‹ Traité clinique et pratique de la phthisie pulmonaireChapitre 21 sur 125 · SYMPTOMES DU COTÉ DU SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

SYMPTOMES DU COTÉ DU SYSTÈME NERVEUX

[ililliisie, nous rencontrons également tous les passages entre les (roubles simplement fonctionnels et d'autres accidents ayant une base anatomique plus nette. C'est ainsi qu'aux suites de l'anémie et l'atrophie cérébro-spinales se joignent vers la fin ceux de l'œdème sous-arachnoïdien ou d'un épanchement intra-ventriculaire. Des névralgies en apparence périphériques peuvent avoir aussi une cause anatomique plus profonde: ainsi la sciatique peut être consécutive à la compression de l'origine du nerf par des glandes lymphatiques tuberculeuses intra-pelviennes; c'est ainsi aussi que la névralgie crurale n'est que la suite de la thrombose subite de la veine crurale.

La disposition cVespril des phthisiques a été souvent décrite d'une manière trop optimiste. On a abusé du terme de spes phlhisicorwm. Au commencement les tuberculeux sont insouciants, parce qu'ils ne souffrent point ou peu, et encore sont-ils fort effrayés lorsqu'un accès d'oppression, un crachement de sang surviennent. Ils reprennent avec raison bon espoir lorsque leur état général s'améliore; mais pour peu que la toux s'aggrave, que les forces diminuent, que la fièvre, les sueurs nocturnes surviennent, l'inquiétude reparaît. A ce moment les malades se font cependant encore volontiers illusion, parce qu'ils ne peuvent soupçonner la gravité possible de ces symptômes. En général leur disposition d^esprit varie avec la maladie. Lorsqu'elle s'aggrave, ils sont plus ou moins inquiets et le bien-être leur revient avec l'amélioration. Et ne contribuons-nous pas nous-mêmes à augmenter les illusions des malades par des paroles consolantes et en combattant les motifs d'inquiétude dont ils nous parlent?

Lorsque la phthisie progresse avec peu ou point de rémissions, les malades deviennent de plus en plus découragés, angoissés même; mais à mesure que les forces diminuent, l'apathie

U2 BIIONGIIO-PNEUMONIE TUBERCULEUSE. 1

s'empare d'eux. Lorsque des malades, arrivés près de leur fin font des projets de déplacement, de voyages, est-ce l'espérance, ou n'est-ce pas plutôt leur extrême malaise qui leur fait désirer un changement? Au total, les tuberculeux offrent toutes les variabilités de disposition d'esprit propres aux maladies chroniques en général, tant que la marche de la maladie présente des variations dans son intensité; puis, lorsque la maladie progresse, la confiance et l'espérance diminuent au fond; mais attaché comme l'homme l'est à la vie, toute bonne parole du médecin et de l'entourage, toute amélioration momentanée de quelques symptômes, ranime pour un moment son courage, et lorsque le découragement est devenu permanent, l'apathie de l'épuisement tend à le rendre moins pénible.

Je connais, d'un autre côté, plus d'un exemple de ma pratique hospitalière et privée, de suicide occasionné chez des phthisiques par leur triste conviction de ne pas guérir et d'avoir encore beaucoup à souffrir. Lorsque par une belle journée on se trouve dans une de ces localités balnéaires où les phthisiques se promènent habituellement, on est frappé de l'abattement et du malaise qu'exprime généralement leur physionomie et leur démarche.

Le sommeil des malades est souvent aussi loin d'être bon, interrompu par la toux, le malaise, la fièvre, pour peu que la maladie soit avancée. Aussi leur meilleur sommeil est-il celui des heures matinales. Cependant les malades exagèrent souvent leur insomnie. D'un autre côté, il est rare que les nuits soient mauvaises d'une manière continue et des nuits meilleures alternent le plus souvent avec de moins bonnes.

Les signes d'une anémie cérébrale prononcée appartiennent plutôt aux derniers mois ou aux dernières semaines de la maladie. Les malades ont souvent des vertiges, des bourdonne-

SYMPTOMES DU COTÉ DU SYSTÈME NEUVEUX. 143 iients d'oreilles, des douleurs de têle. Un état typhoïde partiiilier peut se montrer aussi à cette époque tardive, mais on I observe aussi quelquefois de bonne heure, surtout lorsqu'une phase fébrile se développe rapidement avec une certaine intensité. Les malades se sentent très-faibles, ils sont dans un état ^ûporeux habituel, interrompu quelquefois par un délire passager. La langue se sèche, le pourtour de la bouche et du nez so couvre d'un enduit fuligineux, dans les cas graves. Mais il st rare que les malades succombent dans cet état, lorsque la maladie n'est pas avancée; l'état typhoïde cesse et la maladie Miit sa marche alternante ou progressive. Toutefois cet état est [ilus grave encore, mortel le plus souvent, lorsque la phthisie aiguë prend cette physionomie typhoïde.

