avoir lieu avec une fièvre modérée qu'avec une plus intense. L'ataxie de beaucoup de courbes ne s'explique pas davantage par les variations dans l'évolution des produits morbides. Même pendant la phase terminale du marasme, la température peut rester élevée le matin et le soir, malgré Faction ordinairement réfrigérante du collapsus; cette action peut cependant se manifester sous la forme des refroidissements passagers considé-
irables indiqués plus haut.
La pneumonie chronique à siège plutôt interstitiel avec tendance à l'induration n'amène pas de modification dans •courbes; cet état se combinant tôt ou tard aussi avec la pneuimonie disséminée broncho-alvéolaire, avec destruction des tissus et formation de cavités plus ou moins volumineuses. Lorsque la pneumonie chronique passe à l'état subaigu, à la tu- • ,berculose miliaire, la fièvre peut augmenter dans quelques cas, mais le plus souvent elle n'en est pas sensiblement modifiée, j voyons-nous pas, en effet, dans la marche chronique, tant