Morte dans le coma
Autopsie. — A l'ouverture de la cavité abdominale, on trouve l'estomac et les intestins distendus par une quantité considérable de gaz. Les anses intestinales sont agglutinées par un exsudât assez fortement organisé pour qu'on éprouve quelque peine à les isoler. Le liquide épanché dans la cavité est trouble, puriforme, contenant des matières jaunâtres, floconneuses et des fausses membranes. Au niveau de l'utérus, adhérences profondes exigeant d'assez fortes tractions pour être détruites.
L'utérus a encore le volume du poing. Tout son tissu est ramolli, d'un gris ardoisé, les sinus enflammés, remplis de pus ; de telle sorte, qu'à la coupe on trouve à peine quelques parties de l'organe non envahies par la suppuration. Les annexes du côté droit ont subi une altération remarquable. Le ligament large ne forme qu'une masse dure, compacte, résistante à la coupe, homogène, et dont les divers éléments ne peuvent plus être isolés. Ainsi, il est impossible de séparer par la dissection les plexus ovariens et les veines utéroovariques de la gangue fibreuse au milieu de laquelle ces vaisseaux sont comme englobés. Ils se réunissent pour former un cordon unique remontant jusqu'au niveau de l'embouchure de la veine utéro-ovarienne dans la veine cave inférieure. Leurs parois sont épaissies et contiennent du pus. L'ovaire droit est congestionné. Il renferme quelques foyers apoplectiques, mais pas de suppuration.
Rien de semblable dans les annexes du côté gauche ; mais, de ce côté, les veines iliaque primitive, iliaques externe et interne, contiennent un caillot sanguin de couleur foncée, rouge-groseille, lequel s'étend en bas jusqu'à moitié environ de la longueur de la veine crurale profonde. Les parois de ces vaisseaux ne sont pas altérées, mais elles présentent une coloration rouge vineuse très-prononcée. La veine poplitée et les veines profondes du mollet, jusqu'au-dessus du tendon d'Achille, contenaient un liquide rouge lie de vin.
Un caillot sanguin oblitérait tout le calibre des tibiales postérieures. Au-dessous, l'une de ces veines renfermait dans son intérieur un liquide sanieux rougeàtre, mélange évident de pus et de sang. Les petites branches collatérales étaient enflammées, leurs parois épaissies, béantes, pleines de pus bien formé.
Au-dessous de l'aponévrose des jumeaux, après avoir fendu le soléaire à sa partie inférieure, on tombe sur un vaste foyer purulent. L'incision permet à un pus mélangé de sang de s'écouler au dehors.
Nous n'avons pu pousser plus loin l'exploration des veines. Nous étions au milieu de tissus informes réduits en putrilage. Çà et là se montraient quelques vaisseaux béants, doublés d'une couche d'aspect pseudo-membraneux.
Poumons oedématiés, remplis d'une sérosité abondante et d'une couleur rouge foncée. Cœur flasque et mou.
Foie gras à la coupe. Pas d'abcès métastatiques.
Cette observation nous montre parfaitement accentués les caractères anatomiques de l'inflammation hypertrophique des ligaments larges. Tissu dense, rénitcnt, compacte, d'apparence fibreuse, au milieu duquel sont englobées et comme ensevelies les veines enflammées qui ont été l'origine de cette phlegmasie spéciale 'et circonvoisine du ligament large. Remarquez en effet que l'altération hvpertrophique avait son maximum d'intensité dans l'aileron moyen, lequel contenait les vaisseaux en suppuration. Remarquez en outre qu'il a fallu bien peu de temps pour développer cette hypertrophie, puisque la malade n'a éprouvé les premiers symptômes de son all'eetion que le 9 mars, et que le 15 elle était morte. Ainsi, six jours ont suffi pour déterminer une lésion qu'on ne rencontre habituellement que dans les états morbides consécutifs à un processus inflammatoire chronique très-lent et de très-longue durée. Remarquez enfin que l'inflammation du ligament large n'a été signalée pendant la vie que par des douleurs abdominales localisées dans la fosse iliaque correspondante, et n'a constitué qu'un détail pathologique au milieu des lésions si graves dont l'ensemble a déterminé la mort.
L'observation suivante nous montre l'inflammation hypertrophique des ligaments larges coïncidant aussi avec une phlébite des veines qui rampent dans l'épaisseur de ce ligament, et en même temps avec une phlébite utérine, une infection purulente et une péritonite généralisée.
Obs. LVI. — Inflammation hypertrophique des ligaments larges dans un cas de phlébite utérine avec ictère, péritonite généralisée, pleurésie purulente, abcès mè~ tastatiques des poumons et de la rate.
Joubert, vingt-deux ans, primipare, née àAnnonay (Ardècbe). Domestique, habite Paris depuis six mois. Variole à l'âge de seize ans.
Réglée, pour la dernière fois, le 15 avril 1861, elle entre à la Maternité le 31 janvier 186?. et accouche le h février d'une fille vivante et à terme, pe-
INFLAMMATION PUERPÉRALE DES LIGAMENTS LARGES. 509 sant 3500 grammes. Durée totale du travail: huit heures. Délivrance naturelle.
7 février. Frisson d'une demi-heure, sensibilité vive de l'abdomen à la moindre pression, douleurs comme névralgiques à la partie antérieure et externe des cuisses. Peau modérément chaude, pouls à 104, langue blanche, anorexie, constipation, insomnie, eschares à la face interne des grandes lèvres et à l'angle inféro-postérieur de la vulve. Tilleul, ipéca, ventouses sca' rifiées sur le ventre, cataplasmes, une pilule d'extrait thébaïque de 5 centk grammes, injections avec l'eau chlorurée, pansement de l'eschare avec la charpie imbibée de ce liquide.
