La malade peut marcher. Excrétion urinaire abondante
8. L'épiderme des extrémités digitales des mains est d'un rouge brun parcheminé; en le pressant, on sent qu'il n'est plus adhérent au derme sousjacent. Phlyctènes sur plusieurs doigts. Aux deux pieds, vastes phlyctènes.
10. Le pouce droit a recouvré presque toute sa sensibilité. Aux autres doigts, le tact est émoussé et s'exerce comme à travers un parchemin. Plusieurs doigts sont racornis, diminués de volume à leur extrémité. Aux pieds, les phlyctènes commencent à se dessécher. Les deuxième et troisième orteils sont très-noirs.
Les jours suivants, desquamation et dessiccation progressives des doigts et des orteils.
Depuis le 1er juin, on s'est borné aux soins d'une propreté minutieuse. A mesure que les eschares sèches devenaient gênantes, on les coupait. La cicatrisation se faisait aussitôt. Le dernier bout de doigt (dernière phalange du quatrième orteil gauche) est tombé le 27 octobre 1860.
En janvier 1862, les pieds présentent exactement un aspect symétrique. On voit à l'extrémité du gros orteil un tubercule saillant, sur lequel appuie l'ongle déformé, et autour duquel la peau est froncée et couverte d'écaillés. Lesdeux orteils suivants présentent un moignon massif, sur lequel existent de petites croûtes qui n'ont jamais disparu. Pas trace d'ongle. Pouls parfaitement régulier. Battements du cœur normaux.
Chez l'enfant de cette femme, on s'aperçut, trois jours après sa naissance, que par moments la main et l'avant-bras droits présentaient une couleur violette très-accusée, mais non limitée, qui disparaissait ensuite pour se reproduire plus tard sans cause connue. Les choses ont durée ainsi pendant les 4 ou 5 premiers mois de la vie. La petite fille s'est toujours bien portée.
Pronostic. — Le nombre assez considérable des cas de guérison que nous avons fait connaître démontre que, si la thrombose artérielle fait courir, non-seulement aux parties qu'elle affecte, mais à l'existence elle-même, les dangers les plus sérieux, elle n'est cependant pas au-dessus des ressources de l'art.
La gravité du pronostic est en rapport avec quelques circonstances qu'il importe de mentionner.
Plus l'organe auquel se distribue l'artère oblitérée est essentiel à la vie, plus on devra craindre une terminaison fâcheuse.
Plus l'oblitération est complète, plus l'organe alimenté par l'artère obstruée sera menacé dans sa vitalité et dans ses fonctions.
Toutes choses égales d'ailleurs, le danger sera d'autant plus grand que le volume et l'importance hiérarchique de l'artère oblitérée seront plus considérables. Ainsi une thrombose de lapédieuse est moins grave qu'une thrombose
THROMBOSES ARTÉRIELLES PUERPÉRALES.
de la tibiale, celle ci qu'une thrombose de la fémorale, cette dernière qu'une oblitération de l'iliaque primitive et ainsi de suite.
La paralysie et surtout la gangrène, quand elles se développent consécutivement à une obstruction artérielle, laissent peu d'espoir de sauver la portion du membre affectée et presque constamment les jours de la malade.
L'envahissement rapide d'une portion notable d'un membre par la gangrène et la production de phlyctènes à une grande hauteur sont des signes du plus fâcheux augure. Au contraire, la limitation du sphacèle, le retour des pulsations dans l'artère oblitérée au moyen d'une circulation collatérale, la disparition des douleurs, etc., constituent des signes pronostiques relativement favorables.
La thrombose artérielle, qui reste une affection toute locale et ne se lie pas à un état général plus ou moins grave, offre quelques chances de salut. Elle se place au-dessus des ressources de l'art, quand elle est sous la dépendance d'un état infectieux, typhoïde, ou autre, et s'accompagne de certains symptômes généraux, tels que l'altération des traits, une prostration excessive, t une lièvre intense, le délire, un dépérissement rapide, etc.
L'oblitération simultanée et de l'artère et des veines principales d'un • membre entraine presque fatalement pour la malade, non-seulement la perte de ce membre, mais la mort.
La thrombose par artérite, quand cette artérite n'est pas l'expression d'un état puerpéral grave, offre plus de ressources que l'oblitération artérielle par : embolie, quand cette embolie procède d'une maladie organique du cœur.
Traitement. — Si peu de prise que la thrombose artérielle offre à la thé- : rapeutique, il importe de ne négliger aucun des moyens qui ont été proposés pour la combattre.
Parmi les moyens locaux, les frictions stimulantes avec une flanelle imbibée d'alcool, d'eau de Cologne, d'eau de mélisse légèrement aiguisée d'ammoniaque, pourront agir de manière à rétablir la vitalité des parties, soit I qu'il y ait menace de paralysie ou de gangrène, soit que ces accidents aient | déjà fait leur apparition.
