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CHAPITRE PREMIER

PARALYSIES PUERPÉRALES.

Historique. — La question des paralysies puerpérales doit Ja place importante qu'elle a prise parmi les tocopathies, aux recherches savantes de quelques modernes, et notamment do Churchill, et de Imbert-Gourbeyre. Sans nul doute, les éléments de cette question existaient dans les archives de la science, mais disséminés; leur mise en œuvre est particulièrement due aux efforts des auteurs que nous venons de citer.

Hippocrate a connu les paralysies puerpérales. Plusieurs passages de ses livres ne laissent aucun doute à cet égard (1).

Les paraplégies, suites de couches, sont signalées par Mercatusau kvi0 siècle dans le passage suivant : « Nous avons vu fréquemment la suppression des lochies déterminer les convulsions, la paraplégie , la manie et l'hydropisie (2). »

Quelques lignes extraites d'un livre de Zacutus Lusitanus, Praxis admiranda, mentionnent aussi les paralysies puerpérales. « 11 aurait vu la paralysie des membres inférieurs affecter certaines accouchées dont les lochies étaient supprimées ou avaient diminué d'abondance. »

En 1640, Tulpius rapporte un cas d'hémiplégie gauche survenue chez une femme en couches à la suite d'un accès de colère (3).

En 1765, Lieutaud considère la suppression des lochies comme pouvant déterminer des accidents de différente nature, parmi lesquels l'apoplexie (4).

Varandée signale parmi les maladies graves delà grossesse l'hydropisie, la manie et la paralysie (5).

Sennert et plus tard Ettmuller confirment ce qu'avait dit Hippocrate des paralysies puerpérales.

Roderic à Castro qui, dans son Traité des maladies des femmes, confond,

(1) Hippocrate, Œuvres complètes, traduct. E. Littré; Des mal. des femmes, liv. L Paris, 1853, t. VIII, p. 93, 94 et 4 01.

(2) Mercati opéra, édit. 1608, t. M, p, 740.

(3) Tulpins, Obs. méd., lit». IL

(4j Lieutaud, Synops. utiiv. prax. med., pars I, p. 460-

(5) Varandée, Tract, de morkis mulicrum. Genève, 1620, p. 316, 417.

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ainsi que la plupart des auteurs anciens, l'épilepsie avec les convulsions éclamp tiques, dit en parlant de ces dernières : « Elles dégénèrent parfois en apoplexie ou eu paralysie. »

Dolœus, qui a fait la même confusion, a dit de l'épilepsie puerpérale : « Elle peut se terminer par la cécité et le strabisme (1). »

Parmi les terminaisons possibles de l'éclampsie puerpérale, qu'il appelle épilcpsie utérine, Primerose signale l'apoplexie ou la paralysie (2).

Sydenham fait dépendre de la passion hystérique l'apoplexie et les paralysies puerpérales (3).

Hoffmann indique la paraplégie parmi les affections auxquelles les femmes sont sujettes après l'accouchement (Zi).

L'aphorisme 1329 de Boerhaave fait allusion aux phrénésies, apoplexies et paralysies puerpérales.

Dans son chapitre de la passion hystérique, el après avoir parlé des convulsions auxquelles sont sujettes les femmes en couches, Mauriceau s'exprime ainsi : « Quelques-unes, après avoir été travaillées dans ces accès de mouvements convulsifs très violents, sont tombées en apoplexie mortelle, et d'autres sont restées ensuite paralytiques de la moitié du corps pendant des années entières (5). »

Sous le nom de dépôts laiteux, Puzos décrit des hydropisies, des apoplexies, des paralysies, des aliénations mentales, etc. (6).

Deleurye qui, comme Levret, décrit l'éclampsie sous le nom d apoplexie et de phrénésie laiteuses, a dit : « Quand l'humeur laiteuse se porte au cerveau, elle y produit l'apoplexie et la frénésie laiteuse... La plupart des femmes qui échappent à l'apoplexie et à la frénésie, tombent dans la paralysie (7).

Mursinna considère également les paralysies puerpérales comme le résultat d'une métastase laiteuse. 11 indique le traitement de ces paralysies et a vu i plusieurs fois l'apoplexie pendant la fièvre de lait (8).

