INDICATIONS DES STATIONS DTIIVEU
L'art doit donc tendre à imiter ces conditions favorables. Or, le changement d'air, de climat, pendant la mauvaise saison, correspond à ces indications thérapeutiques toutes naturelles, en ce sens que la cure climatérique implique l'éloignement de toute occupation fatigante, des soucis habituels inhérents à la vie active, en même temps qu'une bonne nourriture, une vie agréable se joignent k la faculté de vivre en plein air et de prendre beaucoup d'exercice pendant l'automne, l'hiver et le commencement du printemps , saisons pendant lesquelles cet exercice salutaire devait être si souvent interrompu dans le domicile habituel du malade.
Mais de même qu'il n'existe pas de médicament fondamental etcuratif contre la tuberculose, de même aussi il n'y a pas de climats spécifiques. Cela ne veut pas dire, du reste, que les diverses stations n'ont pas des indications spéciales. Mais je suis arrivé depuis longtemps à la conviction : que ni les bordsriants du lac Lémati, le golfe de Montreux, ni les belles plages de la Méditerranée, avec leurs stations célèbres de Nice, de Cannes, de Menton, de S. Remo, nîMéran, ni Davos, ni Madère, ni le Caire n'ont sur les affections tuberculeuses une action curative directe et spécifique, mais que leur action salutaire repose essentiellement sur leur influence hygiénique. Il est donc essentiel, avant d'aborder les détails climatologiques et topographiques des stations, de tracer soigneusement les indications thérapeutiques générales de ces cures climatériques.
•s indications générales des stations climatériques et de celles plus particulièrement applicables aux maladies de poitrine.
i tracé dans ma notice médicale sur Montreux les indicagénérales de? cures climatériques et je les reproduis ici,
en ajoutanl bien des remarques qui se rapportent à la diversité des stations. Ainsi élargie, la question des indications a non-seulement de l'intérêt pour le lecteur, mais fait mieux ressortir et comprendre aussi les indications thérapeutiques climatologiques de la phthisie et des maladies tuberculeuses des ) divers organes.
Quant à la saison à fixer pour la durée de la cure, la meilleure sera en moyenne d'octobre h juin. Là où l'automne est doux, sans être chaud, comme à Méran et à Montreux, on peut envoyer les malades dès le milieu de septembre en y joignant en automne une cure très-modérée de raisin. Pour la Riviera et , les stations plus méridionales encore le mois de novembre est . le meilleur. Je conseille alors aux malades de passer au- • paravant la première partie de l'automne à Montreux, à Bex, ou sur les bords des lacs italiens, du lac de Côme à BellaQmo, du lac Majeur à Baveno, à Stresa, à Lugano (Suisse), à Riva, sur les bords du lac di Guarda. Je ne connais pas de meilleure préparation parmi cesdiverses localités, pour Cannes, Nice, Menton, S. Remo, que le séjour d'automne à Bex, si recommandable par ses promenades très-variées et faciles, ou à Montreux, Vernex, Glarens, Vevey, Ouchy, endroits aussi pittoresques qin' renommés pour la douceur de leur climat en automne. Le retour avant la seconde moitié de mai est hasardé et risqué. En mai il y a de beaux jours, mais quelle déplorable différence entre le mai des poètes et celui de la réalité, et cela jusqu'au 45" degré de latitude et souvent au delà !
Toutefois il est souvent impossible de faire un séjour aussi prolongé. La cure de la station préparatoire ne peut pas se faire. Mais alors ceux qui viennent du Nord doivent redoubler ,de précautions et choisir pour le voyage un temps passable, pas • trop froid.
INDICATIONS DES STATIONS D'HIVER. 489 J'ai vu à Montreux, pendant les trois ans de mon séjour à Vevey, arriver un certain nombre de malades en février, et à Breslau j'ai envoyé quelquefois des malades pour passer quelques mois de printemps à Méran, à Montreux, ix la Riviera et assez souvent avec plein succès. En outre, il n'esi. pas très-rare de voir une maladie prendre seulement en hiver une tournure grave, aggravation contre laquelle la cure climatologique du printemps constitue une véritable ressource.
Dans ma pratique aux bords du lac Léman, en visitant les stations du midi delà France et de l'Italie, en passant l'hiver à Nice, j'ai été frappé de voir combien il y avait là de demi-malades, même sans compter les gens riches qui se donnent le luxe d'éviter l'hiver du Nord. Pour caractériser l'état de santé d'un bon nombre des hôtes de cette saison, il faut dire qu'ils ne sont ni bien portants ni gravement malades. Ce sont des affections nerveuses, rhumatismales, dyspeptiques, des dispositions aux catarrhes, des maladies utérines peu graves, des convalescences lentes et prolongées, un affaiblissement de tout le corps par des sécrétions ou excrétions trop fortes ou anormales, telles que diarrhée chronique, albuminurie, catarrhe vésical, glycosurie commençante, suppurations de longue durée.
