‹ Traité clinique et pratique des maladies puerpérales suites de couches [electronic resource]Chapitre 4 sur 136 · DOCTRINE DE LA LOCALISATION UTÉRINE ET PÉRITONÉALE · texte numérisé non relu

DOCTRINE DE LA LOCALISATION UTÉRINE ET PÉRITONÉALE

Cette doctrine a, comme les précédentes, une origine très-éloignée. On peut la diviser en plusieurs variétés que nous examinerons successivement.

a. Doctrine de la métrite. — Elle remonte àl'année 1537. Dès celte époque, Félix Plater attribuait les maladies puerpérales graves à l'inflammation de la matrice (1).

En 1570, Mercatus, bien que considérant la suppression des lochies comme la cause de toutes les maladies aigués chez les femmes en couches, croyait à une inflammation de la matrice qu'il faisait dépendre d'un travail laborieux (2).

En 1740, Ilecquet a vu l'inflammation de la matrice produite parla suppression des vidanges (3).

En 1742, Fr. Hoffmann rapporte à l'inflammation de la matrice toutes les maladies des femmes en couches. Il les appelle inflammation utérine, fièvre utérine (k).

En 1752, Pasta regarde la diarrhée des nouvelles accouchées comme un symptôme ou une crise de l'inflammation de l'utérus (5).

En 1763, Sauvages comprend toutes les maladies des femmes en couches sous la dénomination de metritis imerperarum. Il admet plusieurs espèces de métrite puerpérale : métrite typhoïde, métrite laiteuse (6).

En 1751, Burlon ne voit dans ce qu'on appelait déjà la fièvre puerpérale qu'une inflammation de la matrice (7).

(1) Félix Plater, Prax. med., t. II, cap. 13.

(2) Mercati operum, t. III, De mulier. affect, lib. IV, cap. Il, 7, 8, 9, 10, il.

(3) Hecquet, Méd. ch. et pharm. des pauvres, t. II, chap. C2, 64.

(4) Fr. Hoffmann, Medic. ration, syst., t. IV, sect. 2.

(5) Pasta, Discor. intor. al flusso di sarigue de l'utero, etc., t. II, consid. 6 et 7.

(6) Sauvages, Nosol. »iéth,, class. 3, ord. 17.

(7) Burton, An Essay towards a compl. new syst. of midwif., vol. TI, p. 408.

10 DE L'EMPOISONNEMENT PUERPÉRAL.

En 1768, Dcnman croit aussi que la fièvre puerpérale est produite par l'inflammation de la matrice (1).

Ainsi, pour ces divers auteurs, c'est l'inflammation de l'utérus qui est le point de départ de toutes les maladies des femmes en couches. Mais le temps approchait où cette doctrine de la métrite allait subir d'importantes modifications.

b. Doctrine de la phlébite utérine. — Les progrès de l'anatomie pathologique firent reconnaître dès le commencement du xixe siècle que l'inflammation ne se bornait pas au tissu de l'utérus, mais qu'elle atteignait encore et surtout les veines de cet organe. Bresehet est le premier qui, dans les savantes notes dont il a enrichi la traduction des œuvres d'Hodgson, ait rassemblé les faits propres à démontrer l'existence de cette lésion (2).

Vers la même époque et presque en même temps, Chaussier, Schwilgué, Ribes, Husson, Louis et Andral en France, Clarke et Wilson en Angleterre, publiaient des observations de métrite puerpérale dont la phlébite était la principale et la plus grave complication.

Mais c'est à Dance, en 1828, que revient l'honneur d'avoir réuni en un corps de doctrine les matériaux que l'on possédait déjà sur cette question. — Son mémoire inséré dans les Archives de médecine, et appuyé d'un très-grand nombre de faits, attribue à la phlébite utérine le rôle essentiel dans la production des accidents puerpéraux.

Plus tard, en 1836, Duplay publiait dans le même recueil plusieurs observations recueillies dans le service de Rostan et destinées à corroborer cette nouvelle doctrine.

c. Doctrine de l'angioleucite utérine. — Une autre phase de la doctrine de la métrite est celle qui consiste à placer dans les lymphatiques utérins le point de départ des accidents puerpéraux. Cette doctrine, à laquelle Cruveilhier a prêté l'appui de son imposante autorité, en faisant dessiner dans son Atlas d'anatomie pathologique les vaisseaux lymphatiques utérins pleins de pus et considérablement dilatés, a été soutenue par Botrel, dans le mémoire qu'il publia sur ce sujet.

La doctrine de la métrite, à quelque variété de cette doctrine qu'on se rallie, que ce soit à celle de la phlébite utérine, à celle de l'angioleucite, ou même à celle de l'inflammation de tous les éléments du tissu de la matrice, est très -facilement réf'u table.

