‹ Traité clinique et pratique des maladies des enfants v. 3Chapitre 34 sur 95 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

TUBERCULISATION DES GANGLIONS BRONCHIQUES.

La maladie que nous allons décrire mérite toute notre attention. Spéciale à l'enfance, fréquente et grave, elle n'est étudiée que depuis peu d'années. Cependant elle est importante à bien connaître, car elle est la source d'accidents fâcheux, et ses symptômes, se mêlant à ceux de la tuberculisation pulmonaire, rendent souvent le diagnostic très obscur.

Nous chercherons autant que possible, dans ce chapitre, à présenter toutes les considérations spécialement applicables à l'histoire de la phthisie ganglionnaire thoracique (que, par abréviation, nous nommerons quelquefois phthisie bronchique). Cependant, comme la tuberculisation des ganglions thoraciques est souvent unie à celle du poumon, nous serons contraints quelquefois d'anticiper sur l'élude des tubercules pulmonaires, de même que dans le chapitre suivant nous serons obligés de revenir sur quelques points de l'histoire de la maladie qui va nous occuper.

Quelques répétitions seront le résultat nécessaire de cette manière de procéder; mais nous nous en faisons d'aut moins de scrupule, que le sujet est plus difficile, plus obscur et moins connu.

Art. I.— Historique.

La tuberculisation des ganglions thoraciques n'a été bien étudiée (pie dansces dernières années. En parcourant les annales de la science on trouve cependant l'indication de quelques faits intéressants sur les altérations de ces organes et sur les accidents qu'elles peuvent occasionner.

TUBERCULISATION DES GANGLIONS BRONCHIQUES. 601

La plupart de ces observations ont été reproduites dans une thèse fort remarquable sou tenue en 1826, h Berlin., par le docteur Becker(l). Nous emprunterons à cette monographie quelques-uns des détails suivants.

Malpighi, Norton, Portai, Lenhossek, et plus tard Broussais, avaient avancé que les tubercules pulmonaires consistent dans une altération particulière des ganglions lymphatiques. On sait que cette opinion n'a pasété partagée par les anatomo-pathologistes modernes, qui ont démontré qu'il n'existe pas de ganglions bronchiques au sein du poumon, dans les points qu'occupent les tubercules.

Plusieurs médecins ont cependant reconnu que les ganglions thoraciques proprement dits sont fréquemment envahis par la dégénérescence tuberculeuse. Ainsi, Cruikshank a signalé l'existence des tubercules bronchiques chez des enfants morts de la maladie scrofuleuse. Camper a constaté la coïncidence de la tuberculisation des ganglions et de la phthisie pulmonaire ; Wrisberg a publié l'histoire d'un enfant scrofuleux dont les glandes bronchiques, énormément développées, avaient comprimé le nerf pneumo-gastrique. Tozzetti a observé chez un enfant de treize ans, mort à la suite d'une fièvre hectique accompagnée d'accidents de suffocation, la dégénérescence et l'augmentation du volume des ganglions bronchiques.

•On trouve aussi dans la science quelques exemples de tuberculisa-^ tion du thymus, avec ou sans tubercules dans les ganglions bronchiques. Ces faits sont dus à Haller, Hoffmann, Heister.

Plusieurs des auteurs que nous avons cités n'ont pas toujours donné le nom de tuberculeuse à la dégénérescence des ganglions ; souvent ils l'ont appelée stéatomateuse ; mais ce dernier terme doit être considéré comme synonyme du premier, comme l'on peut facilement s'en convaincre en lisant leur description.

Bon nombre de médecins ont signalé la présence de concrétions crétacées dans les ganglions bronchiques chez les enfants. Nous citerons en particulier Hilden, Senac, de Haen.

Toutes ces notions étaient fort incomplètes, et aucun auteur n'avait, à notre connaissance, publié de traité ex professo sur cette maladie, lorsqu'on 1826, le docteur Leblond fit paraître sa dissertation inaugurale (2). Nous analyserons avec quelques détails cette intéressante monographie.

En tête de son travail, l'auteur place sept observations, d'après lesquelles il cherche à représenter les différentes formes que peut revêtir la phthisie bronchique. Les quatre premiers faits sont des exemples d'infiltration tuberculeuse des ganglions bronchiques qui n'offrent aucune particularité remarquable ; le cinquième est plus intéressant, *

(1) De glandulis ihoracis lymphaticis atque thymo spécimen pathologicum. Berolini, 1826.

(2) Sur une espèce ie phthisie particulière aux enfants, thèse, 1824.

car on y trouve un exemple d'une communication anormale entre la bronche droite ei un ganglion bronchique ramolli ; l'observation sixième, plus curieuse encore, présente un cas de communication entre la bronche droite et l'œsophage, par l'intermédiaire du kyste d'un ganglion bronchique ; enfin, dans la septième observation, noôs voyons les bronches communiquer avec des kystes ganglionnaires, les uns vides, les autres à moitié remplis de matière tuberculeuse.

Dans la seconde partie de sa thèse, M. Leblond entreprend l'histoire dogmatique de la phthisie bronchique, et étudie successivement les causes, les symptômes, la marche, le diagnostic, la terminaison, le pronostic et enfin le traitement de la maladie.