D'autres fois, c'est une fatigue nerveuse générale par suite d'excès de travail, d'autres excès moins avouables, de passions malheureuses, etc., ou bien la fatigue de la voix par suite d'une de ces vocations qui conduisent à la pharyngite granuleuse. Il n'est pas douteux que le calme, le bien-être, le repos, la distraction, l'exercice fréquent en plein air préviennent souvent, dans ces circonstances, par la cure climatologique faite à temps, le développement de maladies sérieuses.
Il est naturel que le médecin traitant use de cette prophylaxie sage et agréable. En revanche, je ne saurais assez conseiller de
^i»0 THAITEMENÏ DE LA TUBERCULOSE,
ne pas pcrmeLlrc un voyage lointain à ces malades qui font le désespoir des stations climatologiques, qui arrivent sans espoir d'amélioration, dans un état de débilité extrême, émaciés pur la fièvre hectique, avec desulcères épiglottiques, ouatteintsd'un cancer avancé de l'estomac, ou d'hydropisie sans espoir par suite de maladie des reins ou du foie.
Pour les poitrinaires, il est vrai que souvent la faute n'est pas au médecin traitant. Lorsque le malade a quitté son pays, il offrait encore les chances ordinaires d'une tuberculose pas très-avancée, susceptible d'arrêt, de guérison momentanée même. xMais plus tard le mal s'est aggravé en voyage, ou aux eaux, ou pendant le séjour cà la montagne. La marche lente est devenue subaiguë, ou la marche chronique, jusque-là simplement dégénérative, a pris tous les caractères d'un processus destructeur, envahissant, donnant lieu à une fièvre continue et à un épuisement croissant.
Avant de préciser davantage les indications, je dois insister sur ce fait que toutes les précautions hygiéniques indiquées plus haut doivent s'appliquer tout particulièrement aussi aux stations climatériques d'hiver et cela non-seulement à la montagne, à Gœrbersdorf, cà Davos, dans la Haute-Engadine, mais tout aussi bien à Montreux, cà Méran, à la' Rivierca, à Ajaccio, cà Alger, à Madère, au Caire. Ne pas sortir de bonne heure, rentrer îivant le coucher du soleil, être muni de vêtements chauds, que Ton mettrait le soir ou le jour à l'ombre, après un refroidissement momentané de la température, éviter le vent un peu fort, les intempéries atmosphériques dans les stations intermédiaires, situées eau pied de hautes montagnes, sobriété sous tous les rapports, prudence dans toute espèce d'exercice, dans l'ascension, dans la marche, abstention de la danse, défense de ramer sur un des lacs aux bords desquels se trouve la station :
INDICATIONS DES STATIONS D'IllVEH. A91 voilà des précautions élémentaires qui no doivent être négligées nulle part et dont l'omission a déjà oblige bien des malades, à passer au lit et à la diète des semaines qui auraient pu être agréablement passées en plein air, avec un régime réparateur, omission que j'ai vu coûter la vie à plus d'un dont les chances n'auraient nullement été mauvaises, sans toutes ces imprudences, sans celte incurie déplorable.
Je conseille pourtant aussi la plus grande prudence pour rester assis en plein air, et j'ai vu bien des catarrhes naître de l'absence de précautions sous ce rapport. Rien de plus mauvais pour les malades sérieusement atteints que de veiller lard. Éviter toute fatigue, tout refroidissement, tout excès, est chose indispensable pendant toute cure climatologique.
Après avoir rappelé ainsi l'urgente nécessité d'une prudence soutenue, j'arrive en premier lieu aux indications générales pour les maladies de poitrine. Elles se résument en quelques thèses : i" prévenir le développement de maladies graves de la poitrine là où la prédisposition existe; 2" la maladie une Ib's déclarée, il faut examiner d'abord si l'organisme est en état de pouvoir faire espérer l'arrêt, l'amélioration ou la guérison de la maladie; 3° cette possibilité établie positivement, il s'agit de donner au corps les forces de la lutte par les éléments d'une bonne nutrition, par une diète soignée, par une hygiène bien ordonnée, afin que les forces deviennent suffisantes pour résister, pour combattre les progrès du mal, pour en triompher plus tard, s'il est possible; 4° il faut éviter, d'un côté, de fatiguer l'estomac des malades, déjà si impressionnable, si disposé aux troubles fonctionnels dans toutes les maladies prolongées des voies respiratoires, par des remèdes qui ne sont pas de rigueur, mais ne rien négliger, d'un autre côté, pour combattre par les meilleurs moyens les phénomènes alar-
TJIAITEMENT DE LA TIUIEHCULOSE.
