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TUBERCULES DU CERVEAU

Art. X. — Historique.

L'étude des tubercules cérébraux a donné naissance à un bieu petit nombre d'écrits, en comparaison de ceux qui ont pour objet l'hydrocéphale aiguë. En parcourant les annales de la science, depuis l'époque où les recherches d'anatomie pathologique ont pris une extension considérable, on trouve un assez grand nombre d'observations disséminées, mais bien peu de monographies complètes. U plupart des traités sur l'hydrocéphale aiguë contiennent quelques détails sur les tubercules cérébraux : nous y renvoyons le lecteur; nous nous bornerons à énumérer ici les travaux étendus ou partiels qui ont plus spécialement pour objet la maladie qui nous occupe.

Une des premières observations détaillées que nous ayons trouvées dans les recueils périodiques, est celle publiée par le docteur Ford (1). En voici le résumé. U s'agit d'un enfant de neuf ans qui, onze mois avant sa mort, fut pris de céphalalgie presque continuelle, de difB-

(1) The Lond. méd. journ., fr 56.

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culte dans la marche, de perte de la vue et de la parole. Au bout de neuf mois et demi, les sutures s'écartèrent ; il survint une véritable hydrocéphale. A l'autopsie, on trouva douze onces de sérosité dans les ventricules, et des tubercules dans le cervelet. Bien que l'auteur ne prononce pas le mot de tubercules, il est évident, par sa description, que le cervelet était tuberculeux : « Le cervelet était dur, et résistait » au toucher ; il était inégal et noueux comme le sont les glandes » mammaires qui deviennent squirreuscs; sa couleur était grisâtre et » très différente de celle que lui donne ordinairement la division » rameuse de la substance grise et de la substance médullaire. »

Dans une seconde observation, il s'agit d'une fille de quatre ans dont la maladie fut moins longue (six semaines), mais qui se termina de la même manière et fut causée par les mêmes lésions, c'est-à-dire un épanchement ventriculaire et un tubercule de la protubérance. Nous trouvons donc déjà mentionnée dans ces faits la relation de l'hydrocéphalie chronique et des tubercules cérébraux. L'auteur, en terminant, a soin de faire observer « que l'amas d'humeurs dans le » cerveau doit être considéré comme l'effet et non comme la cause » des maladies que l'on croit communément en être la suite. Il est » évident que, dans de tels cas, les fonctions des vaisseaux lympba- » tiques des organes sont notablement lésées. »

Robert Whytt, qui écrivait plusieurs années avant Ford, n'avait pas méconnu non plus l'influence des tubercules cérébraux sur la production de l'épanchement ; mais l'explicationqu'il en donne est encore plus conforme aux idées physiologiques actuelles. Nous rapporterons ailleurs ses propres expressions.

On comprend que nous ne pouvons pas analyser toutes les observations de tubercules cérébraux que nous avons trouvées dans les livres ; nous nous contenterons de donner le titre de la plupart à la fin de cet article. Nous passons de suite à l'analyse de deux monographies sur les tubercules-eérébraux qui parurent à un an de distance: Tune est celle de M. Gendrin (1), l'autre celle de M. Léveillé (2).

Les recherches de MM. Gendrin et Léveillé ont pour objet les tubercules cérébraux étudiés chez l'enfant et chez l'adulte; mais comme bon nombre de détails concernent plus particulièrement les enfants, nous croyons utile d'en parler ici.

H. Gendrin étudie successivement les tubercules sous le rapport de leur structure, des différences et des analogies qu'ils offrent avec les autres maladies du tissu nerveux, et enfin des symptômes qui peuvent les faire reconnaître.

Il admet le ramollissement central du tubercule, et prétend que la

(1) Recherchas sur les tubercules du cerveau et de la tnoelle êpinière. (Annales du Cerclé médical, février 1823.)

