TUBERCULES ET ULCÉRATIONS DU LARYNX
Le 28, Il se manifesta de violents accès de suffocation. Le 29, les forces s'épuisèrent, et Ja malade succomba après une longue agonie (1).
Les ulcérations de la trachée sont restées, comme nous l'avons dit, complètement latentes. Il en a été de même de plusieurs laryngites simples au premier degré, c'est-à-dire consistant seulement dans de la rougeur. Chez une malade dont la membrane muqueuse qui tapisse l'angle rentrant des cordes vocales, était épaissie, rugueuse, inégale, rouge et molle, nous avons noté de l'enrouement vingt-huit jours avant la mort.
Art m. — Diagnoftio.
Dans l'âge adulte, le diagnostic delà phthisie laryngée a une véritable importance. Il s'agit, en effet, de distinguer les unes des autres les maladies chroniques du larynx qui sont l'expression de diathèses dont la gravité est loin d'être identique. En outre, les lésions laryngées chroniques sont quelquefois la seule ou presque la seule manifestation de l'affection tuberculeuse ; chez l'enfant, il n'en est plus de même. C'est toujours à une période avancée d'une phthisie tuberculeuse confirmée que les symptômes laryngés se montrent, et la tuberculisation est, à l'exception delà diathèse syphilitique, la seule maladie chronique qui, dansl'enfancc, se localise sur le larynx ; et même, tout en faisant cette restriction, nous devons reconnaître l'extrême rareté de la laryngite chronique syphilitique chez les enfants. Pour notre part, nous n'en avons recueilli qu'un exemple.
Nous résumerons ainsi le diagnostic :
Si un enfant reconnu tuberculeux se plaint de douleurs au niveau du larynx ; si sa voix devient enrouée, voilée, en partie éteinte; si en même temps la toux est rauque, on peut annoncer presque certainement qu'il est atteint d'ulcérations du larynx qui siègent sur les cordes vocales, pourvu, toutefois, que les symptômes dont nous venons de parler ne soient pas accompagnés d'accès de suffocation, et que la gorge ne soit pas envahie par une inflammation pseudo-membraneuse.
Dans le cas où les altérations de la voix et de la toux sont accompagnées d'accès de suffocation, sans lésion de la gorge, on pourra
(1) On trouve dans la Gazette médicale, 1842, p. 601 , l'observation d'une petite fille de dix ans qui, ayant eu une légère toui pendant toute une année, fut subitement prise d'accès de suffocation auxquels elle succomba au bout de vingtcinq heures. A l'autopsie on trouva dans la trachée-artère un corps saillant semblable à une verrue, que Ton reconnut être un tubercule qui avait pénétré à travers la paroi du conduit aérien derrière laquelle il s'était développé ; quelques fragments de tubercules étaient tombés dons les bronches. {Medicinisches CorrespmàmWaU.)
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croire à une compression ganglionnaire, à une laryngite striduleuse, ou bien à une inflammation symptomatique de la présence de tubercules laryngés. Si l'altération de la voix est très intermittente, la douleur laryngée et l'expectoration nulles, on se prononcera pour la compression ganglionnaire; dans le cas contraire, on diagnostiquera des tubercules laryngés.
Enfin, si, outre laraucité de la toux, l'extinction de la voix et la douleur laryngée, on constate des fausses membranes dans la gorge, du gonflement des ganglions sous-maxillaires, et une expectoration pseudo-membraneuse, on se prononcera pour le croup.
Il va sans dire que l'enfant chez lequel on portera le diagnostic d'ulcérations laryngées, n'aura pas été atteint de la rougeole, de la variole, ou du croup, et qu'il ne portera pas les stigmates d'une syphilis secondaire, maladies qui laissent souvent à leur suite des lésions du larynx. Nous l'avons dit ailleurs (voy. Laryngite simple)^ les ulcérations laryngées ne sont pas spéciales aux tuberculeux.
Art. XV. — Causes .
Les ulcérations des voies respiratoires (larynx, trachée) ne s'observent guère que chez les enfants qui ont dépassé l'âge de sept ans; cette remarque, vraie d'une manière générale, ne souffre pas d'exception dans les cas où les ulcérations sont très nombreuses, tandis que, lorsqu'elles sont très petites ou très rares, on voit quelquefois la maladie se développer chez des enfants de trois à quatre ans (1).