Dans le but d'irriter les parties plongées dans la torpeur, on se gardera des bains généraux ou locaux sinapisés, qui ont paru à Reynaud exposer les malades à une aggravation considérable de l'état local.
Mais on pourra, suivant le conseil de notre savant collègue, recourir avec avantage aux applications locales de l'électricité d'induction, lesquelles ont donné un excellent résultat entre les mains de Duval dans un cas de gangrène spontanée de l'extrémité des doigts chez une jeune fille.
Le vin aromatique, la pommade suivante employée par Sandras : axonge 60 grammes, sulfate de strychnine 1 gramme; les compresses imbibées de cliloroforme, peuvent être rangés parmi les stimulants locaux susceptibles
de déterminer une modification favorable dans l'état des parties, quand celles-ci sont accessibles à nos moyens d'action.
Si, au lieu d'être spécialement paralytiques et gangreneux, les accidents locaux étaient particulièrement douloureux et inflammatoires, les applications de sangsues ou de ventouses scarifiées, les topiques émollients, les embrocations huileuses et opiacées, pourront être d'un grand secours, soit pour annihiler l'élément douleur, soit pour enrayer le processus inflammatoire.
S'il m'était démontré, par une exploration attentive des parties, qu'il s'agit d'une artérite phlegmoneuse, comme celles qui se produisent dans ces inflammations diffuses qui, sous l'influence de l'état puerpéral, frappent une portion plus ou moins étendue d'un membre et embrassent dans leur sphère d'activité tous les tissus sans distinction, je n'hésiterais pas, après avoir épuisé toutes les ressources de la médication antiphlogistique, à recourir à l'usage des larges vésicatoires volants appliqués loi-o doladi.
Ce dernier moyen pourrait rendre encore de très-grands services si, au lieu d'un état iiitlammatoire, on n'avait affaire qu'à un état névralgique.
Dans le cas où le mal local passerait à l'état subaigu, les fondants, les pommades résolutives et surtout l'onguent napolitain en onctions répétées plusieurs fois par jour sur la partie malade, deviendraient d'une très-grande utilité. Autant que possible, les frictions mercurielles devraient être continuées jusqu'à salivation, la manifestation de ce phénomène coïncidant, presque toujours, chez les femmes en couches, avec une amélioration plus ou moins gensible de l'état local.
Si les pommades mercurielles avaient produit une stomatite assez intense pour qu'on fût obligé de renoncer à leur emploi, la pommade iodurée pourrait les remplacer avantageusement.
La gangrène une fois établie, il faut attendre que les eschares soient limitées. Mais, cette limitation obtenue, faut -il se borner à favoriser l' élimination des eschares, ou y a-t-il lieu de poser la question d'une intervention chirurgicale? Malgré la guérison d'une des malades dont nous avons rapporté l'observation et sur laquelle l'amputation a été pratiquée, il nous parait que, dans l'immense majorité des cas, l'abstention devra être toujours préférée à l'opération.
S'il existe un état général grave dont la thrombose artérielle et la gangrène, qui en est la conséquence, ne seraient que des manifestations, toute action chirurgicale ne pouvant atteindre le mal dans son principe est interdite au praticien.
Si la maladie est bien localisée et reste compatible avec une certaine inlegiité des principales fonctions, il est indiqué d'attendre patiemment l'élimination des eschares, en favorisant leur chute par l'action des topiques émollients;
La thrombose artérielle laissant toujours le médecin dans l'incertitude sur la question de savoir s'il n'existe pas une artérite concomitante et jusqu à
THROMBOSE ET EMBOLIES DE L'ARTÈRE PULMONAIRE. 835
quelle hauteur elle remonte, l'amputation, qui pourrait être réclamée soit par l'étendue de la gangrène, soit par une suppuration interminable, soit par toute autre cause, court presque inévitablement le risque d'être pratiquée trop bas, et ne doit, par cette raison, être résolue qu'à la dernière extrémité.
Parmi les modificateurs généraux, l'opium mérite une place importante, ne fût-ce que pour combattre les douleurs aiguës qui accompagnent si souvent la thrombose artérielle, et précèdent presque toujours l'explosion des accidents gangréneux.
Si les accès névralgiques prenaient la forme intermittente, le sulfate de quinine pourra rendre de très-grands services, en rompant la périodicité des manifestations douloureuses.
Le quinquina n'est pas, comme on le croyait dans le siècle dernier, un spécifique de la gangrène; mais ses préparations, associées à un régime réparateur, si l'état des organes digestifs le permet, pourront devenir des auxiliaires importants du traitement.
H n'est pas démontre ihérapcutiqucnicnt que le bicarbonate de soude fluidifie les concrétions sanguines; cependant, comme un certain nombre de praticiens, parmi lesquels nous citerons Guérard et Legroux, affirment avoir obtenu des avantages marqués de l'emploi de ce médicament dans les cas de concrétions sanguines du cœur et des gros vaisseaux, on ne devra pas négliger de recourir à ce moyen, si précaire et si incertain qu'il puisse être.