‹ Traité clinique et pratique des maladies puerpérales suites de couches [electronic resource]Chapitre 33 sur 136 · Mort · texte numérisé non relu

Mort

Autopsie. — Coloration ictérique très-prononcée de la peau, du tissu cellulaire et des muscles. Épanchement considérable de sérosité trouble, purulente, mêlée de flocons pseudo-membraneux dans la cavité abdominale. Ces flocons sont, en partie suspendus dans le liquide, en partie étalés sur certains or-

ganes, tels que l'utérus et ses annexes, le foie, la raie, les fosses iliaques, etc. Les intestins sont agglutinés par une matière d'apparence gonimeuse qui relie entre elles les circonvolutions et les immobilise. Développement énorme du côlon et de l'estomac par des gaz infects. Teinte jaune de ces organes, même après lavage ; la muqueuse gastro-intestinale ne présente pas de traces d'une inflammation évidente ; tuméfaction de quelques plaques de Peyer à la tin de l'intestin grêle.

Foie très-volumineux, ramolli, couleur de chair, non granité, sans traces d'abcès. Ramollissement de la rate, laquelle contient plusieurs foyers purulents, dont un du volume d'une grosse noix, les autres du diamètre d'une noisette. Reins un peu anémiques, jaunis par l'ictère, indemnes de tout foyer soit apoplectique, soit purulent.

Utérus peu volumineux, mesurant 8 sur 7. Putrilage noirâtre mélangé de pus à sa surface interne ; cotylédons utérins profondément imprégnés de cette sanie noirâtre et purulente que le lavage ne réussit pas à enlever en totalité. Paroi antérieure de l'organe presque saine; un peu de ramollissement du tissu, mais pas de pus dans les sinus ; laparoi postérieure, au contraire, présente à la coupe tous les sinus remplis d'un liquide purulent jaunâtre. Les parties latérales sont encore plus altérées, surtout au niveau et dans toute la hauteur de l'insertion des ligaments larges. Là, il n'y a pas un sinus qui ne soit gorgé de pus. Les veines latérales auxquelles ces sinus aboutissent sont comme eux remplies de pus phlegmoneux. Elles sont épaissies, béantes à la coupe, et tapissées intérieurement par des fausses membranes plus ou moins adhérentes. Le tissu cellulaire qui les entoure et qui commence le ligament large a subi une véritable hypertrophie; il semble se continuer sans solution de continuité avec le tissu de l'utérus et présente, dans ce point, une épaisseur de 2 centimètres et demi. L'épaississement se continue dans le ligament large, de chaque côté, de manière à transformer ce dernier en une masse dense, comme squirrheuse, homogène, criant sous le couteau et se renflant sur certains points qui correspondent à des vaisseaux veineux indurés, à parois épaisses et contenant du pus jaunâtre ou sanieux. Il ne saurait être douteux que l'inflammation des veines a été le point de départ de cette hypertrophie des deux ligaments larges, puisque les points où l'épaisseur de ces organes est la plus grande sont précisément ceux où l'on rencontre cà la coupe les vaisseaux altérés par l'inflammation et la suppuration .

Les trompes participent aussi à cet état hypertrophique ; le liquide qu'elles renferment est plutôt muqueux que purulent. Les ovaires ont tous les deux le volume d'une noix environ; ils sont parsemés, à la périphérie, de taches noi-

Irâtres ecchymotiques, qui les font ressembler de loin à deux énormes framboises. Ils ne contiennent à l'intérieur ni pus, ni sang, mais l'hyperplasie de leur tissu est incontestable. Des deux côtés, les veines utéro-ovariennes ont le volume du petit doigt ; l'épaisseur de leurs parois n'a pas moins de 3 à 4 millimètres; elles sont pleines de pus jaunâtre et phlegmoneux. Les tuniques de

MALADIES 1)1) TISSU CELLULA1KE PELVTEiN.

l'aorte et des grosses artères du bassin sont d'un jaune safrané dû évidemment à l'influence de l'ictère.

Ëpanchement purulent dans la plèvre droite, jaune serin comme l'épanchement périlonéal; sérosité louche; pus et fausses membranes. A gauche, épanchement pleural beaucoup moins abondant, séreux et limpide. Poumon droit carnifié dans ses deux tiers inférieurs, surtout au voisinage des foyers purulents. Foyers purulents de diamètre variable disséminés à la surface et dans l'intérieur des deux poumons. La plupart ne dépassent guère le volume d'un pois; ceux du poumon gauche sont généralement plus petits et plus superficiels; ceux du poumon droit plus nombreux et presque tous centraux. Et cependant c'est à droite qu'existait la pleurésie purulente, ce qui tendrait à prouver que cette dernière n'était pas sous la dépendance des abcès pulmonaires.

