‹ Traité clinique et pratique des maladies des enfants v. 3Chapitre 8 sur 95 · III · texte numérisé non relu

III

en quantité variable. Cette proportion assez considérable est cependant moindre que celle fournie par la totalité de nos autopsiée (1). Toutefois elle prouve que la présence des tubercules n'est pas un obstacle au développement de la variole.

Sur nos vingt-cinq malades, nous comptons seulement trois enfants atteints de tuberculisation considérable, et deux chez lesquels les produits accidentels étaient médiocrement abondants ; chez les vingt autres, il n'existait qu'un très petit nombre de tubercules, et souvent un, deux ou trois seulement (2). Nous nous croyons donc en droit de conclure que la variole qui se développe chez les tuberculeux atteint de préférence ceux chez lesquels le dépôt du produit accidentel est peu abondant. Cette conclusion semble indiquer un antagonisme réel entre l'affection varioleuse et la diathèse tuberculeuse.

Les trois enfants dont la tuberculisation était avancée eurent* l'un une variole irrégulière, les deux autres une varioloïde anomale. Si nous possédions un grand nombre de faits pareils, nous dirions que la tuberculisation avancée a pour effet de rendre l'éruption variolique irrégulière et peu abondante. On doit d'autant plus admettre cette loi qu'elle n'est spéciale ni à la variole, ni aux tubercules ; car toute fièvre éruptive devient irrégulière lorsqu'elle est secondaire à une affection grave.

Les varioleux présentent toutes les espèces de tubercules; mais la forme de beaucoup la plus fréquente est celle qui indique que ces produits accidentels passent à la guérison; c'est-à-dire qu'ils sont crétacés. Par une coïncidence remarquable, il en est ainsi souvent, mais non toujours, lorsque la variole a duré longtemps, c'est-à-dire de neuf à vingt-trois jours (cette durée est longue pour les varioles terminées par la mort). Il semblerait que la fièvre éruptive a une action immédiate sur les tubercules, et que, par une sorte de dérivation, elle les dessèche et les fait passer à l'état crétacé. Il est donc possible que cet effet ne dépende pas de l'antagonisme de nature que nous croyons reconnaître entre les deux états morbides; mais seulement de la nécessité où se trouve l'organisme de fournir rapidement des matériaux à une fluxion inflammatoire et à une suppuration étendues à la plus grande partie de la surface du corps. Aussi nous ne prétendons pas que la variole guérisse la diathèse tuberculeuse, nous disons seulement qu'elle peut guérir les tubercules actuellement existants, s'ils sont peu nombreux.

En effet, sur les vingt-cinq enfants qui nous ont offert des tuber-

(1) En effet toutes dos observations réunies nous donnent 312 taberculeqj sur 512 autopsies : proportion plus grande que celle de 25 à 59.

(2) La proportion des tuberculi salions considérables ou moyennes aux tuberculisations peu étendues est de 226 à S6 ; elle est ici de 5 à 20. Le rapport est donc inverse et la différence est considérable.

cules, dix nous en présentèrent à l'état crétacé dans un ou dans plusieurs organes. Cette proportion est très considérable ; car en retrancliant du nombre des tuberculeux les vingt-cinq cas dont nous venons de parler, nous voyons que le rapport entre le nombre des malades qui ont des tubercules crétacés et ceux qui n'en ont pas, est de 1 à 10, tandis que chez les vingt-cinq varioleux la proportion est de 1 à 2 1/2. En outre, ce nombre de dix, comparé à la totalité des exemples de tubercules crétacés que nous avons sous les yeux, en forme plus du quart. Toutefois nous devons dire qu'un certain nombre des malades qui nous occupent nous ont offert, soit conjointement à la variole, soit avant, soit après elle, une scarlatine ou une fièvre typhoïde, maladies auquelles nous reconnaissons la môme propriété qu'à la variole. L'influence de cette dernière affection s'exerce surtout sur les malades qui ne présentent qu'un très petit nombre de tubercules. Cependant, chez un enfant qui succomba à une variole consécutive à une fièvre typhoïde, nous avons trouvé dans les ganglions mésentériques une masse tuberculeuse entièrement crétacée, dure comme de la pierre, et ayant environ le volume du poing.