Plusieurs thèses sur les paralysies puerpérales, thèses dans lesquelles est invoquée la théorie de la métastase laiteuse, ont été soutenues vers la tin du xvme siècle par Aurivillius (De paralysi), Rudolph Wilhelm (De apoplexia), i Fauvareq (De lochiorum metastasi).

Burserius, qui a discuté tous les faits relatifs aux paralysies puerpérales, , consignés dans les travaux précédents, s'élève avec force contre la distinction

(1) Dolœus, Acta naturrf curiosorum, v. dec. I, ann. 3, obs. 161-162,

(2) Primerose, De morbis mulierum, Rotterodami, 1655.

(3) Sydenham, Opéra medica. Diss. epist.

(4) Hoffmann, Opéra medica, t. III, p. 198, édit. de Tournes.

(5) Mauriceau, Mal. des femmes, t. I, liv. m, c. 21, p. 447, édit. 1740.

(6) Puzos, Traité des accouchements. Paris, 1759, p. 340 et suiv*

(7) Deleurye, Traité des accouchements. Paris, 1777.

(8) Mursinna, Von der Krankheiten der Schwangerru Berlin, 1784.

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qu'on avait prétendu faire entre l'apoplexie et les paralysies des femmes en couches.

Un médecin allemand, Bethka, après avoir colligé tous les matériaux épais sur la question des paralysies puerpérales, dans un travail d'une effrayante érudition, affirme que l'hémiplégie et les paralysies des membres sont rares chez les accouchées (1).

Portai, en 1803, dans son Deuxième mémoire sur f apoplexie, et plus tard, en 1812, dans son Traité de l'apoplexie, dit qu'il arrive assez souvent que des femmes pléthoriques périssent d'apoplexie pendant le travail de l'accouchement, et que l'apoplexie a été observée après la suppression des lochies. «J'ai vu plusieurs fois, ajoute-t-il, des suites funestes de l'omission de la saignée chez les femmes grosses, des surdités, des cécités, des convulsions, l'épilepsie, l'apoplexie. »

Capuron a cité des observations de convulsions, de paralysie et de tétanos survenant pendant la grossesse (2).

Burns, après avoir mentionné les convulsions et le mal de tête qui peuvent se produire pendant la grossesse, ajoute : « Dans quelques circonstances, la paralysie succède à une attaque d'apoplexie, ou accompagne le mal de tête et le vertige. Elle ne disparaît pas ordinairement avant l'accouchement (3).

En 1824, Richter signale dans son ouvrage les paralysies consensuelles liées à la grossesse (4).

J. P. Frank a imprimé que l'immense majorité des apoplectiques et des paralytiques était constituée par les bossus, les ivrognes, les hystériques, les femmes enceintes et accouchées (5).

Desormeaux, qui, dans son article sur l'éclampsie, a résumé la thèse de Baudelocque neveu soutenue en 1822, a écrit les lignes suivantes : « Souvent l'éclampsie laisse des suites fâcheuses, et la femme reste dans un état de paralysie, de manie, de démence plus ou moins complet » (6).

En 1828, parait le mémoire de Ménière sur l'hémorrhagie cérébrale pendant la grossesse (7).

En 1834, Velpeau, dans sa thèse sur l'éclampsie, reproduit les opinions de ses devanciers sur la question des paralysies.

En 1847, Simpson publie son Mémoire sur les troubles du système nerveux dans l'albuminurie des femmes grosses, mémoire d'où il appert que l'albuminurie, dans l'état puerpéral, donne lieu quelquefois à des paralysies locales,

(1) Bethka, Lber Sch/ay /lusse und Lùhmungën, Leipzig, 1797.

(2) Capuron, Traité des mal. des femmes. Paris, 1809.

(3) Burns, Traité des accouchements, trad. Galliol.

{h) Richter, Die specielle Thérapie, 1824, t. VIII, p. 835.

(5) J. P. Frank, Traité de méd. praï., trad. par Goudareau. Paris, 1842, t. II. p. 410

(6) Desormeaux, Dkt. en 21 vol., t. VII, p. 292.

(7) Ménière, Archives, 1828, \ " série, t. XVII, p. 370.

PARALYSIES PUERPÉRALES.

à des troubles de la vue, de l'ouïe, etc. (amaurose, surdité), à une hémiplégie et à une paraplégie plus on moins développée (1).