Sur seize malades, le quart seulement était composé d'enfants Âgés de moins de sept ans, et aucun de ces jeunes malades n'avait moins de trois ans.
Nous adoptons entièrement l'opinion de M. Louis, qui attribue ces phlegmasies à l'irritation que détermine le passage des liquides sécrétés par les bronches ou les cavernes pulmonaires, sur la membrane muqueuse du larynx. Plusieurs considérations viennent appuyer . l'opinion de ce savant pathologiste : 1" c'est presque exclusivement chez les enfants qui expectorent que l'on observe ces ulcérations; 2° elles sont d'autant plus nombreuses que l'expectoration est plus abondante; 3° les bronches sont d'ordinaire gorgées de liquide grisâtre, aéré, fétide.
Nous rangeons donc les phlegmasies laryngo-tracbéales des phthisiques parmi celles qui reconnaissent une cause locale, et qui sont, pour ainsi dire, traumatiques. Nous ne voulons pas dire cependant
(1) Age des enfants. Nombre des cas.
3 à 4 ans 1/2 . . > 4
7 à 8 uns 4
10 à 14 an* 8
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que cette cause soit unique et exclusive. Nous verrons les bronches s'enflammer et s'ulcérer chez des phthisiques en dehors de '.elle influence; nous admettrons alors que ces phlegmasies Jes membranes muqueuses peuvent être attribuées à la diathèse seule ou unie à la cause locale et fortifiée par elle. Plusieurs faits nous portent à penser qu'il peut en être de même ici ; mais nous avons besoin de nouvelles observations pour appuyer cette manière de voir.
Art. V. — Pronostic.
Les ulcérations des voies aériennes ne nous paraissent pas augmenter de beaucoup la gravité du pronostic. L'époque à laquelle elles se développent, les circonstances au milieu desquelles eîles prennent naissance, les lésions profondes qui leur sont antérieures, concourent bien plus quelles à donner de la gravité au pronostic. D'ailleurs, les accidents qu'elles déterminent, se bornant à un peu de douleur au larynx et à une extinction incomplète de la voix, ne sont pas susceptibles de hâter beaucoup la terminaison fatale.
Il Ji'en est pas de même dans le cas où des tubercules laryngés ont déterminé une inflammation consécutive de cet organe; il survient alors des accidents suraigus qui entraînent rapidement la mort.
Si les ulcérations du larynx n'ont pas une haute gravité, le fait même de leur apparition indique en général que la phthisie n'est pas loin de se terminer par la mort.
Art. VI. — Traitement.
Cicatricer les ulcérations du larynx, empêcher qu'il ne s'en forme de nouvelles, telles sont les indications rationnelles que le praticien doit se proposer de suivre. Mais, à supposer même que la thérapeutique lui fournît les moyens de les remplir, il faudrait aussi qu'il détruisît le germe de la maladie générale, et tarît la source de ce liquide, dont le contact incessant tend toujours à augmenter l'étendue de la maladie du larynx et delà trachée. Dans l'impossibilité de guérir radicalement la maladie, on peut chercher à diminuer les principaux symptômes.
La douleur au larynx sera combattue à l'extérieur par l'application d'un cataplasme émollient et narcotique (la faiblesse contre-indiquant évidemment l'emploi des sangues). A l'intérieur, on prescrira des inspirations émollient'es ou légèrement narcotiques. Le cou sera entouré de flanelle ; on pratiquera sur ces parties extérieures et latérales des frictions avec des liniments calmants.
Les mêmes moyens serviront aussi à combattre l'altération de la voix. On a conseillé en pareil cas l'emploi des eaux rainera les sulfu-
reuses, et spécialement celles des Pyrénées, et l'inspiration de vapeurs ou de gaz excitants, destinés à favoriser la cicatrisation des ulcères. Mais, nous l'avons dit, les ulcérations du larynx, épiphéuomèoe presque terminal de la tuberculisation générale, ne réclament qu'ue traitement palliatif; et, à l'époque où elles se développent, la faiblesse est trop avancée pour qu'on essaie l'emploi d'une médication qui fatigue inutilement le malade.