TROISIÈME PARTIE
klVATOMIE PATHOtOGIQUE DE 1.% PHTHISIE P1JI.M01VAIRE ET DES DIVERSES LOCAOSATIO^S TCBERClJI.EtJSES
Bayle est le premier qui ait décrit d'une manière un peu complète les granulations tuberculeuses. Son mérite n'est pas diminué par le fait que les recherches modernes ont démontré [jue la granulation simple, à peine visible à l'œil nu, était plu- Lôt micro-miliaire et que la granulation miliaire ordinaire était souvent déjà un tubercule d'agglomération.
Laennec a réuni toutes les localisations tuberculeuses des divers organes, y comprises les granulations de Bayle, en un seul produit morbide, le tubercule, qu'il a envisagé comme lune formation nouvelle et dont les diverses phases de dévelopipement progressif et rétrograde constituaient les principaux changements qui s'opéraient dans les organes qui en étaient affectés.
Les observations de Laennec ont été généralement adoptées, mais l'interprétation de leur origine a subi des modifications. C'est ainsi que Broussais et son école, Andral, Cruveilhier, Lombard ont regardé le tubercule comme d'origine inflammatoire, constituant une forme particulière du travail phlegma- I sique.
L'unité de la tuberculose a cependant été maintenue par le uns et les autres jusqu'aux travaux de Reinhardt qui a prouv. par de bonnes et laborieuses recherches que, dans le poumon une bonne partie des altérations attribuées au tubercule et; ses phîises d'évolution était due à un travail lent d'inflarnmatioi et de dégénérescence qui avait pour siège les terminaisons di l'arbre respiratoire, les bronches, les bronchioles, les alvéoles Le résultat de ces travaux a été adopté par Virchow, le col laborateur et l'ami de Reinhardt. Cet éminent pathologiste tenant compte des différences de siège, d'aspect et de structure entre le loyer broncho-pneumonique et* la granulation miliair tuberculeuse, a abandonné l'unité de Laennec, en attribuant» les foyers broncho-alvéolaires à l'inflammation et en envisa-i géant les granulations comme de formation nouvelle, comme produit accidentel lymphoïde. Ces deux catégories ne comn prennent pas toutes les localisations. 11 y a dans les glande lymphatiques et dans les organes parenchymateux des infiltra tions jaunes, sèches, compactes, dites caséeuses, que Virchowv ne pouvait assimiler ni aux granulations, ni aux foyers pulmO' naires. Quelques-uns de ces produits furent considérés par lui' comme des tubercules volumineux agglomérés avec tendanc à la transformation caséeuse, tandis que d'autres, et surtout! les inOltrations des glandes lymphatiques, étaient envisagés par Virchow comme des inflammations scrofuleuses. Cette division en trois variétés a remplacé l'unité de Laennec.
Cette opinion a eu beaucoup de partisans. Cependant dès.» 1867, et surtout depuis 1868, après mes études expérimentales > sur ce sujet, je suis arrivé à une tout autre conviction. Je suis-< revenu à l'unité des altérations tuberculeuses, les regardant t comme les produits d'une inflammation particulière, dyst.ro-phique, consécutive à une altération profonde de la nutrition
!^ locale ou générale. J'ai cherché à démontrer que les différences anatomiques étaient dues en bonne partie à la nature des tissus atteints. Les surfaces épithéliales des bronches, des bron- )chioles, des infiindibulums, des alvéoles donnent lieu à une )phlegmasie avec dégénérescence, desquamation des épithé- ■ Hums, émigration de leucocytes, tandis que dans les parois de . ces mêmes alvéoles et bronchioles, dans leur tissu connectif, rdermoïde, le produit phlegmasique prend le caractère granuleux et peut s'étendre en surface comme agglomération, ou en longueur et former ainsi la péri-bronchite, la péri-artérite. Lorsque le travail phlegmasique donne lieu à un produit protoplasmatique étendu, on peut avoir autour des granulations une infiltration grise demi-transparente. Quant au tubercule glandulaire, je l'ai toujours considéré de la sorte; il naît de gra-
Inulations et de tubercules agminés.
Dans ces derniers temps, Charcot a cherché à ramener tout . travail tuberculeux à la granulation simple ou à l'aggloméralion de tubercules miliaires. Les foyers d'apparence bronchol'iieumonique seraient, d'après lui, comme dans les doctrines I de Laennec, produits par des tubercules agminés. La bronchopneumonie tuberculeuse existerait à peine.
Malgré toute l'estime dont le nom de cet auteur est entouré et que je partage pleinement, je crois sa manière de voir trop exclusive, bien que je fasse, moi aussi, la part large aux tubercules d'agglomération. Ainsi j'ai démontré que les cavernes tuberculeuses et les tubercules jaunes, diffluents, dits caséeux, fréquents dans le foie et la rate des singes tuberculeux, n'avaient pas d'autre origine que des tubercules agminés. Mais chez ces I mêmes singes j'ai pu constater l'existence de foyers bronchopneumoniques quelquefois très-nombreux.
La science n'ayant pas encore dit le dernier mot sur l'ana-
^* ANAÏOMIE PATHOLOGIQUE,
tomie de la tuberculose, le meilleur parti à prendre par h observateurs est donc de décrire ce qu'ils ont vu, d'analysr les nombreuses notes prises pendant l'examen et de ne cor dure des faits que ce qu'ils contiennent. Cette voie n'est p; brillante, mais c'est la seule qui soit sûre et vraiment utile ai progrès de la science.