(2) Recherches sur les tubercules du cerceau. (Thèse, 1824.)

m. Vx

rupture du kyste qui enveloppe le produit accidentel détermine l'Inflammation et le ramollissement des tissus avoisinants. Relativement aux accidentsque produisent les tubercules du cerveau, ils consistent surtout dans les accès épileptiques limités à une moitié du corps. Ik commencent dans une extrémité abdominale, et s'étendent successivement à tout te côté du corps correspondant à celui du pédoncule malade. Pendant longtemps les convulsions épileptiques restent limitées à ce siège, et ce n'est qu'après plusieurs années qu'elles deviennent générales; mais toujours, dans ce cas, elles débutent et commencent par le membre et le côté affectés primitivement. Quand las tubercules occupent le mésocéphale, c'est dans les muscles du visage, et particulièrement dans ceux de la bouche, que les accidents convalsifs commencent; ils sont longtemps bornés à des convulsions fréquentes et involontaires de la bouche, qui, même quand les convulsions épileptiques sont générales, se répètent plusieurs fois par jour, tandis qu'il ne survient de paroxysme épileptique complet que bnocoup plus rarement. Lorsque les tubercules occupent le mésocéphale, il est très rare que les accidents épileptiques affectent exclusivement une moitié du corps, comme dans ceux où ils siègent dans les pédoncules. Jamais on n'observe ce phénomène quand les tu hercules siègent dans la moelle épinière. Les accidents épileptiques déterminés parles tubercules du bulbe rachidien sont régulièremeutpériodiques, et débutent par le hoquet, des mouvements spasmodiques de déglutition, oa un spasme du pharynx qui empêche l'introduction des liquides, produit l'impossibilité d'avaler, donne la sensation d'une boule ascendante et d'une imminente strangulation, comme dans certaines hystéries. L'épilepsie causée par des tubercules de la moelle épinière oe s'accompagne jamais du vertige épileptique qui est commun à tootei les autres espèces, et existe souvent longtemps avant qu'il se manifeste des accès bien caractérisés ; mais elle débute par des convulsioni des membres, et ce n'est que lorsqu'elle dure déjà depuis longtemps qu'il s'y joint des palpitations très fortes et une véritable syncope. Quand les tubercules des pédoncules du cerveau ont acquis un volume un peu considérable et qu'ils se ramollissent, ils déterminent constamment la lésion des fonctions intellectuelles, qui va, dans quelques cas, jusqu'à la démence la plus complète. Ceux du mésocéphale ne tardent pas à déterminer une paralysie ; mais elle offre cela de remarquable, que les muscles paralysés sont toujours contractâtes. Cette circonstance fait que le corps du malade est incliné et penché du côté paralysé, lequel est toujours, comme le côté non paralysé, affecté de convulsions pendant l'accès épileptique. On pourrait penser que cette maladie est, au contraire, une contraction tétanique, si les membres du côté malade n'avaient pas perdu toute sensibilité.

Nous verrons que nos observations, aussi bien que celles publiées

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dans les divers recueils périodiqnes, sont loin de confirmer toutes les assertions renfermées dans ce travail.

H. Léveillé n'a pas borné ses recherches aux tubercules de la subétahce cérébrale; il a aussi étudié ceux des méningites. Il dit avoir observé deux cas de tubercules de la dure-mère. Il décrit la marche de ce produit accidentel, tantôt vers les parois crâniennes, tantôt vers le cerveau. Il passe ensuite à la description complète de l'anatoraie pathologique du tubercule cérébral, et révoque en doute, avec raison, l'assertion de M. Gendrin sur la rupture du kyste tuberculeux qui détermine un épanchement purulent dans le cerveau,

M. Léveillé n'a pas méconnu les rapports qui existent entre l'hydrocéphalie aiguë et chronique et les tubercules cérébraux. Il a aussi reconnu que si les tubercules du cervelet produisaient le plus ordinairement l'épanchement ventriculaire, Fhydropisie pouvait cependant dépendre du développement de ces tubercules dans d'autres points de l'encéphale.

Parmi les accidents les plus remarquables produits par les tubercules cérébraux, notre auteur énumère successivement la céphalalgie, on changement dans le caractère, l'assoupissement, la paralysie, la contracture de certains muscles, et surtout de ceux de la partie postérieurs du cou, etc. Il a fort bien observé que les symptômes avaient d'autant plus de valeur qu'ils suivaient une marche chronique, tandis que lorsqu'ils se montraient sous le type aigu, ils pouvaient tout aussi bien être l'indice d'une hydrocéphalie aiguë que d'une affection tuberculeuse de la substance cérébrale. 11 a parfaitement indiqué la inarche progressive des accidents.

Enfin, il a rappelé un fait déjà connu, savoir, que les tubercules volumineux existent souvent sans produire de symptômes.