L'épuisement qui conduit à la terminaison fatale s'accomaiagne aussi quelquefois de céphalalgie, de délire passager, alternant avec du coma. Le délire des ivrognes ne survient comme c omplication qu'à une époque bien moins avancée.

Plusieurs fois j'ai vu une phase terminale méningitiforme, ([uoique l'autopsie montrât plus tard l'absence de méningite et d'hydrocéphalie interne.

Un certain nombre de phthisiques gardent leur connaissance jusqu'au dernier moment.

Dans quelques cas exceptionnels, l'anémie peut provoquer à lie seule, vers la fin, des spasmes, des convulsions, la parésie même d'un membre.

L'encéphalopathie toxique est rare. L'urémie, suite d'altéralions profondes des reins, en est le type le plus fréquent; des vomissements, des spasmes, des convulsions, du coma se montrent passagèrement, cessent ou reparaissent et conduisent tlors à la mort dans un coma complet. Les diabétiques tuberculeux offrent aussi quelquefois des symptômes cérébraux termi-

144 BKONCHO-PNIÎUMOi^îlE TUBEUCUl.EUSE.

naux. Les malades perdent momentanément connaissance, ui aphasie passagère survient, on constate une hémiplégie incor plète. Tous ces symptômes peuvent disparaître ou bien co: duire à un état comateux, avec céphalalgie, quelquefois avel convulsions, qui se termine par la mort. I Les troubles des sens des tuberculeux ne sont pas fréquenta Les granulations delà choroïde, découvertes par Gohnheirn, ne m'ont pas paru donner lieu à des troubles correspondants de la vue.

La conjonctivite chronique, l'iritis, la choroïdite ne sont pas très-rares, quelquefois à la suite d'une complication syphilitique. Lorsque des scrofuleux meurent phthisiques, on constate quelquefois tous les signes et plus tard toutes les altérations de l'ophthalmie des scrofuleux.

Les troubles de l'ouïe et les altérations de l'oreille interne s'observent plus souvent que les troubles de la vision. On voit des tuberculeux avoir l'ouïe de plus en plus dure, après l'avoir eue bonne avant la maladie. On constate quelquefois alors la perforation ou la destruction partielle de la membrane du tympan, mais sans écoulement purulent. Il est fort possible que dans ces cas des granulations, des petits foyers tuberculeux se forment dans l'oreille moyenne ety excitent une inflammation chronique. Il serait donc bien opportun d'examiner avec soin l'oreille moyenne et interne des phthisiques.

On connaît mieux l'otite profonde, consécutive à la carie dii rocher; on est même allé trop loin, en regardant cette carie comme toujours tuberculeuse, ce que j'ai prouvé être une exagération. Dans mes autopsies d'otite interne, chez des enfants tuberculeux, avec écoulement purulent ou sanieux, avec surdité, avec paralysie du nerf facial même, j'ai observé tous les > passages entre la carie du rocher, la destruction partielle du

SYMPTÔMES DU CÔTÉ DE LA MOELLE. U5 racial dans le canal de Fallope, jusqu'à la carie intra-craniennc ivoc phlébite des sinus, encéphalite et abcès cérébral même. D'après quelques faits observés, je serais même disposé à croire ijifune carie prolongée de l'un ou des deux rochers peut conduire à la tuberculisation consécutive des glandes lymphatiques .superficielles et à celle des poumons. La succession de ces diverses altérations s'est présentée dans un certain nombre de mes observations et la fréquence de la tuberculose interne après la carie permet de considérer comme très-probable que la carie du rocher peut être le point de départ de la bronchopneumonie disséminée.

Des symptômes du côté de la moelle épinière et de ses enveloppes.

A en juger par le silence des auteurs,^on croirait ces loca- « lisations rares. D'abord il n'est pas rare du "tout qu'une carie de la colonne vertébrale atteigne secondairement les méninges spinales et la moelle et que cette carie devienne à son tour le point de départ de la tuberculose. Mais j'ai vu aussi assez souvent la parésie et la paraplégie survenir rapidement ou peu à peu sans carie chez des tuberculeux. Dans quelques cas heureux qui ont guéri, j'ai diagnostiqué une méningite spinale avec un épanchement qui s'est résorbé. Mais, dans d'autres cas, j'ai constaté pendant la vie et après la mort une raéningo-myélite lente et progressive comme seule cause de la paraplégie. Il m'est resté des doutes au sujet d'une apoplexie de la moelle dans un cas deparaplégie subite, persistant jusqu'à la mort, chez une jeune fille dont, à mon regret, je n'ai pu faire l'autopsie. Les cas peu nombreux de tubercules des méninges et de la moelle n'ont pas donné lieu à des symptômes certains, et je crois que ';ctte localisation secondaire est souvent latente.

Page 1