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IV. Traitement des diverses complications

I. Prophylaxie. — La vaccination est le moyen réellement préservatif de la variole. Et cependant la vertu de la vaccine n'est pas infaillible, car si elle détruit souvent l'aptitude à prendre la fièvre éruplive, souvent aussi elle ne fait que la diminuer. Dans le chapitre destiné à la vaccine, nous indiquerons les grandes questions qui se rattachent à l'histoire de celte maladie ; il nous suffira de rappeler ici : 1° que les médecins doivent continuer à unir leurs efforts pour propager la vaccine contre laquelle s'élèvent encore les préjugés et l'aveuglement d'une partie de la population; 2° qu'il est inutile et sans doute nuisible de vacciner les enfants très jeunes, malades et déjà placés sous l'influence de l'incubation variolique.

Séquestration. — Lorsque la vaccination n'a pu être pratiquée en temps utile, l'éloignement des enfants non vaccinés ou la séquestration des varioleux est de toute nécessité. Rien de plus pernicieux à cet égard que la pratique mise en usage à l'hôpital des Enfants à l'éqoque où nous faisions nos premières recherches. Là, en effet, on recevait dans la même salle tous les enfants vaccinés ou non ; puis, deux fois par semaine, on faisait le départ de ceux qui ne l'étaient pas et on leur inoculait le vaccin pris sur des enfants qu'on amenait exprès du dehors. Il en résultait que tout malade non vacciné qui entrait à l'hôpital, dans l'intervalle de ces deux jours, demeurait exposé au contagium jusqu'au moment de la nouvelle vaccination. Bien heureux encore si l'on n'avait pas oublié de constater dès le jour d'entrée s'il était vacciné; car s'il avait passé quelques jours à l'hôpital, on pensait rarement à faire cet examen.

Nous croyons donc qu'une des réformes indispensables à faire est de vacciner, avant leur entrée dans les salles, tous les enfants qui se présentent à l'hôpital ; par ce moyen on obtiendra des premières et des secondes vaccinations qui mettront les enfants à l'abri du contagium variolique. Il sera en outre nécessaire d'avoir des salles particu-

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lières pour les varioleux, afin que la vaccine nouvelle ait le temps de se développer et de mettre les enfants des autres salles à l'abri de la contagion.

Inoculation. — Avant la découverte de la vaccine on pratiquait l'inoculation de la variole. La préservation obtenue par ce moyen était sans doute payée par des sacrifices cruels; mais il était peut-être préférable de s'y résigner plutôt que d'attendre la variole spontanée bien plus souvent grave et mortelle que la variole inoculée. Aujourd'hui les cas ne sont pas fréquents quf justifient l'emploi de ce préservatif dangereux. Lorsqu'une variole se déclare dans une famille ou dans un village, il est bien rare qu'on ne puisse pas d'abord séquestrer le varioleux, ensuite se procurer du vaccin assez promptement pour vacciner les individus qui ne l'ont pas été. En agissant ainsi, on peut encore prévenir le développement de la fièvre éruptive, ou tout au moins obtenir ces varioles modifiées par la vaccine concomitante et dont dous avons parlé page 72. Dans le cas très rare où cette pratique ne serait pas possible, peut-être serait-il sage d'inoculer la varioloîde ou la variole très discrète, si toutefois on avait sous la main un sujet présentant cette forme de la maladie. C'est du moins le conseil que M. le professeur Trousseau n'hésite pas à donner (1) si la petite vérole éclate dans une famille où sont des enfants non vaccinés, et si Ton n'a pas de vaccin.

IL Traitement de l'éruption. — Doit-on chercher à déterminer ïavortement des pustules varioliques? — Cette question en renferme plusieurs. Lorsqu'un enfant est pris des prodromes de la variole et qu'on peut prévoir le genre de maladie qui va se déclarer, doit-on chercher à la modifier par des moyens perturbateurs? L'éruption ayant paru, doit-on la faire complètement avorter ou seulement s'efforcer de la rendre moins abondante; ou bien encore est-il utile, tout en la diminuant sur une partie du corps, de l'augmenter sur une autre, afin d'établir une sorte de compensation ?

1° Si, pendant les prodromes, on peut prévoir la variole, il ne faut pas chercher à modifier l'éruption future par des moyens violemment perturbateurs. S'il est vrai, et nous en doutons, que ces moyens soient utiles chez l'adulte, ils sont nuisibles chez l'enfant ; tout au moins en a-t-il été ainsi dans le petit nombre de cas de ce genre que nous avons été à même d'observer. Toutefois nous aurons à parler de la méthode préconisée par le docteur Eichorn, et qu'on met en usage soit pendant les prodromes, soit pendant le premier jour de l'éruption.

