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IV. — Mort subite par lésion des centres nerveux

Parmi les lésions du système nerveux qui peuvent causer la mort subite dans l'état puerpéral, il faut distinguer les lésions matérielles et les lésions dynamiques.

A. Lésions matérielles. — L'hémorrhagie cérébrale ou méningée, l'apoplexie de la moelle épinière constituent les lésions cadavériques les plus fréquentes qui aient été observées jusqu'à ce jour sur les femmes grosses ou en couches emportées par une mort subite.

Ménière, dans le travail que nous avons déjà cité en décrivant les hémiplé-

(1) Ollivier (d'Angers), Arch. de méd.\ 1838, 3e série, t. I, p. 35.

MORl SUBITE PAU LÉSION DES CENTRES NERVEUX. 1133

gies puerpérales (1), a fait connaître un certain nombre de cas d'hémorrhagie cérébrale pendant la grossesse ou l'accouchement, lesquels cas furent suivis de mort dans l'espace de quelques heures. Ainsi, chez une idiote qui fut frappée d'apoplexie au sixième mois de sa grossesse, la mort arriva le même jour, dix-huit heures après l'invasion des premiers symptômes.

Dans un autre cas observé par Schedel et communiqué à Ménière, il s'agit d'une femme de trente-cinq ans, arrivée au huitième mois de sa grossesse, et qui, à la suite d'une fatigue excessive, accoucha prématurément. Frappée d'apoplexie cérébrale au moment de la période d'expulsion, elle succomba douze heures après la délivrance.

Un troisième cas extrait delà thèse de Leloutre est relatif à une primipare, âgée de trente-cinq ans, qui, quatre heures après un accouchement régulier et à terme, présenta les symptômes d'une hémorrhagie cérébrale. La mort eut lieu six heures après l'apparition des premiers accidents.

L'autopsie révéla dans tous ces cas l'existence de foyers hémorrhagiques intracérébraux.

Les mémoires de madame Lachapelle renferment l'observation d'une femme de vingt- deux à vingt-cinq ans, enceinte pour la seconde fois, qui fut prise pendant le travail de symptômes apoplectiques et expira en quelques secondes. A l'autopsie, hémorrhagie cérébrale et méningée.

J'ai moi-même observé un cas d'hémorrhagie encéphalo-méningée chez une femme en couches, huit jours après la délivrance, et qui amena la mort au bout de six heures. A l'autopsie, je trouvai 50 à 60 grammes de sang noir dans la cavité de l'arachnoïde. Dans l'espace sous-arachnoïdien moyen, audessous de l'arachnoïde, existait un caillot de la grosseur d'une fève. Épanchement d'une certaine quantité de sang autour des pédoncules cérébraux. Le ventricule latéral gauche était rempli de caillots mous et noirâtres; le corps strié du même côté détruit à sa surface; son tissu fortement congestionné et paraissant le siège d'une hémorrhagie capillaire. Le septum lucidum n'existait plus. Le ventricule latéral droit contenait quelques caillots, mais moins volumineux et en moindre quantité que le gauche. Distension du quatrième ventricule par du sang noirâtre et coagulé. Noyau hémorrhagique dans la partie latérale gauche de la protubérance. Les artères cérébrales paraissaient être le siège d'une dégénérescence athéromateuse.

Moynier a fait connaître l'observation d'une dame grande, forte et bien constituée, et qui, trois semaines après un accouchement heureux, prit froid en allant à l'église Saint Roch, éprouva en rentrant chez elle un léger malaise, puis de l'engourdissement aux pieds, lequel remonta jusqu'aux hanches, le soir de la douleur dans les extrémités supérieures et l'impossibilité de mouvoir les jambes, et succomba treize heures après son retour de l'église, la respirâ-

(1) Ménière, De l' hémorrhagie cérébrale pend, la grois. et après l'ace. (Archt, 1828, lre série, t. XVI, p. 489).

MORT SUBITE DANS L'ETAT l'IERl'ÉKAL

tion difïicile et la l'ace cyanosée. L'autopsie pratiquée par Héeaniier, Lermirrier et Moynier père révéla l'existence, dans le canal rachidien, d'un épanchenient sanguin de la dixième à la douzième vertèbre dorsale et ayant complètement désorganisé la moelle en ce point (1).

L'éclampsie albuminurique peut devenir une cause de mort subite ou du moins très-rapide chez les femmes en travail. Auquel cas l'autopsie fait presque toujours reconnaître un état hypérémique, quelquefois même réellement apoplectique des centres nerveux, indépendamment des altérations propres à la maladie de Bright.

B. Lésions dynamiques. — La mort subite par les centres nerveux dans l'étal puerpéral sans lésion matérielle appréciable in cadavere constitue ce qu'on pourrait appeler la sidération nerveuse, et cette sidération elle-même peut revêtir trois expressions fonctionnelles diverses, à savoir, l'apoplexie nerveuse, la syncope et ce que les Anglais ont appelé l'asphyxie idiopathique. Or, ces trois manières de mourir sous l'influence d'une sidération nerveuse correspondent précisément à la mort par le cerveau, le cœur et les poumons, c'est-à-dire par les trois appareils d'organes désignés par Bichat sous le nom de trépied vital.

Les trois espèces de sidération nerveuse que nous venons d'admettre sont rarement aussi distinctes dans la pratique que dans la théorie, d'abord parce qu'elles s'associent souvent au nombre de deux et même de trois chez le même sujet, en second lieu parce que leurs caractères cliniques ne sont pas toujours tellement nets qu'il soit possible de les reconnaître pendant la vie. Supposez une mort réellement instantanée, qui pourra décider si la cause prochaine et mécanique de la mort a été une cessation de l'action cérébrale ou des fonctions cardiaques ? D'abord, il nous est donné très-rarement d'assister à une mort réellement soudaine, et même en pareil cas, la malade sous les yeux, il nous serait très-malaisé de dire si c'est le cœur ou le cerveau qui a cessé de fonctionner. Les phénomènes asphyxiques seraient d'un diagnostic plus facile ; les râles trachéaux, l'écume à la bouche, la cyanose de la face, se rapportant spécialement à la gène des fonctions respiratoires. Mais en général nous en sommes réduits, avant et trop souvent même après l'examen cadavérique, à des hypothèses aussi bien sur l'espèce de la sidération nerveuse que sur la cause même de cette sidération.

Quel que soit le mode suivant lequel la mort arrive, il est trois causes principales auxquelles on peut rapporter la sidération nerveuse, à savoir : 1° l'épuisement nerveux résultant d'un travail trop douloureux et trop prolongé, 2° les commotions morales, 3° l'empoisonnement puerpéral. Nous passerons en revue ces trois ordres de causes, en citant des faits à l'appui.

1° Épuisement nerveux. La longue durée du travail, les douleurs excessives

(1) Movnier, Morts subites, etc. Paris, 1858, p. 129.

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