Campbell parle dans son ouvrage de la paraplégie puerpérale (2).

Rvan a fait observer que quelques femmes, après l'accouchement le plus facile comme après un accouchement artificiel, sont atteintes de paralysies des extrémités inférieures et souffrent en même temps de rétention d'urine (3).

Ramsbotham a remarqué que la paralysie de l'une des jambes ou des deuv à la fois se montre souvent à des degrés variables après l'accouchement, surtout quand le travail a été long et difficile (4).

Dewees a publié deux observations de convulsions puerpérales suivies de cécité (5).

L'ouvrage de Scanzoni contient un chapitre Sur la paraplégie puerpérale. Il admet que, quelquefois, la pression est cause de la paralysie, et il cite une observation à l'appui (6).

A l'aide d'une série d'observations concernant certaines affections nerveuses des femmes grosses, Lever établit que la grossesse est souvent accompagnée de chorée et de mouvements convulsifs, de paralysies diverses et de manie. Les variétés de paralysie qu'il décrit sont l'amaurose, la surdité, l'hémiplégie, la perte du mouvement dans les extrémités supérieures, la paralysie de l'un des membres inférieurs, etc. (7).

De 1824 à 1845, Crosse (de Nonvick) a observé, dans sa clientèle, plusieurs cas de paralysie puerpérale que l'on trouvera relatés in extenso dans le mémoire de Churchill (8).

Romberg, dans la troisième édition de son ouvrage, rapporte un cas de paralysie de la jambe gauche survenue chez une multipare, âgée de trentetrois ans, à la suite d'une application de forceps (9) .

Un cas de paralysie de la jambe droite chez une primipare âgée de vingt et un ans a été observé par Beatty (10).

En 1854 parait l'important mémoire de Churchill sur les paralysies puerpérales. Ce travail contient 36 observations qui, pour la plupart, sont dues à Dewees, Scanzoni, Crosse, Beatty, Lever, Simpson, M'Clintock, Forest, Ireland

(1) Simpson, Monthly Journal, octobre 1847.

(2) Campbell, Midwifery, p. 406.

(3) Ryan, Manual of midwifery, p. 661.

(4) Ramsbotham, Obstetric, medicine and Suryery, 548

(5) Dewees, Midwifery, p. 548.

(6) Scanzoni, Lchrbuch der Geburtshùlfe, p. 110

(7) Lever, Guy's hospital Reports, 1847, t. V, p. 1.

(8) Churchill, Cases in midwife?'y, etc., pp. 155, 162.

(9) Romberg, Lehrbuch der Neroenkrankheiten, 3e édition. Rerlin, 1857.

(10) Beatty, Second Report of the new Lying-in-hospital. [Dublin Journal, lre série, t. XII, p. 304).

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et Duke. L'auteur t'ait jouer à la maladie de Bright le rôle le plus important dans la production de ces paralysies (1).

Le 11 décembre 1860, luiberl-Gourbeyre lit à l'Académie de médecine un volumineux et savanl travail sur les paralysies puerpérales qu'il divise en paralysies par lésion du cerveau ou de la moelle épinière, paralysies urémiques, rhumaliques, pyohénhques, anémiques, hystériques et traumatiques (2).

Enfin, dans sa thèse inaugurale (Paris 1867), Bianchi nous a laissé une excellente étude des paralysies traumatiques chez les nouvelles accouchées.

On trouvera encore dispersées, dans différents recueils scientifiques, un certain nombre d'observations de paralysie puerpérale, publiées par quelques auteurs tels que Cunier, Boullay, Paul Dubois (3).

Il est facile de voir, par ce long exposé historique, que les matériaux ne nous manquent pas pour édifier l'histoire des paralysies puerpérales. Jusqu'à ce jour, le point de vue théorique a spécialement préoccupé les auteurs qui nous ont précédé. Sans négliger ce côté intéressant de la question, nous nous appliquerons avant tout à donner à celte étude un caractère clinique.

A l'élément étiologique qui a été adopté par Imbert-Lourbeyre comme base de la classification des paralysies puerpérales, nous préférons l'élément symptomatique qui est beaucoup plus pratique. Xous étudierons donc successivement les paralysies des organes des sens : amaurose, surdité, etc., les paralysies faciales, les hémiplégies, les paraplégies et les paralysies limitées à un seul membre.

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