DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE DU FOIE
Nous avons rencontré chez les enfants phthisiques plusieurs sortes d'altérations du foie qui, vu leur rareté dans cette maladie, et leur existence dans d'autrescirconslances, paraissent n'avoir aucun rapport avec la tuberculisation. La plus fréquente de ces lésions est l'hypertrophie de l'organe sans altération apparente du tissu. Vient ensuite la cirrhose, qui est rare, en général, dans l'enfance. Nous n'en afons recueilli que quatre exemples, deux fois chez des sujets tubercuieos, deux autres lois chez des enfants qui ne l'étaient pas. Des deux malades tuberculeux, un seul Tétait gravement* et la tuberculisatioe était concentrée dans les ganglions bronchiques et dans c*:ux dumédiastin. Une ascite avait, chez ces deux enfants, été la conséquence de la cirrhose. La lésion analomique était évidemment à un degré moins avancé que chez les deux enfants non tuberculeux.
Enfin, nous rappellerons que nous avons cité ailleurs (t. H, p. 28] l'observation d'un enfant tuberculeux à l'autopsie duquel nousavons constaté les caractères auatomiquesde la congestion hépatique.
La seule lésion du foie qui, par sa fréquence, semble tenir à la tuberculisation sans lui être spéciale, est la dégénérescence graisseuse de cet organe. Déjà, dans le premier volume de cet ouvrage (p. 693], nous avons parlé de cette altération analomique; nous avons peu do choses à ajouter ici sur sa cause et ses symptômes.
Art. X. — Anatonrie pathologique.
Le foie gras est lisse à sa surface; sa teinte est d'un jaune pâle; lorsque la lésion est encore peu avancée, on retrouve à la section quelques portions de substance rouge qui, plus tard, ont entièrement disparu. Alors la surface de la coupe est d'un blanc jaunâtre, humide,
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comme huileuse; la substance graisseuse s'attache au scalpel, elle imprègne le papier ou le linge que l'on met en contact avec elle ; le foie a souvent augmenté de volume. Cette hypertrophie est tantôt générale, tautôt partielle. Dans un cas, nous avons vu le foie avoir une dimension énorme, comparable à celle de certaines hypertrophies; en même temps sa densité était plus considérable. Le plus souvent, au contraire, on observe une diminution de consistance qui est d'autant plus prononcée que la transformation graisseuse est plus complète. Le foie gras fournit par l'ébullition 1 à S grammes de graisse lorsque la dégénérescence est peu considérable ; on en retire des quantités bien plus grandes encore (un tiers du poids de l'organe lorsque la maladie est très avancée) (1). Un moyen d'analyse plus rapide et plus sensible que l'ébullition est l'examen microscopique de l'organe.
Voici la description donnée par M. Legendre : « Si l'on place sur le porte-objet une petite parcelle de cet organe, obtenue à l'aide du raclage, et délayée dans uu peu d'eau, on constate facilement, nageant au milieu de ce liquide :
• 1* Des globules graisseux à l'état de liberté;
» 2° Des cellules organiques du foie contenant dans leur intérieur des globules semblables, c'est-à-dire offrant une transparence parfaite, un aspect lisse et brillant, une forme exactement arrondie et une grosseur très variable, caractères auxquels il est impossible de méconnaître les globules graisseux. »
La bile a les caractères les plus variables : elle est jaune clair ou filante, ou bien verte ou brunâtre, poisseuse ou semblable à de l'albumine, etc.
Tubercules. — Le foie gras contient rarement des tubercules ; nous n'en avons trouvé que chez deux enfants ; dans un cas, il y avait une dizaine de tubercules roiliaires dont la teinte était verte, dans l'autre un seul tubercule.
Rapport entre l'état gras du foie et la tuberculisation. — La dégénérescence graisseuse du foie est loin d'être spéciale à la tuberculisation; en outre, lorsqu'on rencontre celte lésion chez des sujets tuberculeux, ce n'est pas toujours chez ceux dont la phthisie est la plus avancée; ainsi, en opposant le nombre de cas où le foie est gras chez les enfants tuberculeux, et chez ceux qui ne le sont pas, nous trou- Tons que cette lésion est à peine plus fréquente dans le premier cas que dans le second (2). La proportion serait bien plus forte si nous réunissions aux sujets non tuberculeux les enfants à l'autopsie des-
(1) Legendre, ouv. cit., 378-379.
(2) Sur 312 luberculeui, le foie a été trouvé gras 23 fois, c'est-à-dire 1 fois sur 13 ou 14; sur 21 1 enfants uon tuberculeux, le foie a été trouvé gras 14 fois, c'est-à-dire environ une fois sur 15*
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transformation graisseuse est plutôt sous la dépendance du flux durrhéique et de la cachexie qu'il détermine que sous celle des lésions anatomiques. Celles-ci ne peuvent être considérées comme une came qu'en raison de la diarrhée abondante et prolongée dont elles sont l'occasion. Nous avons déjà dit que cette opinion nous parait betacoup trop absolue. Si l'on arrivait à prouver que la diarrhée prolongée et la cachexie qui en est la suite sont une cause de la dégénérescence graisseuse du foie, il faudrait reconnaître aussi que cette cause est loin d'être la seule. En effet, l'un de nos tuberculeux, doit le foie était gras, avait de la constipation. Chez plusieurs autres, b diarrhée, très peu abondante, ou survenue dans les derniers jours de la vie, ne pouvait nullement être accusée du dépérissement et de l'eut cachectique de nos jeunes malades.