mants de la maladie. Outre ce traitement symptomatiquc, il est nécessaire d'aider la cure hygiénique et climalologique par les médicaments les plus capables d'agir favorablement sur la nutrition en général, sur l'accomplissement régulier de toutes les fonctions physiologiques, et de combattre aussi l'élément dystrophique qui se trouve au fond de beaucoup de maladies chroniques, de celles des voies respiratoires et de la phthisir; en particulier. Négliger la thérapeutique parce que le malade se trouve dans une station climatérique est une foule tout aussi grave que de prodiguer sans nécessité des médicaments actifs.
Si nous commençons par quelques détails sur les maladies de poitrine, nous donnerons d'abord quelques indications pour le traitement des catarrhes dans les affections laryngobronchiques; puis nous aurons à parler de la dilatation des bronches, de l'emphysème pulmonaire, de l'asthme, pour nous arrêter plus longuement aux inflammations dystrophiques du parenchyme pulmonaire et aux affections tuberculeuses.
Un premier point important, dans toutes les maladies chroniques, est de bien fixer son attention sur l'état général de la santé du malade. Et ici il y a une distinction pratique d'une grande importance à établir : il faut s'assurer si l'état oénéral est bon, eutrophique, ou s'il est peu satisfaisant, di/slrophique, ou intermédiaire, et à quel degré.
Le premier groupe des maladies eutrophiques des voies respiratoires se compose du simple catarrhe chronique, de la dilatation des bronches pas trop avancée, de l'emphysème, de l'asthme, de la pleurésie primitive pas trop prolongée, à épanchement modéré et séreux, tandis que les maladies tuberculeui-es tendent plus ou moins à la dystrophie, qui est même souvent leur point de départ. Des états intermédiaires peuvent
INDICATIONS DES STATIONS D'HIVEH. 493 se trouver dans toutes ces affections de longue durée, et, d'eu- Irophiques pendant longtemps, elles peuvent devenir dystrophiques plus tard. D'un autre côté un enfant, chez lequel l'examen ne démontre que le catarrhe comme cause de la toux, peut offrir une apparence délicate, chétive même, parce qu'il est issu de père ou de mère tuberculeux ; il se trouve encore dans un élat général assez satisfaisant, cependant la diathèse catarrhale persistante peut être le prélude d'une diathèse beaucoup plus grave.
Le malade atteint de dilatation des bronches ou d'emphysème montre pendant longtemps une bonne constitution , un état général satisfaisant, et ce sont même là de bons éléments de diagnostic; mais peu à peu la maladie progresse, la force de résistance diminue, et une longue eutrophie passe insensiblement à la dystrophie; le malade finit même quelquefois par devenir tuberculeux. Tout le monde connaît également l'effet fâcheux d'une pleurésie exsudative chronique, lors même que l'état général et la constitution paraissent irréprochables au début. D'un autre côté, il n'est pas rare de constater l'eutrophie dans des affections tuberculeuses des poumons ; quelquefois elle persiste même pendant des années. On l'observe non-seulement avec un catarrhe pulmonaire broncho-pneumonique fixé à l'un des sommets, avec infiltration partielle, mais même quelquefois avec l'envahissement de tout un lobe supérieur du poumon et la persistance opiniâtre des altérations locales, restant locales, avec peu de retentissement sur l'état général de la santé. J'ai vu plus d'une fois ce mal ainsi localisé, quoique nullement restreint à une petite étendue, guérir complètement avec le temps, et, chose curieuse, j'ai vu dans d'autres cas les rechutes survenues plus tard offrir la même marche bénigne.
m T[\AlTEMEiNT DE J.A TUnEIlCULOSE.
La dystropliie n'est donc pas nccessaii'e dans les innammations Lubcrculeuscs des voies respiratoires, et l'eutropiiie dc:^ maladies chroniques qui ne sont ni bronclio-pncumoniqucs ni tuberculeuses peut, malgré cela, passer à la longue à la dy.stropbie.
