‹ Traité clinique et pratique des maladies puerpérales suites de couches [electronic resource]Chapitre 10 sur 136 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Je diviserai les causes de l'empoisonnement puerpéral en causes générales ou déterminantes et causes individuelles ou prédisposantes. On peut rapporter à ces deux groupes très-simples, très-naturels et parfaitement séparés, toutes les causes signalées par les auteurs et, de plus, on peut être sûr (ju'à chacun de ces groupes correspondent des indications prophylactiques essentiellement distinctes, relevant les unes de l'hygiène privée, les autres de l'hygiène publique.

Si l'on veut bien se reporter à l'analyse que nous avons donnée des principales épidémies puerpérales qui ont régné aux xvue et xvme siècles, on remarquera combien est large la part attribuée par les auteurs aux causes individuelles, tandis que la part faite aux causes générales est trèsfaible et presque constamment nulle. De nos jours, on a mieux compris toute l'importance qui s'attache à ce dernier groupe de causes.

Ce n'est pas que les causes individuelles n'aient leur valeur, ce n'est pas qu'elles soient sans influence sur le développement des épidémies puerpérales. En créant chez les femmes en couches l'aptitude, la prédisposition à contracter la maladie épidémique, elles facilitent la propagation du fléau et favorisent sa marche dévastatrice, de même que des matières résineuses, huileuses ou alcooliques activent les progrès d'un incendie et contribuent à son développement, mais sans en avoir été l'origine. L'étincelle vient d'ailleurs. Or quelle est l'étincelle qui allume les incendies puerpéraux, ou pour parler sans métaphore, quelle est la cause génératrice des épidémies puerpérales? Unique ou multiple, c'est cette cause qui nous donnera la solution du problème; mais avant d'aborder cette partie de la question étiôlogique, il est indispensable

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que nous passions en revue et que nous appréciions à leur véritable valeur les causes individuelles ou prédisposantes de l'empoisonnement puerpéral.

Causes individuelles. — Si nombreuses qu'elles soient ou plutôt qu'elles paraissent être, on peut les rapporter à six chefs principaux : détresse physique, détresse morale, acclimatement, constitution et maladies antécédentes, primiparité, influences obstétricales.

Détresse pli > sique — Si l'on considère avec nous les causes individuelles comme autant d'agents destinés à préparer le terrain où seront déposés les ferments morbides qui doivent donner naissance aux maladies puerpérales épidéiniques, on sera forcé d'attribuer une importance capitale à la détresse physique.

Quel est, en effet, le théâtre le plus habituel des épidémies puerpérales ? ce sont les hôpitaux. Quelle est la population qui hante ces établissements? ("est, dans toutes les contrées possibles, assurément la plus misérable. Mais si cela est vrai de tous les hôpitaux en général, cela est surtout vrai des maisons d'accouchement en particulier. On ne réfléchit pas assez à la position lamentable des femmes qui viennent solliciter leur admissiou dans une maternité quelconque, ha plupart sont des filles-mères; la plupart sans travail, sans ressources et presque sans asile. Qu'arrive-t-il, en effet, quand ces malheureuses sont arrivées au septième ou au huitième mois de leur grossesse, c'est-àdire à l'époque où elles ne peuvent plus dissimuler les suites de leur faute ? Si elles habitent la campagne, elles viennent se réfugier dans une grande ville pour s'y dérober aux reproches de leurs parents ou aux regards de leurs connaissances. Habitent-elles une grande ville, elles sont obligées de quitter leur place, soit spontanément pour que l'on ne se doule pas de leur situation, soit contraintes et forcées, parce qu'elles ne sont plus aptes à remplir les devoirs de leur profession. Dans tous les cas, c'est la misère qui les attend avec son cortège de privations et de souffrances, habitation malsaine, nourriture insuffisante, etc., etc.

Pour mettre la preuve à côté de l'assertion, je donnerai ici le relevé numérique des femmes admises à la Maternité de Paris en 1862, avec distinction de professions et d'état civil, relevé que je dois à l'obligeance du directeur de cet établissement.

11 résulte de ce relevé que, sur 2303 accouchées, 320 seulement, c'est-àdire moins de 1/7, étaient mariées; et encore y a-t-il lieu de faire observer que parmi ces femmes mariées, on en compte une moitié au moins que leurs maris avaient abandonnées ou qui en étaient séparées judiciairement. Le même relevé nous apprend que, sur nos 2303 accouchées, 962 étaient domestiques, 985 ouvrières et 356 journalières. Le chiffre de 985 ouvrières peut se décomposer ainsi : 600 ouvrières à l'aiguille, 200 blanchisseuses ou repasseuses, 185 polisseuses, vernisseuses ou de métiers divers. Enfin nous savons par ce tableau que 371 seulement de nos 2303 accouchées, c'est-à-dire à peine 1/6,

étaient dans leurs meubles, 709 en garni, '(51 chez des niailres ou patrons, 712 chez des parents ou amis, et enfin 00 sans asile aucun.

Ces chiffres ont une éloquence qui pourrait nous dispenser de tout commentaire. Ils nous enseignent combien est précaire la situation des femmes grosses qui viennent solliciter leur admission à la Maternité de Paris. Filles pour la plupart, délaissées par leurs amants, le plus petit nombre mariées et alors abandonnées ou séparées de leurs maris; ouvrières, domestiques ou journalières, c'est-à-dire vivani péniblement d'un travail auquel le ternie avancé de leur grossesse les force bientôt de renoncer ; désormais donc sans salaire, ou n'ayant d'autres ressources que leurs maigres économies; sans asile ou sans domicile réel, ou n'ayant pour refuge tantôt qu'un garni misérable, tantôt que la chambre étroite et malsaine où les tolère la pitié d'un patron ou d'un maître, tantôt que le logement encombré où les admet la charité de leurs parents ou de leurs amis. A combien de privations, dans une position semblable, ne faut-il |>as se résigner eu égard à l'alimentation, à l'habitat, au chauffage, à la lumière, aux soins de propreté, etc. ? Quelle misère ! et il ne s'agit encore dans tout ceci que du côté matériel de cette situation.

.Notez bien que ce que je viens de dire peut s'appliquer non-seulement à l'année 1862, mais à toutes les années précédentes et ultérieures, non-seulement à la Maternité de Paris, mais à toutes les maternités en général; et aux hôpitaux, quels qu'ils soient, destinés à recevoir les femmes en couches.

Pour mieux apprécier encore cette influence de la détresse physique, on peut comparer la mortalité relative des femmes mariées et celle des filles mères, ces dernières étant de beaucoup les plus misérables.

Voici les résultats d'une statistique dressée par le directeur de la Maternité:

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