La thèse que nous venons d'analyser est l'œuvre d'un bon observateur ; et bien qu'on puisse y désirer plus de méthode, moins de confusion dans l'exposition, des répétitions moins nombreuses, une appréciation plus exacte des symptômes que l'on observe chez l'enfant et chez l'adulte, elle n'en est pas moins un des meilleurs travaux qui aient été publiés sur les tubercules cérébraux.

M. Tonnelé (Journal hebdomadaire, 1829, t. IV) a décrit succinctement les tubercules des membranes cérébrales et ceux de la substance du cerveau. Relativement aux symptômes, il conclut : 1° que les tubercules seuls ne donnent lieu à aucun symptôme ; 2° que les accès épileptiformes dépendent de l'inflammation chronique des membranes; la paralysie et la contracture, du ramollissement cérébral : les vomissements, l'agitation, la céphalalgie, le délire, de la méningite intercurrente. 11 fait, du reste, les mômes remarques que le docteur Léveillé sur la nécessité d'étudier surtout la marche de la maladie, si l'on veut arrivera un diagnostic précis.

Le docteur Romherg (1) a publié dos recherches intéressantes sur les symptômes que Ton peut attribuer aux tubercules cérébraux. Elles portent presque exclusivement sur des enfants. Le médecin reconnaît toute la difficulté du diagnostic. Il attribue une grande valeur à la céphalalgie, et il indique un moyen ingénieux qui peut permettre de reconnaître si elle est le résultat d'une tumeur cérébrale. Ce moyen consiste à observer si la douleur de tête renaît ou s'exaspère après la accès de toux ou les vomissements : ou bien, quand on engage l'enfant à faire une profonde expiration et à contracter en même temps les muscles abdominaux. Le cerveau étant soulevé dans chaque expiration forte et prolongée, le cervelet est alors pressé contre la tente, et lt cerveau contre les os du crâne. S'il existe une tumeur cérébrale, l'exaspération de la douleur en est la conséquence.

D'après Romberg, il faut se garder de conclure de l'intermittenee de la céphalalgie à l'absence de la lésion. Il pense que les autres accidents nerveux, et en particulier les couvulsions, appartiennent aux altérations secondaires de la substance cérébrale, et non à la tumeur tuberculeuse elle-même. Le fait est vrai dans la grande majorité des cas; mais il n'en résulte pas moins que ces symptômes offrent une grande importance pour lediagnostic, pu isqueMeslésions dont parlel'a* teur nesedéveloppent presque jamais idiopathiquementdans l'enfance.

Constant a publié dans la Gazette médicale (2) un mémoire intitulé: Observations et réflexions pour servir à l'histoire des tubercules du cet" veau. Les observations qu'il rapporte sont détaillées, nous les utiliserons en temps et lieu. Le docteur Belrier a consigné dans les Bulletins de la Société anatomique, quelques faits pleins d'intérêt sur le même sujet. M. Becquerel, dans sa Thèse, Recherches cliniques des affections tuberculeuses du cerveau et de ses membranes (1840), a analysé dix observations, dont plusieurs ont été recueillies par des membres de la Société médicale de Paris (MM. Gendron, Guesnard et Taupin). Les conclusions générales qu'il en a tirées ne diffèrent pas de celles auxquelles MM. Léveillé, Tonnelé et Constant sont arrivés (3).

M. Green a lu à la Société royale de médecine et de chirurgie de Londres, le 28 juin 1842, un Mémoire fort intéressant sur les tuber-

(1) Wochenschrift fur die gesammte Heilkunde, 1834, n° 3, dans Archives, 1*3$, t. VIII, p. 210.

(3) Indépendamment des monographies que nous venons d'analyser, on trouven des remarques intéressantes sur les tubercules cérébraux aux sources suivante*:

Suite funeste et tardive d'une chute chez deux enfants. [Journ. méà\ dur., p/iarro., 1785, t. LXV, p. 401.) — Ford, Lond. med. journ., i* cahier, p. 5« (1790). — Mérat, Observations de tubercules trouvés chez deux sujets scrofuleoL [Journ. chir., méd.9 pharm.) — Guibert, Observations de tubercules du cenHit. (Revue méd.t 1823, t. H. p. 370.) — Dufour. Propositions sur quelques c§s * tubercules du cerveau, 1 828. — Buroet, Tubercules cérébraux peu

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