Le cerveau n'a pas été ouvert.

Je ne ferai ressortir, dans l'observation qui précède, qu'un seul point, mais capital : c'est la multiplicité des lésions ne se traduisant pas, pendant la vie, par des phénomènes douloureux localisés dans les régions malades, mais presque uniquement par des phénomènes généraux, tels que les frissons répétés, la lièvre, la diarrhée, l'insomnie, l'agitation, le délire, les symptômes typhoïdes, etc. C'est ainsi que la plupart des lésions pelvi-abdominales ont pu passer presque inaperçues. La péritonite ne s'est guère révélée que par le développement du ventre, signe de probabilité mais non de certitude. Quant à l'inflammation du ligament large, elle n'a même pas été soupçonnée , et cela devait être au milieu d'un état pathologique aussi complexe.

Les mêmes réflexions sont en grande partie applicables à l'observation suivante :

Obs. LV11. — VhUbite utérine, ovarite, péritonite et inflammation hypertrophique

du ligament large droit.

Sgmyde, domestique, vingt-six ans, primipare, née à Laon. Habite Paris depuis un an. Réglée pour la dernière fois le 1er avril 1861, elle entre à la Maternité le 2 janvier 1862 et accouche le même jour d'une fille, née morte, pesant 2700 grammes. Durée du travail : cinq heures et demie. Délivrance naturelle. Déchirure du périnée qui nécessite l'application de deux serresfines.

Pas d'accidents jusqu'au 12 janvier. Frisson d'un quart d'heure la nuit suivante. 13 janvier, nouveau frisson d'une demi-heure. 14 janvier, troisième frisson d'une demi-heure.

16. Chaleur modérée à la peau, pouls à 100, langue bonne, appétit conservé, pas de douleurs abdominales; ventre souple et indolent; ni vomissements ni diarrhée. Lochies grisâtres, assez abondantes, médiocrement fétides. Eschares vulvaires en bonne voie.

17. Peau chaude, pouls à 120, face congestionnée, langue blanche, ventre souple et indolent, diarrhée, sommeil bon. Même état des lochies et des eschares.

18. Quatrième frisson d'un quart d'heure, survenu pendant la nuit; peau chaude, pouls à 112, langue blanche, ventre indolore. Insomnie. Pas d'altération des traits. Diarrhée. Décoction blanche de Sydenham, lavements amidonnés et laudanisés, bouillons et potages.

19. Pouls à 12k, chaleur vive à la peau, langue blanche, sensation illusoire d'appétit, ventre indolent et très-souple, quatre selles liquides pendant la nuit, bonne expression de la face, délire tranquille, la malade demande à se lever et à manger. Cinquième frisson sans claquement de dents. Décoction blanche, lavements amidonnés et laudanisés ; sulfate de quinine, 1 gramme en quatre paquets.

Le soir, sixième frisson d'une demi-heure. Le ventre se ballonne ; il est sensible à la pression. Dix ventouses scarifiées sur la région hypogastrique. Cataplasmes.

20. Peau brûlante, pouls à 120, soif intense, langue sèche, ventre tympanisé et douloureux à la pression dans toute son étendue, diarrhée abondante, bilieuse; douleur au coude droit; insomnie, agitation, délire; la malade veut manger, se lever et s'habiller. Les eschares vulvaires ont pris une teinte noirâtre sur certains points, grisâtre sur d'autres.

Le soir, pouls à 136; le délire continue. Lochies incolores et peu abondantes. Opium, 10 centigrammes en six pilules; injections et pansement à l'eau chlorurée.

21. Délire et agitation toute la nuit; la malade, échappant à toute surveillance, a réussi à se lever et s'est promenée toute nue dans les salles. Ce matin, teinte terreuse de la face, décomposition des traits, fuliginosités et sécheresse des lèvres, de la langue et des dents ; ventre tympanisé et sensible à la pression, chaleur brûlante à la peau, pouls petit, précipité, à 146 ; fétidité des eschares vulvaires, lochies incolores et peu abondantes.

Le soir, pouls imperceptible, respiration accélérée, haletante ; les poumons s'engouent à leur base ; râles muqueux et sibilants dans cette région; agitation extrême, langue sèche, soif ardente, délire, continuel. Mort dans la soirée à neuf heures et demie.

