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grave. Celte remarque de M. Hérard est pleine de justesse et de vérité.
La modification favorable de la variole par une vaccine concomitante étant prouvée, peut-on prévoir si cette modification sera plus ou moins considérable suivant que la vaccine aura paru plus ou moins de temps avant l'éruption varioleuse. Il nous parait difficile de répondre à cette question : bien que MM. Herpin et Clérault aient donné une solution affirmative, il ne nous semble pas que les faits cités soient concluants; M. Hérard en a vu de contraires. Pour nous, il nous suffit d'admettre avec les auteurs du Compendium, et après Odier, que la variole n'est modifiée qu'autant qu'elle apparaît après la pustule vaccinale. En d'autres termes, si l'on vaccine pendant 1 incubation de la fièvre éruptive, et si l'éruption vaccinale parait la première, la variole sera modifiée et atténuée.
Les conclusions qui précèdent sont le résultat de l'étude d'une série d'observations dans lesquelles la maladie s'est terminée par la guérison. Mais il est une autre série de malades dans laquelle la mort a eu Heu ; et ces faits sont loin d'être rares, puisque dans l'épidémie de Marseille seize personnes ont succombé dans ces circonstances (1) . M. Clérault cite douze cas mortels sur cent onze; M. Hérard en a vu sept sur dix-huit; M. Legendrc quatre, et nous-même sept sur huit (2).
En présence de faits pareils et si nombreux, il semble permis de dire avec M. Hérard que la vaccine ne modifie pas toujours heureusement la variole concomitante.
M. Bousquet, plus que tout autre, devait être frappé de ce résultat : a Pour montrer que la variole se joue de la vaccine quand elles sont » face à face, il m'a suffi, dit-il, d'en compter les victimes. » Mais il ne suffit pas de compter les faits, il faut les peser.
Or, dans tous les cas mortels, l'éruption a été anomale (3). Dans aucun d'eux on n'a vu la variole, grave par sa confluence, suivre
(1) Bousquet, loc. cit., p. 203.
(2) M. Bousquet nous fait dire que nous citons trente-six morts sur trente-neuf; cependant nous avons plusieurs fois répété que nous avons vu la coïncidence de la variole et de la vaccine sur sept enfants seulement. De même il affirme que de notre aveu, la vaccine pratiquée pendant l'incubation bâte l'explosion de la variole, tandis que sur nos sept malades la variole se développa cinq, onze, douze êl vingt jours après la vaccine. Nous soupçonnons que notre honorable coufrerc, trompé par les roots, a pris tous nos exemples de variole secondaire pour des varioles survenues après la vaccine. Le mot primitif, opposé à celui de secondaire, a trait dans tout notre livre, et h propos de toutes les maladies, à l'état de santé antérieur. Variole secondaire veut dire variole survenue chez un individu malade.
(3) Il faut peut-être en excepter une observation de M. Duclos (thèse de M. Clérault, p. 77), dans laquelle la variole fut confluente et régulière jusqu'à la veille de la mort, survenue le huitième jour. Mais n'est-ce pas souvent a celte époque qoe commencent les irrégularités des varioles anomales?
régulièrement ses périodes et entraîner la mort par son intensité propre ou par les complications qui lui sont habituelles, comme cela arrive quelquefois lorsque la variole est abandonnée à elle-même. Au contraire la variole a toujours été modifiée, soit dans ses caractères anatomiques, soit dans ses symptômes généraux, et a présenté la plupart des anomalies que nous avons indiquées. Le plus souvent l'éruption est petite, inégale, irrégulièrement disséminée, pâle, sans auréole, sans réaction locale ni générale; quelquefois il y a plus d'activité dans les premiers jours de l'éruption, la fièvre l'accompagne, mais la maladie prend bientôt tous les caractères des varioles hémorrhagiques.
Il est important de rechercher quelles influences donnent naissance à ces irrégularités si constantes. L'âge des enfants, leur santé antérieure, les conditions hygiéniques au milieu desquelles ils vivent, ou la vaccine, peuvent être accusés de ces anomalies et de leur funeste conséquence. Pour nous, qui avons les premiers soulevé cette question, frappés de ce fait que c'était presque toujours des enfants très jeunes, mal portants et débilités qui mouraient avec une variole anomale dans le cas de vaccine concomitante; appuyés d'ailleurs sur l'observation qui en avait été déjà faite par Tune des religieuses de l'hôpital, nous conclûmes que toutes ces causes réunies devaient concourir à produire un aussi fâcheux résultat. Nous donnâmes le conseil de ne pas vacciner des enfants jeunes et chétits actuellement placés sous l'incubation de la variole. Nous le donnâmes cependant avec doute, à cause du petit nombre de nos observations et de l'influence bien connue de la mauvaise santé sur la forme et la gravité de la variole.
M. Legendre a confirmé notre opinion et a insisté sur l'opportunité des préceptes que nous avions formulés; mais depuis lors une réprobation violente s'est élevée contre les conseils que nous avions donnés. « À qui pourrait-on persuader, a-t-on dit, que la vaccination peut » être dangereuse? » Nous n'essayerons pas de le persuader à ceux qui regardent la vaccine comme une insignifiante piqûre. Mais les médecins qui pensent qu'elle modifie toute l'économie en détruisant l'aptitude à contracter la variole, ne trancheront pas si légèrement cette question ; pas plus que ceux aussi qui ont observé l'intensité des symptômes fébriles chez quelques enfants pendant l'inflammation vaccinale; pas plus enfin que ceux qui ont vu périr des enfants sous l'influence de la vaccine seule, et parce qu'ils étaient trop jeunes et trop faibles pour supporter cette légère opération. (Voy. Bousquet, p. ift5- 146.) On a dit aussi qu'il ne fallait négliger aucun moyen capable de diminuer les chances de mort. Mais nous allons voir s'il est vrai qu'en agissant ainsi on les diminue. Les observations des auteurs qui combattent notre opinion nous donnent trop bien gain de cause, comme M* Legendre en a déjà fait la remarque, pour que nous conservions le moindre doute. Ainsi M. Clérault cite douze cas dans lesquels sur-