Soir. Pouls à 80, apaisement des douleurs abdominales.
8. Pouls à 84, chaleur modérée à la peau, peu de sensibilité du côté du ventre. Lochies fétides, colorées. Eschares en bonne voie. Pas d'accidents les jours suivants. Ni fièvre, ni douleurs. État général très-satisfaisant.
12. Frisson d'une demi-heure sans claquement de dents. Céphalalgie frontale, peau chaude, pouls à 116. Respiration calme. Ventre souple et indolent. Langue blanche, envies de vomir. Eau de Seltz et sirop de groseilles, ipéca, injections et pansement à l'eau chlorurée. Bouillons, potages.
13. Peau chaude, pouls à 120, agitation, insomnie, céphalalgie, animation de la joue droite, langue blanche, soif intense, nul appétit; légère sensibilité du ventre, devenant très-vive à une pression énergique, surtout der deux côtés de l'utérus. Nouveau frisson d'une demi-heure. Lochies incolores, peu abondantes et peu félidés. Sulfate de quinine, 75 centigrammes.
16 au soir. Nouveau frisson d'une demi-heure avec claquement de dents. Peau chaude et couverte de sueurs, pouls à 132, face très -injectée, pei' de sensibilité abdominale, constipation. Toux légère, sans expectoration; respiration anxieuse, précipitée, râles sibilants et muqueux dans toute la poitrine, insomnie.
18. Pâleur de la face, pouls à 124, pas d'altération notable des traits, langue recouverte d'un enduit épais, jaunâtre, ventre ni développé ni douloureux, garde-robes normales. Respiration calme, toux légère ; agitation, insomnie, céphalalgie. Lochies incolores, peu abondantes et peu fétides. Sulfate de quinine, 1 gramme en quatre paquets; tilleul, bouillons, injections chlorurées.
19. Frisson au moment de la visite; il s'est développé très-brusquement au moment où l'élève sage-femme examinait la malade. Pâleur extrême, dépression des traits, excavation des yeux; tremblement énergique des membres. Pouls serré, très-faible, à 132, chaleur à la peau conservée malgré la sensation de froid, soif intense, langue saburrale, diarrhée abondante, pas de phénomènes douloureux.
Le soir, nouveau frisson d'un quart d'heure avec claquement de dents. Face congestionnée, soif vive, peau chaude, pouls à 120, un peu de douleur à l'hypogastre quand on déprime très-fortement la paroi abdominale. Respiration accéle'rée, à 44.
20. Deux frissons pendant la nuit, avec claquement de dents, ayant duré chacun une demi-heure. Pilleur jaunâtre de la face, légère altération des traits; langue blanche, un peu sèche, velléités d'appétit, pas de douleurs abdominales, ni spontanées, ni à la pression. Diarrhée abondante. Chaleur modérée à la peau, pouls à 96. Agitation, insomnie.
Le soir, frisson d'une demi-heure; peau modérément chaude, pouls à 104. Respiration calme. Pâleur de la face. Nulle sensation de malaise dans l'intervalle des frissons.
21. Joues animées, peau chaude, pouls faible, étroit, à 128; ventre légèrement ballonné, peu douloureux à la pression dans la région hypogastrique ; langue saburrale; soif vive, persistante; toux légère, respiration à 36, quelques râles muqueux au sommet des deux poumons. Altération des traits, excavation des yeux. Pas de lochies, cicatrisation des eschares vulvaires.
22. Teinte jaune ictérique de la face, coloration jaune des conjonctives et de la muqueuse buccale; chaleur intense à la peau, pouls petit, à 120, langue sèche, soif moins vive, tension et ballonnement du ventre. Toux, dyspnée, matité à droite, en arrière et eu bas ; quelques râles sibilants et muqueux au sommet de ce côté et dans tout le poumon gauche.
23. L'ictère se prononce davantage; il est très-manifeste à la face, au cou, sur la poitrine, et en général dans toute la partie supérieure du corps. Refroidissement des extrémités, pouls très-inégal, très irrégulier, à 134; météorisme abdominal; pas de douleurs spontanées ni à la pression. La malade, dans un moment de délire tranquille, dit se trouver très-bien et demande à se lever. Toux, dyspnée. Respiration à hh.
Le soir, aggravation de la dyspnée, toux fréquente; respiration à 52; pouls à 132, peau brûlante; diarrhée.
1h. L'ictère augmente d'intensité. Un pannus vasculaire s'est produit sur la conjonctive oculaire du côté droit. Agitation, délire, insomnie, altération plus profonde des traits ; affaissement ; langue et dents fuligineuses, diarrhée noirâtre. Dyspnée considérable ; respiration à 50.
25. L'ictère est général et d'une extrême intensité. Dépression des traits, eftilement du nez. Langue sèche et fuligineuse, sensation illusoire d'appétit; ventre dur et ballonné, mais indolore, évacuations diarrhéiques noirâtres et involontaires. Pouls très-petit, précipité, à 160; chaleur conservée au tronc, mais refroidissement des extrémités. Toux fréquente, dyspnée, matité et retentissement de la voix à droite ; râles crépitants et sous-crépitants des deux côtés en arrière, mais surtout à gauche. Délire continuel.