Toul cet exposé est d'une importance majeure, fondamentale, au point de vua du jugement à porter sur la valeur, l'opportunité, les chances d'une cure climatologique. J'ai la conviction que l'on n'envoie pas assez de malades atteints d'affections eutrophiqiies des voies respiratoires dans les stations sanitaires, mais un trop grand nombre, par contre, de malades atteints d'affections dystrophiques avancées.
En revenant aux catarrhes des voies respiratoires , nous avons à parler en premier lieu des affections chroniques du larynx. La laryngite chi'onique simple, avec engorgement de la muqueuse , sans ulcérations , et la laryngo-pharyngite chronique, accompagnée ordinairement de granulations pharyngées, offrent de nombreuses chances de guérison dans les stations abritées méridionales ou intermédiaires de la Méditerranée, de Montreux, de Méran, tandis que l'hiver dans la haute montagne me paraît moins bien leur convenir. 11 est souvent bon de joindre le traitement local, soit par inhalation, soit par applications locales d'iode, d'astringents divers, de nitrate d'argent, à l'effet salutaire du climat et de l'hygiène, aidés du repos absolu de la voix, ou d'une gymnastique régulière puis progressivement prolongée de la voix, avec des inspirations profondes pendant le temps de cet exercice.
L'usage intérieur des iodures, iodure de potassium d'abord, iodure de fer ensuite, m'a rendu de bons services aussi en cas pareil. Je vois, d'un autre côté, une contre-indication formelle dans les cas de laryngite ulcéreuse avancée, surtout avec
INDICATIONS DES STATIONS D'HIVER. 495 altération des cartilages, et tout particulièrement avec destruction partielle de l'épiglotte, cas dans lesquels le mauvais état général est considérablement aggravé par la difficulté croissante de la déglutition, et où l'on peut craindre toutes les horreurs d'une mort par inanition. D'un autre côté, de simples ulcérations laryngées, avec intégrité de l'épiglotte et des autres cartilages, avec facilité de la déglutition, ne contre-indiquent nullement la cure climatologique. Plus d'une fois j'ai constaté le retour de la phonation normale ou presque normale du moment où l'état général et celui des poumons sont allés en s'améliorant. Il n'est pas très-rare de trouver, dans des circonstances pareilles, la syphilis comme cause principale, et c'est alors que le traitement antisyphilitique par les frictions mercurielles et l'usage interne de l'iodure de potassium peut rendre de grands services.
Lorsque, à l'examen laryngo^copique, on trouve des polypes du larynx, le climat ne suffit pas et l'opération est nécessaire. Cependant j'ai constaté aussi que de petites excroissances, avec peu d'altération de la voix, chez des personnes âgées, pouvaient être laissées intactes, sans excision ni traitement galvano-caustique, et qu'alors la cure climatologique dans le Midi ou à Montreux, surtout pour les habitants du Nord, pouvait diminuer les signes de l'irritation laryngée et améliorer l'ensemble de la santé.
Quant au catarrhe chronique des bronches, il faut distinguer, pour la cure, deux étals bien différents : l'un est la disposition continuelle aux refroidissements et aux bronchites, l'autre la véritable bronchite chronique. Le premier est souvent la suite d'une débilité générale; assez souvent il cache une prédisposition tuberculeuse. Dans d'autres circonstances, et surtout chez les enfants, ces bronchites fréquentes peuvent
496 TiUJTEMEM' DE LA TUBERCULOSE,
devenir dangereuses par leur extension. Il n'est pas rare que ces catarrhes répétés conduisent à l'emphysème pulmonaire, surtout s'ils restent habituellement secs ou n'oiïrcnt que peu d'expectoration. Dans ces affections, une longue cure climatologique, aidée de l'application prudente de l'hydropathie, peut rendre de vrais services. Lorsqu'il est constaté que la constitution est bonne ou passable, que la prédisposition héréditaire n'est pas prononcée, il est bon de commencer pendant l'éti' par un séjour dans la haute montagne et d'envoyer ces malades, pour l'hiver, à Davos ou à Gœrbersdorf.
Le catarrhe pulmonaire non compliqué, quand il n'est pas trop invétéré, n'est pas dangereux par le fait de la toux et de l'hypersécrétion bronchique; mais il le devient facilement par les exacerbations bronchitiques aiguës, fréquentes surtout au printemps et en automne, souvent consécutives à des imprudences, à des refroidissements. Ici la cure climatologique est très-indiquée, et surtout dans le Midi, h la Riviera, où les malades peuvent être beaucoup et presque tous les jours en plein air, pourvu qu'ils suivent strictement les conseils des médecins, qu'ils évitent les refroidissements et qu'ils renoncent à ce funeste préjugé que, dans une station méridionale, la prudence et les précautions ne sont pas nécessaires. C'est dans ces cas aussi que les lavages d'eau froide et une cure hydropathique modérée doivent être combinés avec l'effet du climat, d'après les préceptes détaillés que nous avons donnés sur ce sujet.
