DOCTRINE DU TRAUMATISME PUERPÉRAL
Dans la discussion académique de 1856 sur la fièvre puerpérale on a exposé avec un certain succès une idée que j'appelle la doctrine du traumatisme puerpéral et qui consiste dans la comparaison d'une nouvelle accouchée avec un blessé.
Déjà Junker avait dit : puerperœ tanquam vulneratœ merito considerantur, qaibus ex kvissimis causis febres inflammatoriœ accedere possunt.
La même doctrine avait été énoncée par West et Van Swieten.
Rien de plus séduisant en effet que cette manière de considérer l'état puerpéral.
Une femme en couches n'étant autre chose qu'un amputé, dont les vaisseaux utérins sont encore béants par le fait de la séparation du fœtus, on conçoit sans peine la possibilité d'une fièvre traumatique, de la phlébite, de l'infection purulente, des abcès métastatiques, de l'infection putride résultant d'une suppuration devenue sanieuse et de mauvaise nature, etc. — Quoi de plus simple, de plus logique, de mieux enchaîné?
Eh bien ! cette doctrine que j'admets volontiers pour un très-grand nombre de cas reçoit un grave échec de l'existence d'observations incontestables et qui sont vulgaires dans toutes les maternités, observations d'où il appert que les accidents puerpéraux peuvent éclater pendant et même avant le travail de l'accouchement. — En telle sorte que le traumatisme résultant de la parturition ne peut plus être invoqué comme cause de ces accidents.
La doctrine de l'infection purulente et celle de l'infection putride, en tant que chacune d'elles aurait la prétention d'être exclusive, doivent être rejetées par la même raison que la doctrine du traumatisme puerpéral.
La doctrine des plaies exposées de Jules Guérin, doctrine fondée sur le défaut de rétraction de l'utérus après l'accouchement et sur la putréfaction des caillots contenus dans cette cavité par l'arrivée de l'air extérieur, n'est applicable qu'aune série de cas. Elle a l'inconvénient, comme la doctrine de l'infection putride avec laquelle elle a les plus intimes rapports, de ne pas embrasser la totalité des faits.