Autopsie. — Cette femme, douée d'une constitution robuste, a conservé en très-grande partie son embonpoint. A l'ouverture du ventre, il s'échappe une quantité assez grande de sérosité trouble, purulente, chargée de flocons jaunâtres pseudo-membraneux. Les circonvolutions intestinales, retenues dans leur mouvement d'expansion par la paroi abdominale antérieure, sont comme aplaties; des adhérences assez résistantes les unissent entre elles. Les organes pelviens baignent dans le pus ; la convexité du foie et de la rate est tapissée par une couche épaisse de ce liquide.

hekvieux. 33

L'utérus rétracté mesure 8 sur 7. Sa face interne est recouverte d'une sorte de bouillie noirâtre, putrilagineuse, mélange de pus et de sang altéré, laquelle imbibe profondément l'empreinte placentaire. Soumise à l'action d'un filet d'eau, cette surface interne montre la muqueuse ramollie partout, ulcérée sur quelques points et même au voisinage des cotylédons utérins, en arrière la tunique musculeuse à nu. Toute la partie de la face postérieure qui répond à l'insertion placentaire est comme une éponge remplie de pus. La coupe y fait voir un tissu aréolaire, caverneux, ramolli, et dont toutes les mailles sont gorgées de ce liquide. Il en est de même du col; on ne peut sectionner un point de cette région sans ouvrir des sinus utérins dilatés par un pus phlegmoneux, jaunâtre, épais et s'écoulant par les orifices vasculaires divisés. Les parties latérales de l'utérus, mais surtout la paroi latérale droite, sont dans le même état de suppuration; les veines y attenantes sont épaissies, volumineuses et charrient un pus de même nature que celui des sinus qui y aboutissent. Elles sont comme enfouies dans un tissu lardacé, gris jaunâtre, qui n'est autre chose que le ligament large induré et hypertrophié. Du côté'droit, cette induration hypertrophique se prolonge dans l'aileron supérieur, accompagne la veine utéro-ovarienne et quelques veines appartenant au plexus pampiniforme jusqu'à l'ovaire. Ce dernier a contracté, ainsi que le pavillon de la trompe, des adhérences intimes avec la fosse iliaque droite, adhérences qu'on ne réussit à rompre qu'à l'aide des ciseaux. Des fausses membranes denses, en voie d'organisation, recouvrent toutes ces parties. L'ovaire droit, du volume d'un œuf de pigeon, ramolli, grisâtre à la coupe, est tigré de points purulents au nombre de sept à huit et dont le diamètre varie depuis celui d'une grosse tête d'épingle à celui d'une lentille. A gauche, le ligament large a subi aussi un certain degré d'hypertrophie, mais beaucoup moins prononcé. L'ovaire, quoique volumineux et contenant deux ou trois petits foyers purulents, est libre et flottant. Des deux côtés, les trompes épaissies sont obstruées par un muco-pus jaunâtre et filant. L'incision de la fosse iliaque droite n'a permis de découvrir aucune trace de pus sous l'aponévrose iliaque.

Foie normal, rate ramollie ; reins pâles, surtout dans la substance corticale, bassinets remplis d'urine. Péricarde distendu par une grande quantité de sérosité limpide; cœur assez volumineux; caillots fibrineux, décolorés, dans les cavités droite et gauche. Rien du côté de la plèvre et des poumons.

Chez les malades qui font le sujet des observations précédentes, l'autopsie a démontré l'existence d'une phlébite utérine concomitante. Dans le cas que nous allons rapporter, l'utérus était parfaitement sain, et les recherches les plus attentives dans les points d'élection n'ont pu y faire découvrir le moindre foyer purulent. En telle sorte qu'il ne faudrait pas considérer la phlébite utérine comme le point de dépari nécessaire de l'inflammation hypertrophique du ligament large. Mais si la phlébite utérine n'est pas fatalement liée à la lésion que nous étudions, il ne parait pas en être de même de la phlébite des

veines qui sont directement en rapport avec les parties hypertrophiées. En effet, dans l'observation suivante, on verra que c'est aux abords de la veine utéro-ovarique épaissie, artérialisée et pleine de pus, que le tissu du ligament large a subi l'altération hypertrophique au degré le plus élevé. Pareille chose avait eu lieu, dans les cas précédents, au niveau de toutes les veines malades. C'était toujours là aussi que la masse hypertrophiée avait son maximum d'épaisseur. On ne saurait donc nier l'influence de cette cause.