Tout ce que nous venons de dire de la bronchite chronique s'applique aussi à la dilatation des bronches.
Les emphysémateux proprement dits se trouvent mieux des stations méridionales ou intermédiaires que de la montagne. Le séjour leur est favorable lorsque la maladie est peu avancée, non compliquée, avec catarrhe pulmonaire prédominant et
INDICATIONS DES STATIONS D'HIVER. 497 dyspnée modérée et légère. Si la dyspnée est plus forte et se montre sous forme de paroxysmes asthmatiques intenses, ou si l'asthme est idiopathique, primitif, il faut d'abord observer l'effet du climat avant de décider un séjour prolongé. Si le malade se trouve relativement bien et si ses accès deviennent plus rares, moins forts, nuls peut-être, le malade doit rester; si, au contraire, l'asthme devient incommode, avec de forts accès d'une dyspnée habituelle et pénible, il faut en premier lieu changer de localité dans la même station ; car il est des asthmatiques qui assez souvent, souffrant dans telle exposition ou dans telle localité, éprouvent du bien-être et un soulagement réel à une petite distance. Si, après plusieurs changements, la dyspnée et les accès ne diminuent pas, il faut conseiller une autre station ou renvoyer tout à fait le malade.
Lorsque les emphysémateux sont dans une période avancée, avec une nutrition détériorée, avec hypertrophie du cœur, tendance à l'hydropisie, ou que l'anasarque existe déjà, il faut les renvoyer chez eux, ou, s'ils ne peuvent pas faire un long voyage, prévenir l'entourage et la famille de l'état fâcheux du pronostic.
Des œdèmes passagers, même avec un emphysème étendu et de longue durée, mais avec un état général passable, peuvent être améliorés. Avec de la prudence et une bonne direction ces malades peuvent ainsi éviter, dans un climat doux, les aggravations bronchitiques, qui cachent pour eux un danger réel. Dans ces cas, les toniques, les ferrugineux, alternés avec les iodures, la digitale, des calmants doux, tels que la codéine, l'hydrate de chloral à petite dose, la belladone, le datura stramoniumà l'intérieur ou en cigarettes, m'ont quelquefois rendu de grands services dans le traitement de ces maladies et singulièrement favorisé le succès de la station sanitaire.
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^98 TlUlTEMEiNT DE LA TUnEUGULOSE.
Nous voici arrivés au groupe principal des affections des voies respiratoires, aux maladies tuberculeuses. Lorsqu'il s'agit d'envoyer les malades dans'une station climatologique, il faut considérer moins la forme qu'affecte la maladie, toute importante qu'elle est, que la période de la maladie et la manière dont le corps la supporte. Que ce soit la pneumonie disséminée chronique à petits foyers, ou la broncho-pneumonie déjà confluenle, plus ou moins soupçonnée d'être accompagnée de granulations : ce n'est pas là le point capital. L'essentiel est de juger à quelle phase morbide on a affaire, si toute altération profonde manque encore, ou s'il y a déjà ramollissement, nécrose moléculaire, tendance aux cavernes, ou cavilés déjàformées, etc. Si importante que soit cette détermination de la période, elle est encore dominée par la considération de l'état général delà santé, par l'existence ou l'absence, le degré et la constance de la lièvre, par l'état des forces et de l'embonpoint. L'état des voies digestives n'est pas moins important, car rien n'aggrave le pronostic de ces maladies comme l'absence d'appétit, l'état laborieux de la digestion , la tendance prononcée à la diarrhée. Que de fois n'observons-nous pas, comme je l'ai déjà fait ressortir, des tuberculeux chez lesquels l'examen physique démontre peu d'altération et dont l'état général, la fièvre, les mauvaises digestions ou la diarrhée nous font dire que la maladie est grave. Ces formes de la tuberculose suivent ordinairement une marche sinon subaiguë, pourtant toujours progressive, relativement rapide et se terminent le plus souvent par la mort dans l'espace de six mois à un an après le premier début. On ne saurait être trop réservé à conseiller à ces malades un voyage lointain, une cure climatologique. La maladie, dans ces cas, peut s'arrêter, il est vrai, par le changement de climat, mais ce n'est pas la règle et l'on imputera souvent au médecin qui aura conseillé le dépla-