‹ Traité clinique et pratique des maladies des enfants v. 3Chapitre 15 sur 95 · A OUI · texte numérisé non relu

A OUI

comme pour la rougeole, à établir le pronostic. Celle-ci, en effet, s'accompagne de symptômes dont la marche est régulière, et l'on peut, jusqu'à un certain point, prévoir ce qui doit arriver. Ici, au contraire, nous avons déjà vu que les complications avaient peu d'influences» l'exanthème lui-même, et que l'on ne pouvait présumer leur développement d'après les anomalies de l'éruption.

Cependant voici les données qui pourront servir à prévoir la marche de la maladie.

Si la fièvre est modérée, s'il y a peu ou pas de symptômes cérébraux, s'il n'y a pas d'apparence typhoïde, si l'angine est peu intense, si l'éruption marche régulièrement, il y a tout lieu de croire que 1* maladie se terminera par le retour à la santé.

La scarlatine étant primitive, si les prodromes sont peu graves et courts, si l'éruption incomplète disparaît rapidement, si le mal de gorge léger ne persiste pas, si les symptômes cérébraux sont nuls, il y atout lieu d'espérer une guérison prompte ; cependant il fautencore craindre les hydropisies consécutives.

Lorsque les prodromes auront été intenses et prolongés, c'est-àdire si pendant leur cours la fièvre a été vive, le mal de gorge violent, ou bien lorsqu'ils auront été accompagnés de symptômes cérébraux, on devra rester dans le doute sur le pronostic.

Celui-ci, du reste, sera moins grave si l'éruption paratt après no ou deux jours de prodromes que si elle se fait attendre trois, quatre ou cinq jours.

En outre, les symptômes généraux étant intenses, une éruption qui suivra sa marche normale sera toujours moins fâcheuse que l'exanthème anormal. En sorte que, dans les cas de ce genre, il faudra redouter une terminaison funeste si les rougeurs sont fugaces, tout aussi bien que si elles sont intenses et violacées.

L'angine scarlatineuse qui prend la forme inflammatoire ou pseudomembraneuse est grave, mais beaucoup moins que celle qui revêt l'aspect gangreneux.

Le pronostic doit être grave s'il se développe un coryza intense, et surtout s'il se dépose de petites fausses membranes sur les bords des narines.

Quelle que soit l'espèce de complication, si la scarlatine prend la forme typhoïde, elle est funeste ; mais elle n'est pas nécessairement mortelle, surtout lorsque l'adynamie domine.

Au contraire, la forme ataxique entraîne le plus souvent la terminaison fatale. Mais ici encore il faut distinguer les troubles de l'intelligence des symptômes fournis par l'appareil locomoteur. Un enfant scarlatineux qui a de l'agitation, du délire, qui crie sans cesse, oa qui est dans le coma, est gravement malade ; mais on doit avoir peu d'espérance s'il présente en outre de la contracture, des convulsions, de la paralysie. Nous avons déjà dit que nous n'avions jamais vu

guérir les malades qui nous avaient offert de pareils symptômes pendant les deux premiers septénaires de la maladie.

Il est très essentiel, au point de vue du pronostic, de ne pas confondre avec les accidents cérébraux dont nous venons de parler, ceux qui surviennent à une époque de la maladie plus avancée, et qui succèdent à l'anasarque scarlatineuse : ceux-ci sont bien moins graves que les précédents. Toutefois si, pendant le cours de l'hydropisie, il survient des accidents cérébraux, on doit craindre davantage lorsqu'il existe du délire, de l'agitation, du coma, que lorsque ces accidents sont accompagnés de convulsions.

Si l'enfant est guéri de la scarlatine, il ne faut pas encore le croire hors de danger; mais on doit redouter les congestions séreuses ou les autres complications que nous avons énumérées. La gravité du pronostic étant subordonnée à l'espèce de la complication, nous renvoyons le lecteur aux chapitres dans lesquels ces maladies ont été étudiées en détail.

Art. XX. — Causer.

Contagion. — L'immense majorité des pathologistes reconnaît que la scarlatine est contagieuse; cependant quelques auteurs, tels que Dewees, Daehne, Reich, Goede, Tour tuai, ont contesté ce caractère. Nés observations démontrent que la contagion joue le principal rôle dans la production de cette fièvre éruptive.