Obs. LV1I1. — Phlébite purulente de la veine utéro-ovarique droite.. — Ovarite purulente. — Inflammation hypertrophique du ligament large correspondant. — Phlébite oblitérante des veines du membre inférieur gauche. — Suppuration des deux articulations scapulo-humérales et des tendons de la face dorsale des deux mains.

Une femme accouchée à la Maternité dans la dernière quinzaine de lévrier 1862, présente pendant la vie des symptômes de phlébite et de diathèse purulente, tels que : frissons multipliés, fièvre intense, douleurs abdominales légères, œdème douloureux du membre inférieur gauche, douleurs aiguës dans les deux épaules, plaques érythémateuses à la face dorsale des deux mains, prostration, stupeur, altération des traits, sécheresse et fuliginosités de la langue et des lèvres, pulvérulence des narines, diarrhée, agitation, insomnie, délire et coma, puis succombe au bout d'une vingtaine de jours, le 13 mars de la même année.

A l'autopsie, nous constatons les lésions suivantes :

L'ouverture de la cavité abdominale ne permet de découvrir aucune trace de péritonite. 1/ utérus, presque entièrement revenu à ses proportions normales, mesure 7 sur 6. Son tissu blanc, nacré, criant sous le couteau, n'a point perdu de sa consistance; sa face interne, très-saine, est encore enduite d'une couche de mucus rougeàtre épais, d'une odeur acide; le disque placentaire très-effacé, le col d'un noir bleuâtre, les parties latérales de l'organe, toutes ces régions sectionnées et examinées avec une attention minutieuse ne présentent, ni dans les sinus, ni dans les veines, aucune apparence de suppuration. Tout le côté droit de la matrice a été surtout, de notre part, l'objet de recherches persévérantes en raison des lésions que nous allons décrire; vains ettorts : pas un caillot, pas une concrétion tibvineuse, pas une gouttelette puriforme ne s'est rencontrée sous le scalpel. L'ovaire droit, du volume d'un œuf de pigeon, renferme deux foyers purulents, l'un du diamètre d'une petite noix, à cavité régulière, parfaitement circonscrite et remplie par un pus jaunâtre et phlegmoneux ; l'autre, gros comme un pois et contenant un liquide purulent tout à fait semblable. Le reste du tissu ovarique est violacé, gris bleuâtre, manifestement hypertrophié,

La veine utéro-ovarique de ce côté a le volume du petit doigt; ses parois hypertrophiées ont un millimètre et demi d'épaisseur; elle contient du pus

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dans toute son étendue et en grande quantité ; après lavage, elle présente une surface interne, non pas lisse et brillante comme dans l'état normal, mais inégale, raboteuse, d'un gris ardoisé, et tapissée de productions pseudo-membraneuses concrètes et adhérentes à ses parois. Son embouchure dans la veine cave est fermée par un caillot noirâtre volumineux, très-adhérent et qui remplit une partie du calibre de la veine cave. Le coagulum adhère à cette dernière par une surface comme chagrinée, de forme auriculaire, du diamètre d'une pièce de 2 francs environ, surface distincte du reste du vaisseau par un liséré qui la circonscrit. Lavée avec soin, la surface d'implantation apparaît d'un blanc jaunâtre piqueté de rouge.

Le ligament large, dans toute la partie qui est en rapport avec la veine utéroovarique droite, est profondément altéré. Son tissu a perdu sa minceur et sa Iransparence habituelles pour se transformer en une masse épaisse de 3 centimètres environ dans sa partie la plus tuméfiée, de 1 à 2 centimètres dans le reste de son étendue, masse dure, serrée, fibroïde, comme le parenchyme de l'ovaire. Quelques veines, également indurées et remplies de pus, signalent leur présence au sein de celte masse par des saillies rameuses qui permettraient, avant toute section, de suivre leur trajet. L'hypertrophie du ligament large est si réellement sous la dépendance de ces phlébites suppurées, qu'elle va diminuant très-sensiblement au fur et à mesure qu'on s'éloigne des troncs veineux malades.

L'ovaire et le ligament large du côté gauche sont parfaitement sains.

La veine cave renferme un long caillot qui règne depuis l'embouchure de la veine ovarique jusqu'à la bifurcation de la veine cave en veines iliaques primitives, mais qui ne remplit pas la totalité du vaisseau.

