MORT SUBITE PAR LÉSION DES CENTRES NERVEUX
déterminées par des manœuvres obstétricales laborieuses ou trop fréquemment répétées, peuvent amener une dépression tellement profonde des forces que la mort en soit la conséquence. « Alors même qu'il n'y a pas eu de difficultés extraordinaires, dit Travers, et que le travail n'a pas été trop prolongé, il survient quelquefois une prostration funeste qui ne s'explique que pav l'excès de la douleur, et au bout de quelques heures, sans autre accident appréciable, la malade expire. »
Madame Lachapello a raconté dans ses mémoires le l'ait suivant : Une femme dont le bassin était horriblement difforme était en travail; on perfora le crâne et on tenta l'application du crochet aigu. On employa sans aucun succès tous les moyens. Le crâne vint par lambeaux à la pointe des crochets ; il fallut s'arrêter, et pendant ce repos la femme expira ayant encore l'enfant dans l'utérus.
Dans le compte rendu de la pratique des accouchements à la Maternité de Marseille de 1835 à 1836, Villeneuve rapporte une observation dont voici le résumé : Bassin vicié, applications infructueuses du forceps, introduction d'un crochet aigu, cràniotomie; mort de la mère deux heures après par épuisement nerveux (1).
Mordret a vu la mort par épuisement survenir chez une femme de trentehuit ans, bien constituée et en travail depuis trois jours. Applications réitérées de forceps et de cépbalotribe. Mort après l'extraction du fœtus (2).
2° Commotions momies. — J'ai trop souvent mentionné dans le cours de cet ouvrage l'excessive inipressionnabilité des femmes en couches, pour qu'il soit nécessaire d'insister sur cette vérité qui n'a plus besoin de démonstration. Je me bornerai donc à l'exposé de quelques cas de mort subite pouvant être attribuée à des commotions morales trop violentes.
Morgagni, dans sa Zi8e lettre (art. relate l'histoire d'une femme hystérique, mère de plusieurs enfants, qui, arrivée au ternie d'une nouvelle grossesse, était agitée de pressentiments sinistres. Étant accouchée d'une tille au lieu d'un garçon qu'elle espérait, elle fut. prise d'un si violent chagrin que surle-chymp le pouls s'affaiblit et le corps se refroidit. La délivrance ne se fit pas et la mort arriva en moins de six heures.
Un fait à peu près semblable est rapporté par Moynier : Madame de S..., mariée à trente ans, accouche d'un garçon qu'elle perd peu de temps après; redevient enceinte et se préoccupe pendant toute sa grossesse de la crainte d'accoucher d'une fille. Accouchement prompt et naturel. Impatiente de savoir quel est le sexe de l'enfant, elle soulève brusquement la couverture, reconnaît une fille et retombe sur son oreiller en s'écriant : Ah! quel malheur! Depuis ce moment état de torpeur, occlusion des
(1) Villeneuve, Gaz. méd,, 1837, p. 106.
(2) Mordret, Mort subite dans l'état puerpi Paris, 1858, p< 120;
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yeux. Cependant délivrance facile, écoulement de sang modéré. Mort deux heures après (1).
Le Mémoire de Mac Clintock renferme une observation du docteur Gartlan, dans laquelle des pressentiments sinistres ont paru causer les accidents qui amenèrent la mort :
Femme de trente-cinq ans. Premier accouchement heureux. Vives appréhensions à la fin de la deuxième grossesse. Alarmes et anxiétés telles que, dans les derniers temps, le médecin dut, malgré un état de santé très-satisfaisant, faire deux visites par jour. Cependant travail court, perte de sang modérée, délivrance facile. Une heure après les craintes se réveillent, la malade dit qu'il lui arrivera malheur. Développement de gaz dans l'intestin, embarras de la respiration, affaiblissement graduel et mort six heures après l'accouchement.
Delamotte raconte que la femme d'un journalier qui avait accepté ses soins avec répugnance, parce qu'elle le redoutait beaucoup, fut prise, aussitôt après l'accouchement, de tremblement sans froid et mourut au bout d'une demiheure, sans avoir éprouvé ni perte de sang, ni douleur, ni aucun accident appréciable (Delamotte, obs. 230).
L'observation 106 du même auteur présente quelque analogie avec la précédente. 11 y est fait mention d'une primipare qui, arrivée au neuvième mois de sa grossesse, eut un rêve dans lequel elle crut voir un spectre hideux qui voulait se coucher avec elle. Sa frayeur fut telle qu'elle se réveilla avec un violent frisson et fut prise aussitôt des douleurs de l'accouchement. Mouvements tumultueux de l'enfant, rupture de la poche des eaux, tête au passage. Cependant tout rentra dans le calme et le sommeil survint. Mais les inquiétudes de la jeune femme persistèrent. Au bout de deux jours et une nuit, les douleurs reparurent. Écoulement fétide et roussâtre, pouls très-faible, voix mal articulée. Delamotte amène un enfant et un arrière-faix putréfiés. Vomissements. Mort deux heures après la délivrance.
Il me paraît douteux que, dans ce cas, la frayeur ait seule causé la mort de la mère et de l'enfant. Le frisson, l'écoulement fétide et roussàtre, la putréfaction du fœtus, pourraient se rapporter tout aussi bien à une endométrite qui a peut-être joué un rôle plus important que la commotion morale dans l'issue funeste.
Mordret tient d'une sage-femme instruite le récit suivant : « Une fille de là campagne, âgée de vingt ans, grande, forte et de bonne mine, était grosse de sept mois. Elle avait éprouvé de grandes contrariétés de la part de ses parents qui s'opposaient à son mariage. Un jour, après une visite de son amant, qui Venait de la laisser assise devant sa porte et occupée à filer, elle tomba morté, sans proférer une parole. Quelques instants auparavant, le curé était passé
(1) Moynier, loc. cit., p. 153.