Disons en outre ici que les enfants la contractent d'autant plus facilement qu'ils ont plus de rapports avec le foyer d'infection (1). Cependant bon nombre de scarlatines se développent sans que l'on puisse prouver l'existence delà contagion. Thuessink a rapporté l'observation fort intéressante d'un jeune garçon chez lequel la scarlatine se développa à la suite d'un bain de rivière pris pendant l'hiver ; l'éruption suivit sa marche normale, et atteignit ensuite plusieurs membres de la famille (2). Le développement spontané de la scarlatine a été contesté par plusieurs auteurs, mais nous sommes toujours convaincus de sa possibilité. En effet, nous avons vu des cas de scarlatine entièrement isolés, et développés en dehors de toute cause contagieuse.

Le mode de contagion de la scarlatine a beaucoup occupé les auteurs. Il est douteux, pour plusieurs d'entre eux, que le sang lui-

(1) Enfant* ayant contracté la scarlatine à l'hôpital 53

Dans les salles mêmes où Ton traite les scarlatines 33

Dana les salles qui ont des rapports fréquent* avec les précédentes. 1 4

Dana les salles qui n'ont que peu de rapports avec les premières . 5

Nous répétons d'ailleurs ici la remarque déjà faite pour la variole (page 84).

(2) Qlé dans Fraenkel, toc. cil , p. 517.

même recèle le principe contagieux. Cependant H. Ifiquel d'Aroboitt est parvenu à inoculer la scarlatine au moyen du sang provenant des plaques scarlatineuses ; d'après Mandt (1), ce seraient les vésicules de miliaire qui recèleraient le principe contagieux. On n'a pas pu déterminer jusqu'à quelle époque les individus atteints de scarlatine sont susceptibles de transmettre la contagion.

La condition de la scarlatine étant prouvée, pouvons-nous détefr miner la durée de la période d'incubation ? Ici, comme pour la variole, les faits que nous possédons ne sauraient donner une solution exacte, car il nous est impossible de déterminer, avec certitude, la moment de l'infection. Toutefois, nous croyons pouvoir conclure que la période d'incubation est notamment plus courte pour la scarlatine que pour la variole. Ainsi chez les malades qui ont été infectés, Térup- - tion à paru assez promptemeut pour qu'aucun d'eux n'ait eu le temps de quitter les salles. Eu effet, en étudiant la variole, nous avons va des enfants rester à l'hôpital de trois à vingt et un jours, retourner chez leurs parents, et revenir au bout de peu de temps avec cette pyrexie ; au contraire, nous n'avons pas constaté ce fait pour la scarlatine : cette fièvre éruptive s'est toujours déclarée pendant le séjour même des enfants dans les salles.

Fn outre, la durée même du séjour a été courte avant le développement de la scarlatine. Le plus grand nombre des enfants l'oat contractée après être demeurés dans les salles de trois à treize jours. Quelques enfants cependant ont résisté plus longtemps à l'infection : nous en avons vu ne prendre la scarlatine qu'après quinze ou vingt jours, et même une fois après quarante jours. Mais dans les cas de ce genre, il est probable que l'infection n'avait pas encore eu lieu, et peut-être aussi que les enfants avaient une maladie qui s'unit difficilement à la scarlatine; nous voyons, en effet, que le plus grand nombre étaient à l'hôpital dans les salles éloignées de celles où l'on traite les fièvres éruptives, et qu'un autre qui était resté pendant dix-huit jours au milieu du foyer d'infection, était atteint d'une tuberculisalion générale (2).

Epidémies. — La scarlatine est sporadique ou épidémique, et dans

(1) Cité dans Fraenke), toc. cil., p. 518.

(2) Trente-huit fois nous avons noté pendant combien de temps les malade* sont restés dans les salles avant de contracter ia scarlatine. La durée du séjour a été comprise entre 2 et 7 jours 16 fois.

8 et 13 jours 14 fois.

15 et 40 jours 8 fois.

Parmi ces huit derniers malades, quatre étaient depuis un certain temps daos les salles tics teigneux et des darlreux. Un avait une tuberculisation générale; an autre, qui avait pris une première scarlatine six jours après son entrée, ea contracta uue seconde vingt-quatre jours après la première.

ce dernier cas elle revêt parfois un caractère tout spécial ; ainsi, l'épidémie peut être très bénigne par la forme de l'éruption et l'absence de complications; d'autres fois elle est très grave, autant par l'éruption elle-même que par la nature et la gravité des maladies concomitantes.