Toutes les veines variqueuses superficielles du membre inférieur droit, et toutes les veines profondes, à savoir : la crurale, la poplitée, les tibiales postérieures, ainsi d'ailleurs que les veines variqueuses contenues dans la grande lèvre droite, sont obturées par des concrétions sanguines noirâtres. La plupart de ces vaisseaux, mais surtout les varices superficielles, ont leurs parois déjà épaissies. Lorsqu'on les sectionne en travers, les orifices de section restent béants comme des artères; ils ne s'affaissent pas ou que très-peu. Nulle part nous n'avons trouvé de pus. Quelques veines de la grande lèvre droite contenaient seules des concrétions fibrineuses décolorées.

Les deux articulations scapulo-humérales sont pleines de pus. Leurs synoviales présentent, en quelques points, un épaississement marqué et une apparence velvétique.

Chose curieuse ! la gaine du tendon extenseur de l'index et le tissu cellulaire qui l'entoure présentent, au niveau de la face dorsale du métacarpien de chaque main, une suppuration de plusieurs centimètres d'étendue.

Rien dans les reins, le foie, la rate.

Poumons œdémateux, remplis d'une abondante quantité de sérosité spumeuse, crépitants partout, ne présentant ni foyers purulents, ni foyers apo-

plectiques, si petits qu'ils soient, mais quelques amas de matière charbonneuse du volume d'un pois ou d'une noisette, dans les lobes inférieurs et près de la superficie.

Plèvres, cœur et péricarde parfaitement sains.

Coloration rosée de la face interne de l'estomac. Développement très-prononcé des valvules conniventes qui sont colorées fortement en jaune par la bile. Hypertrophie de quelques plaques de Peyer à la fin de l'intestin grêle et d'un grand nombre de follicules isolés dans le gros intestin.

Je n'ai trouvé jusqu'à ce jour, dans aucun auteur, la description de cette forme hypertrophique de l'inflammation du ligament large, forme qui me parait correspondre à une réalité pathologique très-distincte ; mais, en parcourant quelques observations publiées dans ces derniers temps, j'ai acquis la preuve que la lésion que nous étudions n'était pas passée entièrement inaperçue.

L'observation XXXII de la clinique de Béhier (1) est un exemple très-remarquable de l'hypertrophie du ligament large consécutive à une phlébite des veines qui le parcourent. Voici un résumé de cette observation :

Obs. LIX. — Phlébite utérine et ovarique. — Inflammation hypertrophique du ligament large gauche.

Femme de vingt-six ans, multipare. Accouchement à terme, le 22 janvier 1858. Métrorrhagie après la délivrance. Frisson très-vif avant et après l'accouchement.

23. Douleur assez vive et gonflement à gauche de l'utérus. 2k. Frisson violent de onze heures du soir à sept heures du matin. A la ; visite, affaissement, air étonné, langue sale, bouche mauvaise, constipation ; I mal de tête ; ventre douloureux à gauche, à la pression. Pouls à IkO, petit et dur; peau chaude, respiration plaintive.

25. Envies de vomir, ventre un peu ballonné, douloureux des deux côtés, mais souple; selles liquides; pouls à 128, peau brûlante et sèche, céphalalgie très-vive, quelques éblouissements, pas de sommeil; soif vive, anhélaj tion, voix plaintive.

I 26. Mort.

Autopsie. — Un peu de sérosité sanguinolente dans le petit bassin ; les circonvolutions les plus déclives sont fortement colorées en violet par de riches arborisations.

Dans le tissu de l'utérus, à sa face antérieure, on trouve du pus très-concret dans les veines qui se rendent aux parties latérales pour gagner les ligaments

(1) Réhier, Clin, méd., art. Maladies des femmes en couches, p. 670.

larges. Plusieurs autres sont bouchées par des caillots noirs et de consistance fibrineuse. A droite, quelques vaisseaux renferment des caillots, d'autres du pus. Au niveau de la face antérieure du col, on trouve du pus dans beaucoup de vaisseaux. La couleur et la consistance du tissu utérin ne sont pas du reste altérées. La grande veine supérieure et postérieure, servant d'anastomose entre les deux latérales, est remplie d'un caillot rouge, et, tout autour d'elle, en dehors, le tissu utérin est lui-même coloré en rouge violacé. Plus bas, au niveau du col, le tissu cellulaire qui entoure l'insertion du vagin est infiltré de lymphe épaisse et purulente.