Résumons toutes ces propositions :

1° La variole qui se développe chez les tuberculeux choisit de préférence ceux chez lesquels les produits accidentels ne sont pas abon* dants.

2° La cachexie tuberculeuse modifie la variole, et la rend irrégulière.

3* Lorsque les tubercules ne sont pas nombreux, la variole tend à les faire passer à l'état crétacé et à les guérir.

&° La préexistence de la variole ne met pas pour l'avenir les enfants à l'abri des manifestations scrofulo-tuberculeuses.

Depuis la première édition de notre ouvrage, on a peu étudié cette question. Il semblerait qu'on ait craint de l'aborder sérieusement, de peur d'arriver à ce résultat que la variole et la diathèse tuberculeuse étant antagonistes, il faut se garder de neutraliser la première pour ne pas favoriser l'apparition de la seconde. Les attaques assez peu fondées que l'on dirige depuis quelques années contre la vaccine peuvent, jusqu'à un certain point, justifier cette crainte. Toutefois s'il est vrai, comme les faits ci-dessus rapportés semblent le prouver (1), qu'il existe un antagonisme réel entre ces deux états morbides, ce n'est pas une raison de conclure que la variole tendant à disparaître du monde, les tubercules devraient augmenter de fréquence. Il faudrait

(1) Il est bien entendu que la vérité de nos conclusions est subordonnée à la valeur et ao nombre des faits que nous citons. Ils ne sont pas assez nombreux pour décider la question d'une manière absolue ; mais notre opinion nous semble plus légitime que les affirmations sans preuves données jusqu'à ce jour. Si une observation exacte et aufntenmment répétée venait à la contredire, nous n'aurions aucune répugnance à r abandonner .

des travaux entrepris sur une tout autre échelle et à un point de vue tout différent, pour trancher une pareille question. Nous ne croyons pas d'ailleurs que les faits conduisent jamais à cette conclusion singulière que, pour supprimer les scrofules et les tubercules, ou pour diminuer leur fréquence, il faille favoriser la propagation de la variole. Nous ne le pensons pas, même si l'on arrivait à prouver que la phrase suivante de Mead est l'expression exacte de la vérité : « Quelque terrible que soit la variole, elle ne laisse pas cependant encore de procurer un avantage; car si le sang se trouve vicié, ou naturellement, ou par l'effet d'un mauvais régime, et qu'une lymphe trop visqueuse ait produit quelque tumeur dans les glandes, la petite vérole, en digérant les humeurs, en les dépurant, pour ainsi dire, communique au corps une meilleure santé pour le reste de la vie (1). »

Art. X.— Influence de la vaccine sur la variole.

Nous n'avons pas l'intention de traiter ce vasle sujet sous tous ses points de vue : d'autres l'ont déjà fait avec des matériaux plus nombreux que les nôtres. Ici nous avons seulement pour but de rechercher comment les faits que nous avons sous tos yeux nous permettent de résoudre les questions suivantes : 1° Quelle espèce de variole prennent les enfants vaccinés depuis longtemps? 2° Quelle espèce de variole prennent les enfants non vaccinés? 3° Quelle espèce de variole prennent les enfants qu'on vaccine pendant l'incubation de la variole? tx° Quelle espèce de variole prennent les enfants qu'on vaccine pendant les prodromes ou pendant les premiers jours de l'éruption variolique?

Première question. — Les enfants qui ont été vaccinés depuis longtemps ne sont pas entièrement soustraits au contagium variolique : ils contractent le plus ordinairement des varioloïdes normales ou anomales et des varicelles. Si l'on cherche dans quelles circonstances les formes anomales se développent de préférence, il est facile de voir que l'état de santé antérieur en est presque l'unique cause.

Très rarement nous avons constaté les varioles normale et anomale après vaccination; en sorte que, chez les enfants vaccinés, le nombre total des varioloïdes l'emporte de beaucoup sur celui des varioles (2).

(1) Cette phrase a été reproduite à la suite d'une observation insérée dans le Journ. de méd. chir. et pharm., et intitulée : Phlhisie pulmonaire commençante, guérie à la suite d'une variole de mauvaise espèce, 1792, t. XCXI, p. 140.

(2) Enfants vaccinés, 30.

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