D'après H. Noirot, les épidémies de scarlatine seraient, en France, surtout communes au printemps et en été, tandis que dans les pays septentrionaux elles seraient plus fréquentes en automne. On peut observer la scarlatine dans tous les climats de l'Europe; d'après Rochoux, elle serait inconnue aux Antilles (1). Tout en admettant, avec presque tous les auteurs, que la scarlatine est le résultat d'un empoisonnement par un principe virulent spécial, transmissible par contagion, nous allons voir qu'il est un certain nombre de conditions qui favorisent le développement de la maladie ou son extension.

Maladies antérieures. — La scarlatine prend naissance pendant la bonne santé comme pendant le cours d'autres affections. Excepté la tuberculisation, il n'est guère de maladies de l'enfance qui ne puissent se compliquer de cet exanthème. Nous ne croyons pas utile de les énumérer; il suffira de savoir que, dans nos observations, les scarlatines primitives sont plus fréquentes que les consécutives (52 primitives pour 33 secondaires).

Age. — Sexe. — Les faits que nous avons recueillis en ville concordent entièrement avec l'opinion unanime des auteurs sur l'extrême •rareté de la scarlatine dans le cours de la première année (2), et avec les conclusions que nous avons tirées de nos observations de l'hôpital des Enfants, savoir : que la scarlatine est plus fréquente de trois à dix ans, et surtout de six à dix ans, qu'à tout autre à^e, et plus aussi chez les garçons que chez les tilles. Ce rapport reste â peu près le même pour les scarlatines primitives et secondaires; toutefois, ces dernières sont un peu plus fréquentes avant l'âge de cinq ans qu'après, et se rencontrent à peu près aussi souvent chez les filles que chez les garçons. Si au contraire nous considérons la forme de l'éruption, nous ne trouvons dans nos notes aucun exemple de scarlatine normale avant l'âge de trois ans, tandis que l'éruption anormale est fréquente à cet âge, et domine encore jusqu'à cinq ans. A partir de l'âge de six ans, les deux formes normale et anormale sont aussi fréquentes à

(1) Noirot, loc. cit., p. 47.

(2) Même dam les grandes Ipidi'mics, les nourrissons sont presque toujours épargnés. Ainsi dans celles de Saalbourg (1785), Washington (1827), Halle (1818}, Haoau (1819), etc., les enfants Ages de moins d'un an ne contracteront pas la maladie (Noirot, loc. cit.). Quelque rare que soit la scarlatine dans la première enfance, on l'observe cependant quelquefois, on Ta même vue chez des nouveaunés. (Perrario, Tour tuai, Potier.)

208 MALADIES GÉNÉRALES AIGtTïS SPiCIFfQOIS.

peu près ; et même la première a plutôt une certaine tendance I dominer (1).

Tempérament. — La remarque faite par Stoll que la scarlatine attaque principalement les sujets lymphatiques, se trouve confirmée par les faits de notre pratique civile.

Condition sociale. — Nous n'avons pas observé que la scarlatine fût plus fréquente dans les classes pauvres que dans les classes riches.

Art. XII. — Traitement.

•Le traitement comprend trois parties : 1° la prophylaxie ; V le traitement de la scarlatine simple; 3° celui de la scarlatine compliquée.

I. La prophylaxie de la scarlatine a fait en Allemagne l'objet des recherches d'un grand nombre de pathologistes qui ont vanté otttit mesure la vertu préservatrice de certains médicaments. Cependant cet engouement n'a pas été partagé par tous les médecins de ce pays, et plusieurs ont prouvé par le raisonnement et par l'expérience que le seul préservatif certain était l'éloignement du foyer contagieux. On trouvera dans l'ouvrage de Jos. Frank (2), qui se range à cette dernière opinion, l'énumération de tous les médicaments vantés dans le but d'empêcher le développement de la scarlatine. Nous ne parlerons ici que de ceux qui ont eu le plus de preneurs, et en particulier de la belladone. Personne n'ignore que Hahnemann, le premier, ayant crp observer un rapport entre les effets produits par la belladone (telsqne la sécheresse de la gorge, la rougeur de la face) et la fièvre scarii-

Age.

Garçons.

Fille*.

Age.

Garçons.

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