Toute la question, en effet, se réduit à ceci : Est- il vrai que l'inflammation du tissu utérin, de ses veines ou de ses lymphatiques soit constamment le

(1) Denman, Essay on the puerp. fever,\>. 9.

(2) Breschet, Traité des mal. des art. et des veines, t. II, p. 433.

(3) Dance, Arch. de méd,, Ve série, t. XVIII, p. 473.

(4) Cruveilhier, Atlas d'anat. path., 13e livr., pl. 1, 2, 3.

(5) Botrel, Arch. de méd., 1845, 2e série, t. XVII, p. 416.

point de départ des accidents puerpéraux? L'observation clinique répond formellement : Non. — S'il est vrai de dire que la lésion utérine soit la règle dans les états puerpéraux graves, il faut pour être exact ajouter qu'on peut rencontrer tous les jours, chez les femmes en couches qui succombent, tantôt une péritonite généralisée, tantôt un phlegmon iliaque ; tantôt une pleurésie, ou bien une phlébite profonde des membres inférieurs, etc., sans qu'aucun des éléments du tissu de la matrice soit atteint par l'inflammation.

d. Doctrine de la péritonite. — La même fin de non-recevoir est applicable et pour les mêmes motifs à la doctrine de la péritonite.

C'est à Mead,en 1742, que revient l'honneurd'en avoir jeté les premiers fondements. — 11 regardait la fièvre puerpérale comme une inflammation des épiploons. Il aurait constamment trouvé, dans les nombreuses autopsies qu'il a faites de femmes mortes de cette maladie , la matrice saine et des épanchements de matières fétides dans l'abdomen (1).

Le rapport publié en 1746, par A. de Jussieu, Col de Villars et Fontaine sur l'épidémie puerpérale qui sévit cette année-là à l'Hôtel-Dieu de Paris, mentionne parmi les lésions cadavériques une sérosité laiteuse épanchée dans la cavité du bas-ventre (2).

Au printemps de l'année 1750, Pouteau voyait à l'Hôtel-Dieu de Lyon une maladie épidémique qu'il caractérisait anatomiquement ainsi : « L'épiploon avait l'épaisseur d'un doigt, présentant plusieurs points de suppuration putride et des adhérences avec le feuillet du péritoine qui tapisse les muscles abdominaux. Les intestins, unis les uns avec les autres par de légères adhérences, étaient boursouflés, d'un rouge vif et violet en plusieurs endroits (3). »

Fauken, dans la relation d'une épidémie puerpérale qui régna à Vienne, en 1771 et 1772, et qui fut très-meurtrière, constata à l'autopsie que les intestins étaient enveloppés d'une fausse membrane.

La même année 1772, Hulme publie un traité dans lequel il avance que l'inflammation de l'épiploon et des intestins est la cause essentielle de la fièvre puerpérale. — A l'autopsie, voici ce qu'il trouvait dans le ventre : liquide mêlé de pus concret, épiploon enflammé, intestins phlogosés et collés ensemble par une matière épaisse et gluante, matrice saine (k).

En 1776, Will. Hunter développait cette thèse que, non-seulement l'inflammation du péritoine est la cause de la fièvre puerpérale, mais que, si l'on trouve quelquefois à la suite de cette maladie d'autres viscères également phlogosés, il faut attribuer ce fait à leur contiguïté avec la membrane péritonéale, siège primitif de laphlegmasie (5).

(1) Voy. Grimaud, Traitêdes fièvres, t. III, p. 28, édit. de 1791.

(2) A. de Jussieu, Col de Villars et Fontaine, Mém. de l'Ac. roy. des se. ,.1746.

(3) Pouteau, Mélanges de chir., p. 182.

(4) Hulme, A treat. on the puerp. fever, 1772.

(5) Will. Hunter, Médical Comment., Edinb., t. III, p. 349.

DE L'EMPOISONNEMENT PUERPÉRAL.

Dans une thèse soutenue à Edimbourg, en 1779, Johnston attribue la fièvre puerpéral" à l'inflammation du péritoine (1).

Leake, ayant observé une épidémie puerpérale qui régna à l'hôpital de Westminster etdans la ville de Londres pendant les années 1769, 1 770 et 1 77 1 , trouva à l'ouverture des cadavres l'épiploon enflammé et suppuré, la cavité abdominale contenant un fluide séro-purulent et une matière blanche opaque, les parties voisines souvent phlogosées, l'utérus ordinairement sain. — Il en conclut que la cause de la fièvre puerpérale réside dans l'inflammation de l'épiploon (2).

En 1783, Walter adopte l'opinion de Hunter (3).

En 1787, Kruikshank, réfutant la doctrine des déviations laiteuses, s'exprime ainsi : « Les phénomènes qu'on observe dans le bas-ventre sont propres à l'inflammation du péritoine ; ils auraient également lieu chez l'homme dont les mamelles n'opèrent aucune sécrétion (k). »

En 1801, Bichat s'est également attaché à démontrer que les épanchements qui se rencontrent dans l'abdomen des femmes en couches dépendaient d'une inflammation du péritoine et non d'une métastase laiteuse (5).