2* Celle-ci étant déclarée, on s'est bien souvent efforcé d'en provoquer i'avortement. Sydenham, dans la persuasion que le principal danger de la variole consistait dans l'abondance des pustules (lorsque la fièvre éruptive n'était pas hémorrhagique) , voulait qu'on fit

{%) Union méàkale , 1 853, p. 246.

tous ses efforts pour modérer l'éruption pendant le temps de sa sortie, a Car il faut bien remarquer, disait-il , et c'est une chose m constante par les meilleures observations, que moins il y a de » pustules dans la petite vérole, moins elle est dangereuse, et que » plus il y en a, plus aussi elle est dangereuse. Ainsi le petit nombre » ou le grand nombre des pustules décident de la vie ou de la mort » des malades. » Nous avons vu que ces remarques sont moins justes chez l'enfant, qui succombe plutôt aux varioles irrégulières ou aux complications des varioles normales qu'à l'abondance de l'éruption. En conséquence , les préceptes que Sydenham joint à ses observations sont moins applicables ici qu'à un autre âge de la vie. Il y a loin, du reste, des conseils que donne ce grand médecin à ceux qui auraient pour but de faire disparaître l'éruption, car il ajoute : « Lorsqu'une fois l'éruption est achevée, il serait extrêmement » dangereux d'entreprendre la moindre chose. » En effet, la grande mortalité se rencontre surtout parmi les varioles anomales, et c'est précisément cette forme que détermine toute médication qui a pour but l'avortement général des pustules. Nous croyons donc qu'il faut rejeter ces méthodes perturbatrices, et se contenter de chercher à diminuer l'abondance de l'éruption lorsqu'on peut redouter sa trop grande confluence.

3° Si toute méthode d'avortement général est nuisible, il n'en est pas de même de celle qui aurait pour but de diminuer l'éruption sur certaines parties limitées, et de protéger la figure en empêchant les ulcérations du derme et les cicatrices difformes qu'elles entraînent. Il n'est pas nécessaire, en effet, que la variole laisse de pareils reliquats pour être complète, et d'ailleurs l'inflammation très vive de la face est la cause d'un mouvement fébrile intense, et n'est sans doute pas pour peu de chose dans la production des symptômes nerveux qui indiquent toujours un danger imminent.

D'ailleurs, si Ton avait la crainte que l'avortement d'une éruption aussi abondante que celle de la face pût être l'origine d'accidents, on pourrait chercher à l'accroître dans une autre partie du corps afin d'établir une sorte de balance, en se rappelant cette remarque de Sydenham, que le danger est beaucoup moindre s'il y a peu de pustules sur le visage, quelque quantité qu'il y en ait sur le tronc et sur les extrémités.

Doit-on chercher à favoriser le développement des pustules? —Sydenham s'est élevé avec la plus grande force contre cette méthode, et tout ce qu'il a écrit sur la variole semble avoir été fait dans le seul but de blâmer les médecins qui, donnant à leurs malades des cordiaux échauffants, leur prescrivant de garder le lit et les couvrant outre mesure, veulent hâter la sortie des pustules et en augmenter le nombre.

L'avis de ce grand praticien doit certainement être suivi ; et, pour

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nota* part, nous ne concevons aucune utilité à augmenter l'inflammation déjà si intense de la peau. Hais il n'est pas moins vrai que, dans quelques circonstances rares, il est utile de chercher à faire sortir l'éruption soit d'une manière locale, soit d'une manière générale : telles sont, par eiemple, certaines varioles anomales dans lesquelles l'éruption est petite, assez peu abondante, lente à se faire, et qui n'arrivent que difficilement à suppuration, ou bien encore lorsqu'on veut suppléer à l'éruption faciale en augmentant celle des extrémités.'

Si nous résumons les préceptes qui résultent de la discussion à laquelle nous venons de nous livrer, nous conclurons : 1° que, dans la grande majorité des cas et surtout si la variole est normale, il ne faut pas essayer d'enrayer sa marche par des moyens perturbateurs; 3" que cependant on peut chercher à diminuer l'éruption de la face soit pour amoindrir l'inflammation, soit pour empêcher les cicatrices difformes ; 3* qu'il est quelquefois utile d'accélérer la marche générale de la variole ou d'augmenter localement le nombre et l'inflammation des pustules.

Passons maintenant à l'étude des moyens qui sont en notre pouvoir pour remplir ces indications.

