‹ Traité clinique et pratique de la phthisie pulmonaireChapitre 56 sur 125 · DE LA PÉIUTONITE TUBERCULEUSE · texte numérisé non relu

DE LA PÉIUTONITE TUBERCULEUSE

péritonite progressive, par perforation, par épuisement et anémie cérébrale, par les symptômes thoraciques, quelquefois même par asphyxie.

J'ai observé à Zurich un cas qui s'est terminé par l'arrêt de la maladie et par une guérison momentanée. Toutefois le diagnostic est entouré de tant de difficultés en cas pareil qu'il est bien difficile d'affirmer la possibilité d'une issue favorable. D'un autre côté, on serait tout aussi bien en droit d'admettre la curabilité de la péritonite granuleuse que celle de la méningite tuberculeuse. Ne voyons-nous pas quelquefois à l'autopsie des granulations tuberculeuses du péritoine sans inflammation ou avec bien peu d'inflammation tout autour? Aussi leur ralatinement atrophique, leur guérison locale n'a-t-elle absolument rien qui répugne aux saines doctrines médicales.

On comprend qu'avec la variabilité des symptômes et de la marche, il doit y avoir des formes diflérentes de la maladie, qu'il est important de distinguer. Ce sont, d'après mes observations, les suivantes :

1° La forme aiguë ou suhaiguë, mortelle en un à trois ou quatre mois, est caractérisée par le tableau complet, bien que certains symptômes puissent manquer ou être peu arcentués.

2° La forme chronique pure, bien déterminée, comme la précédente, offre un début moins accentué et une marche plus lente, sans qu'il se manifeste de complication du côté des poumons et des intestins.

3" La péritonite tuberculeuse purulente est très-fébrile; il y a souvent des frissons ; l'épuisement et le marasme arrivent beaucoup plus vite que dans d'autres formes. On l'observe dans 1/4 des cas. Ses grands abcès circonscrits, ses foyers purulents diiï^us, la tendance à la perforation la rendent fort

FORMES DE LA PÉUITONITE TUUEllCULEL'SE. 287

^ravc. C'est la forme chronique qui ne dépasse souvent pas ([uatro à six mois de durée totale.

-'i!' La forme enLéro-pérUonitiqueo^v<i'd\^ fois les signes de la péritonite tuberculeuse et de l'entérite ulcéreuse, complication notée dans le quart de mes observations. Les symptômes des ulcères intestinaux peuvent préexister ou se développer simultanément ou postérieurement.

5° La forme latente peut exister au début ou pendant assez longtemps. Ce n'est que dans 1/8 des cas que cette absence de symptômes a persisté, et encore dans les derniers temps pouvait-on soupçonner la maladie.

G° La forme typhoïde, ou plutôt la physionomie typhoïde de la maladie a été quelquefois observée par moi chez les patients qu'on m'amenait à l'hôpital de Zurich, dans la division destinée spécialement à la fièvre typhoïde. Tantôt cet état ne durait que pendant les premiers temps, tantôt pendant toute la maladie. On observait alors une extrême prostration des forces, une profonde apathie, du délire, alternant avec un état soporeux, du météorisme, de la diarrhée, une fièvre intense ; le pouls était très-petit et très-accéléré.

1° La forme pleuro-jjéritonitique s'observe quelquefois; un vaste épanchement pleurétique existe dans un côté de la poitrine et domine pour ainsi dire la maladie et les symptômes péritonitiques.

8" La forme pérityphlitique, enfin, est celle qui débute dans la fosse iliaque droite et marche pendant quelque temps comme une pérityphlite avec induration et fièvre.

Les rapports qui existent entre les symptômes et les altérations pulmonaires d'un côté et la péritonite tuberculeuse de l'autre nous ont déjà fourni les preuves non douteuses de la possibilité assez fréquente du développement de cette périlo-

J)E LA PÉIUTONITE TUBERCULEUSE, nite d'une manière tout à fait indépendante, les poumons restant indemnes ou ne se prenant que peu et tardivement. Dans d'autres faits, ou groupes de faits, les symptômes du côté de lu poitrine sont bien prononcés ; mais dans tout ce groupe de péritonite tuberculeuse primitive l'affection pulmonaire a été la conséquence, la localisation secondaire, peut-être quelquefois avec un début simultané peu prononcé. Il reste, il est vrai, des cas dans lesquels la phthisie pulmonaire était évidente, mais dans lesquels la péritonite granuleuse a été de beaucoup la maladie dominante. J'ai, enfin, vu quelques cas, dans lesquels des altérations pulmonaires très-avancées se sont améliorées et paraissaient tendre vers la guérison, lorsque la péritonite s'est développée et a suivi sa marche inexorable.

11 faut aussi tenir compte d'une certaine affinité qui existe entre les grandes séreuses et les synoviales articulaires dans leurs manifestations morbides. Plus d'une fois, en effet, j'ai vu la péritonite débuter par un rhumatisme articulaire aigu.

La péritonite tuberculeuse secondaire, survenant dans le cours de la phthisie pulmonaire, est loin d'être rare, puisqu'elle se rencontre dans la majorité de nos obseruations, 34 fois sur 65.

La symptomatologie ne diffère point de celle de la péritonite tuberculeuse primitive, mais ses symptômes et sa marche peuvent être moins bien caractérisés. J'ai vu cette péritonite être la conséquence de localisations thoraciques tuberculeuses bien diverses, de broncho-pneumonie disséminée, crue, ramollie, ou avec cavernes, de granulie pulmonaire étendue, de pneumonie disséminée interstitielle et connective, de tuberculose étendue des glandes bronchiques. Je l'ai obsBrvée aussi chez des malades qui avaient été atteints de rougeole, de diabète.

PÉIUTONITE TUBERCULEUSE SECONDAIRE. 289 Dans la granulie généralisée, la péritonite peut se prendre en môme temps que les autres organes ou plus tard, mais parfois aussi en premier lieu, ce dont j'ai observé des exemples.

Je termine ici l'exposé clinique de la tuberculose des divers organes. En le comparant avec celui des auteurs qui s'en sont occupés, on trouvera qu'il y a beaucoup de points nouveaux et que toutes les descriptions sont faites d'après l'analyse de faits soigneusement observés et d'une manière tout à fait indépendante. Je tracerai de la même façon l'histoire anatomique des maladies tuberculeuses qui complétera cet exposé clinique. Ces deux sortes d'études s'uniront ainsi pour éclairer la nature et la puthogénie de ces maladies.

LKBERT.

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