En 1803, Pinel, dans la deuxième édition de sa Nosographie philosophique, professe que la fièvre puerpérale consiste dans une affection locale primitive dont le siège est le péritoine ou la matrice elle-même (6).

Depuis cette époque, la doctrine de la péritonite eut pour adhérents la plupart des hommes qui se sont rattachés aux idées organiciennes, mais elle fut surtout brillamment défendue lors de la discussion de 1858, à l'Académie de médecine, par quelques illustrations médicales, Cazeaux, Beau et Velpeau.

Mais, quel que soit notre respect pour ces hommes distingués, il nous est impossible de nous rallier à une opinion qui fait de la péritonite le point de départ exclusif de tous les accidents puerpéraux graves.

Est-il besoin de répéter ici que les femmes en couches peuvent mourir de phlébite utérine, de pleurésie, d'érysipèle, etc., sans présenter la moindre trace de péritonite? Sans doute la péritonite est un fait très-commun, j'en ai la preuve tous les jours à la Maternité, mais pas général et qui est loin d'être constant.

e. Doctrine de la métro-péritonite. — La doctrine de la métrite et celle de la péritonite, quoique ayant eu chacune une origine distincte, des défenseurs distincts et même une existence isolée et indépendante, ne pouvaient tarder à se confondre l'une dans l'autre. Si l'anatomie pathologique en effet avait pu,

(1) Johnston, Dissert, de febre puerp.

(2) Leake, Pract. obs. on the child-bed fever, 1781.

(3) Walter, De morb. peritonœi et apopl., 1783.

(Il) Kruikshank, Anat. des vaiss. absorb., trad. de Petit-Radel, p. 239.

(5) Bichat, An. gén., t. III, Syst. séreux.

(6) Pinel, Nosographie philosoph., t. I, p. 410, et t. II, p. 214.

suivant le génie de l'épidémie régnante, montrer isolément tantôt la péritonite, tantôt la métrite, d'une autre part aussi les investigations cadavériques avaient établi nettement que les lésions caractéristiques de la métrite et de la péritonite n'étaient pas moins fréquemment réunies. La fusion de ces opinions, toutes deux issues de l'école organicienne, toutes deux antipathiquesà la doctrine delà fièvre puerpérale, était donc inévitable. Elle se fit sans lutte, sans secousse, sans bruit, et c'est à tel point qu'aujourd'hui, doctrine de la métrite, doctrine de la péritonite, doctrine de la métro-péritonite, c'est tout un.

Si cette fusion rend plus solide et plus difficilement attaquable la doctrine delà métro-péritonite, elle ne l'affranchit pas de tout reproche. — Les partisans de cette doctrine n'en restent pas moins impuissants à nous rendre compte des cas nombreux dans lesquels on ne trouve à l'autopsie qu'une pleurésie ou un phlegmon de la fosse iliaque, ou une phlébite des membres inférieurs, etc.

f. Doctrine de l'entérite ou entéro-péritonite puerpérale. — Je ne citerai cette doctrine que pour mémoire, attendu qu'elle consacre une erreur anatomique grossière et qui ne pouvait être de longue durée.

En 1772, Hulmc publia un traité dans lequel il avançait que l'inflammation des intestins et de l'épiploon était la cause de la fièvre puerpérale.

Déjà, en 17^2, Mead, cité par Grimaud, avait soutenu la même thèse (1).

Leake, en 1781, dans ses observations pratiques sur la fièvre puerpérale, partage cette manière de voir et cite des faits à l'appui.

Enfin Delaroche, en 1783, qualifie la fièvre puerpérale d'inflammation érysipélateuse des entrailles (2).

Or, tous ces auteurs, comme le prouve un examen attentif de leurs observations, ont pris l'inflammation du péritoine pour une inflammation de l'intestin, et les produits de la phlogose péritonéale pour ceux de la phlogose intestinale.

Will. Hunter en 1776 et Bichat en 1801 ont fait justice de ces allégations et démontré que, dans tous les cas, il s'agissait, non pas d'une entérite, mais d'une véritable péritonite. — Nous n'avons rien à modifier dans l'arrêt rendu par ces maîtres. J'ajouterai seulement qu'il arrive parfois, comme l'examen cadavérique me l'a démontré, que l'inflammation de l'intestin s'associe à celle du péritoine et qu'il y a alors réellement entéro-péritonite.

(1) Grimaud, Traité des fièvres, t. III, p. 28, édit. de 1791.

(2) Delaroche, Rech. sur la nat. et le traitent, de la fièv, puerp.

DE L'EMPOISONNEMENT PUERPÉRAL.

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