Pour lui les causes de la phthisie bronchique sont les mêmes que celles indiquées par tous les auteurs comme production de l'affection tuberculeuse; toutefois, il fait jouera l'inflammation un rôle assez important.

Quant au diagnostic, il convient qu'il est difficile à établir, et nous sommes tout à fait d'accord avec lui; rm<is nous ne croyons pas qu'il ait éclairé la question par son exposé des symptômes.

La partie de son travail relative à la terminaison de la maladie est plus intéressante. Un premier mode de guérison est dû. selon lui, à la résorption de la matière tuberculeuse.il fait dépendre tous les autres du rapprochement des parois du kyste bronchique, préalablement vidé des tubercules qui le remplissaient. Il ajoute que cette tendance du kyste à revenir sur lui-même est favorisée par la pression continue des organes qui l'environnent. Le fond dn kyste ne tarde pas à venir s'appliquer sur l'ouverture de la bronche, et la continuité du canal est rétablie sans aucun rétrécissement. Cette explication est sans doute fort ingénieuse, mais nous regrettons que l'auteur n'ait pas cité à l'appui de son opinion quelques faits qui eussent porté dans l'esprit de ses lecteurs une conviction complète.

Dans le paragraphe consacré au pronostic, H. Leblond nous parait aussi avoir raisonné d'après des inductions purement théoriques.

Il établit les bases du traitement sur l'étiologie de l'affection tuberculeuse ; et il conseille l'emploi des émissions sanguines locales ou générales. La phthisie bronchique étant confirmée, il prescrit de les employer avec plus de réserve.

M. Becker, qui n'avait pas connaissance du travail de H. Leblond, publia deux années après la thèse que nous avons citée.

Ce médeciu étudie successivement les différentes maladies des ganglions bronchiques ; il consacre un paragraphe aux concrétions crétacées et aux tubercules. Bien qu'il ait rassemblé la plupart des faits publiés sur ce sujet, ils n'ont pas été assez nombreux pour qu'il ait pu tirer des conclusions précisas et tracer la marche que suivent ces lésions. Toutefois, il a rapporté, d'après les auteurs, des exemples de compression des nerfs, de la trachée et des bronches, et indiqué

TUBBRCULISATION DBS GANGLIONS BRONCHIQUES. 603

que la perforation de ces organes peut succéder au ramollissement des ganglions tuberculeux. M. Becker a étudié d'une manière collective les symptômes produits par les maladies du thymus et par celles (les ganglions bronchiques, quels qu'aient été la nature de la lésion et l'âge des sujets.

Les symptômes qu'il énumère sont tous dus à la compression de la trachée, des bronches, des poumons, du cœur, des vaisseaux, de l'oesophage et des nerfs. Tels sont la dyspnée, la toux, la petitesse du pouls, la coloration violacée des lèvres, l'hydro-thorax, l'œdème, la dysphagie. M. Becker se demande ensuite quels devraient être les symptômes fournis par l'auscultation et la percussion. Il suppose que l'on pourrait reconnaître les masses dégénérées au moyen de la matité et de la diminution de son constatée à la partie antérieure ou postérieure de la poitrine.

Ce travail de M. Becker est remarquable par l'étendue de ses recherches historiques, et par le parti qu'il a su tirer de faits pour la plupart incomplets. Hais il est à regretter que les matériaux qu'il avait à sa disposition ne lui aient pas permis d'étudier à part chacune des maladies du thymus, et des ganglions bronchiques, et d'indiquer les modifications que l'âge peut établir dans les symptômes et dans la marche des lésions.

M. Tonnelé, dans le Mémoire cité précédemment, ne dit que quelques mots des tubercules des ganglions bronchiques. Nous sommes d'autant plus étonnés qu'un aussi bon observateur n'ait pas donné une description complète des altérations de ces organes, que son attention devait tout naturellement être portée sur ce sujet, puisque son travail était postérieur à celui de M. Leblond. M. Tonnelé se contente de parler des accidents qui peuvent dépendre de la compression des bronches ou des vaisseaux par les ganglions augmentés de volume. Il fait observer ensuite qu'il n'y a aucun rapport entre la phlegmasie du poumon ou des bronches, et le développement des tubercules dans les ganglions.

De nouvelles recherches sur la maladie qui nous occupe furent publiées par M. Berton, dans un Mémoire qui obtint, en 1830, une médaille de la Société médicale d'émulation, et que l'on trouve reproduit eu entier dans son Traité des maladies des enfants. Un grand nombre des faits indiqués par cet auteur avaient déjà été consignés dans la thèse de H. Leblond.

M. Bertou admet l'influence de l'inflammation sur le développement delà matière tuberculeuse; il croit trouver un argument victorieux à l'appui de cette idée, en indiquant la coïncidence de l'inflammation et du dépôt du tubercule dans un même 'ganglion. Du reste, il paraîtrait assez porté à admettre une identité de nature entre les glandes bronchiques tuberculeuses et les granulations pulmonaires décrites par Bay le.

Page 1