Le ligament large du côté gauche, surtout clans sa partie supérieure, est très-épaissi par un dépôt plastique qui le rend extrêmement dense, rouge et considérablement tuméfié. Sa teinte est foncée. Les vaisseaux ont conservé un énorme calibre et s'anastomosent largement entre eux. Ce gonflement induré se continue, selon le trajet de la veine ovarique gauche, jusqu'à son abouchement avec la veine rénale. Cela forme un cordon dur du volume au moins de l'annulaire, au centre duquel est la veine, qui ne contient plus qu'un détritus fibrineux friable et brunâtre qui agglutine les parois vasculaires. Ce prolongement forme, par rapport à l'engorgement du ligament large, beaucoup plus volumineux, comme une sorte de queue. Sur tous ces points, l'injection capillaire est telle, qu'on dirait une sorte de tissu érectile, au moins pour l'apparence grossière et extérieure.

La trompe est saine, ainsi que l'ovaire, au milieu de cette infiltration plastique qui semble devoir être rattachée et subordonnée à une altération veineuse puisqu'elle suit la veine ovarique.

A droite, les vaisseaux des annexes sont volumineux el distendus par du pus bien lié, crémeux.

Poumons bruns, congestionnés, crépitant sous le doigt. Foie décoloré, un peu mou. Rien aux reins.

Plusieurs points se recommandent à notre attention dans l'observation qui précède : 1° l'acuité extrême des accidents, puisqu'on trois jours la malade a succombé; 2° la production, malgré cette rapidité effrayante de la maladie, d'une hypertrophie considérable du ligament large gauche, hypertrophie qu'à sa description on eût volontiers rattachée à quelque inflammation chronique des organes pelviens; 3° la coïncidence, avec l'engorgement hyperlrophique du ligament large, d'une phlébite de la veine ovarique, phlébite à laquelle l'auteur lui-même subordonne cet engorgement; h° le peu de place qu'occupent dans cette observation les manifestations symptomatiques locales, manifestations qui s'effacent ici, comme dans tous les faits que nous avons rapportés, devant le cortège formidable des symptômes généraux.

L'observation suivante, empruntée à la thèse de Paris, ancien interne de Goupil (1), s'éloigne quelque peu du type des observations précédentes, et ne

(1) Pâris, thèse. Paris, 1866, p. 8.

nous montre plus la forme hypertrophique dans toute sa pureté ; mais elle n'en est pas moins intéressante, en ce sens qu'elle peut être considérée comme servant de transition entre la forme purulente et la forme hypertrophique, de l'une et l'autre desquelles elle participe également.

Obs. LX. — Inflammation hypertrophique et suppurative du ligament large ïl'i'iche chez une primipare. — Infection purulente. — Mort. — Autopsie.

D. .. (Virginie), blanchisseuse, entre le 29 janvier 186^ à l'hôpital Saint- Antoine.

Accouchée, il y a vingt-quatre jours, pour la première fois. Travail long et douloureux. Deux jours après l'accouchement, frisson, suppression des lochies, douleur hypogastrique. Lassitude générale et pesanteur dans le bassin pendant trois septénaires.

Vingt-troisième jour, frisson prolongé avec claquement de dents, douleurs dans le bas-ventre.

29 janvier. Fièvre, diarrhée, vomissements, anorexie. Ventre un peu volumineux et tendu à l'hypogastre.

Les jours suivants, frissons avec sueurs.

2 février. Rénitence et douleur vive dans le côté gauche de l'hypogastre. Au toucher, on trouve le col de l'utérus situé dans l'axe du bassin ; il est augmenté de volume, entrouvert; l'utérus est peu mobile et ces tentatives sont douloureuses quand on essaye de le porter à droite. Le haut de la paroi gauche du vagin n'est plus souple et dépressible, mais induré et rigide; cette induration a la forme d'une plaque qui s'étend depuis l'insertion au col, sur une hauteur de 2 à 3 centimètres; elle cesse assez brusquement, mais on sent facilement autour d'elle un peu d'empâtement. Le cul-de-sac gauche est diminué, et le doigt pénètre avec peine entre le col et le vagin; il est le siège d'une tumeur dure, résistante, sans sillon de séparation avec l'utérus qu'elle entoure en se prolongeant dans la moitié gauche des culs-de-sac antérieur et postérieur. Elle se continue avec la plaque vaginale ; partout sur ces parties indurées le toucher est très-douloureux. Le cul-de-sac vaginal droit est large, souple, non douloureux à la pression ; le doigt ramène un peu de liquide brunâtre et de mauvaise odeur.

Les jours suivants, affaissement de la malade ; frissons violents avec sueurs abondantes tous les jours ou tous les deux jours.

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