Examen des diverses médications qui modifient l'éruption variolique. — !• Moyens de l'atténuer. — Bon nombre d'auteurs recommandent d'employer pendant les prodromes la saignée et les éméto-cathartiques ; ils pensent que ces moyens sont utiles pour préparer les malades. Ces médicaments ont été plus particulièrement employés dans la médecine des adultes et repoussés avec raison de celle des enfants ; en effet, les deux seuls malades chez lesquels nous avons vu pratiquer une émission sanguine avant l'éruption ont eu une variole irrégulière et ont succombé. Nous croyons donc que pendant les prodromes, il faut, chez l'enfant, s'abstenir de toute évacuation sanguine. Sydenham recommande aux malades de se lever pendant la journée et de ne pas garder le lit avant le soir du sixième jour, surtout lorsque la variole est confluente et nonobstant les maux de cœur et le malaise qui en peuvent résulter. Il donne pour boissons de la petite bière ou de l'eau laiteuse, et il assure que, par ce moyen, l'éruption devient moins abondante et moins dangereuse. Nous ne saurions juger cette méthode, que nous n'avons pas vu employer ; mais considérant que l'abondance de l'éruption n'est pas chez l'enfant aussi nuisible que le pensait Sydenham, nous croyons qu'il est inutile de faire tenir les enfants hors de leur lit lorsqu'ils ont une fièvre intense et qu'ils sont tourmentés de nausées et de vomissements que le décubitus assis ou la station tendent à augmenter. D'une autre part, nous adoptons sans hésiter le conseil de Sydenham de ne pas les couvrir plus qu'ils ne le sont habituellement et de ne pas leur donner des boissons chaudes et diaphoniques.

C'est ici le lieu de parler d'une méthode de traitement préconisée

par le docteur Eichorn, et qui a pour but de diminuer l'intensité de la fièvre éruptive.

Ce médecin veut que l'on pratique de quarante à cinquante petites incisions dans lesquelles on doit introduire autant de vaccin que possible, et cela lorsque Ton reconnaît les prodromes de la variole ou même lorsque les premiers stigmates de l'éruption apparaissent sur le visage. Cette vaccination ne doit pas être faite plus tard, et l'on doit employer du vaccin pris de bras à bras.

M. le docteur Rayer dit avoir deux fois mis cette méthode en usage et sans succès, mais il ajoute que son expérience n'est pas concluante, les varioles étant déjà avancées et le vaccin étant sec et conservé.

Pour nous, trois fois nous avons fait cette vaccination d'après la recommandation de Baudelocque et du docteur Bouneau ; nous avons pratiqué vingt-six piqûres de vaccine sur les bras et les cuisses, deux fois avec du vaccin sec et une fois de bras à bras. Chez deux des malades, l'éruption était à son début ; elle devint irrégulière dans les deux cas et même hémorrhagique dans l'un d'eux ; les malades moururent. Le troisième avait seulement des prodromes dont le peu d'intensité fit supposer la possibilité d'une variole bénigne; deux jours après la vaccination, les papules vaccinales parurent, et autour d'elles il se fit une autre éruption qui fut postérieure et qui consista seulement en deux ou trois petites papules varioliques autour de chaque bouton de vaccine. Les deux éruptions marchèrent simultanément, mais d'une manière tellement irrégulière, que la vaccine, après être devenue vésiculeuse, pustuleuse, ombiliquée, commença à se dessécher le huitième jour, et que le seizième les croûtes vaccinales tombèrent sans laisser de cicatrices. Les pustules varioliques marchèrent encore plus rapidement; elles se formèrent, et furent ombiliquées; mais la dessiccation commença dès le sixième jour. La desquamation fut terminée le douzième jour, et le malade guérit sans conserver.de traces des deux éruptions.

Ce fait est-il assez concluant pour faire admettre la méthode? Non, sans doute; mais il doit engager à faire de nouveaux essais; car en cas de réussite la vaccine rendrait le double service d'être un médicament prophylactique et curatif.

Depuis que nous avons écrit ces lignes en 18/13, nous avons rarement eu l'occasion d'employer ce moyen. Mais dans ce petit nombre de faits, nous ne sommes arrivés à aucun résultat favorable pour la variole qui suivit sa marche, la vaccine n'ayant pas paru ou ayant avorté. MM. Legendre, Guersant, Blache, Hérard, n'ont pas observé non plus que la variole fût modifiée. D'ailleurs, si quelque praticien conservait un doute à cet égard, nous dirions, comme M. Hérard, que dans ces circonstances il n'y a aucun invonvéniout à pratiquer la vaccination.

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