‹ Traité clinique et pratique des maladies puerpérales suites de couches [electronic resource]Chapitre 73 sur 136 · III. — Amaurose puerpérale · texte numérisé non relu

III. — Amaurose puerpérale

i L' amaurose puerpérale est presque toujours albuminurique. Cette variété d'amaurose est établie aujourd'hui par de trop nombreuses observations pour

1 qu'il soit nécessaire et même possible de les rapporter ici. Je me contenterai de les mentionner sommairement.

Un passage de Frédéric Hoffmann prouve que cet auteur avait eu connaissance, avant la découverte de Bright, de l'amaurose albuminurique puerpé-

i raie (2).

i Des observations de cette affection ont été consignées dans les Miscellanées ■ de l'Académie des Curieux de la nature, par Siéger (I, 1672) et Albrecht (1,1690).

En 1732 paraît une dissertation de Michel Alberti : De visus obscuratione a partu.

Saint-Yves a décrit Yamaurosis gravidarum.

Sichel a soigné une femme qui, pendant six grossesses consécutives, a éprouvé une amaurose qu'il appelle cérébrale congestive. Prestat dans sa thèse sur l'éclampsie, Robert Johns dans son mémoire sur

(1) Prestat, Thèse sur l'Éclampsie. Paris, 1839.

(2) floffmanni Opéra, Genevœ, 1 748, t, JH, p. 229.

982 MALADIKS Ut sVMMMi; MEIIVEUX.

le même sujet, ont cité des laits d'amaurose puerpérale compliquée d'tfidénie.

Les observations 5, 6, 8, 9, 10, du mémoire d'Imbert-Gourbeyre sur l'albuminurie puerpérale, nous offrent des exemples des troubles divers de la vue qui peuvent se rencontrer dans cette maladie, depuis l'amblyopic la plus légère jusqu'à la cécité complète.

Deux observations de Lever consignées, l'une dans (hty'S HoxpUnl Reporte (1), l'autre communiquée à Churchill et citée dans son livre sur les Maladies des /cnimcs (2), sont relatives à des amauroses puerpérales vraisemblablement albuminuriques et qui guérirent après l'accouchement.

Trois observations semblables ont été rapportées par Dru ces (3).

Lécorché, qui nous a donné dans sa thèse inaugurale une anatomie pathologique excellente de l'amaurose albuminurique, rapporte plusieurs cas très» intéressants de celte maladie survenue suit pendant la grossesse, soit à la suite de l'accouchement (4)i

Citons encore une observation d'amblyopie albuminurique, consécutive à l'accouchement, observation rapportée par Simpson (5).

Enfin, la Gazette médicale de 1848 renferme deux observations de Cimier (6) relatives à des amauroses sunenues pendant la parturition et qui guérirent parfaitement.

Voici ce qui résulte de l'analyse des observations et des travaux que nous venons de citer :

L'amaurose puerpérale varie depuis l'amblyopie la plus légère jusqu'à la cécité la plus complète. Clle frappe d'ordinaire les deux yeux, très-rarement un seul.

Lorsqu'elle se manifeste pendant la grossesse, cohuidemmenl avec l'albuminurie, elle disparaît comme cette dernière après l'accouchement. Ce n'es! que dans des cas exceptionnels qu'on l'a vue persister longtemps après la parturition et même devenir incurable. La règle est 1° qu'elle consiste dans une amblyopie fugace el temporaire, plutôt que dans une perle absolue et permanente de la vision; 2° qu'elle se manifeste dans le cours de la grossesse, à titre de prodrome, de symptôme prémonitoire de l'éclanipsie albuminurique.

Lécorché a vu l'amblyopie puerpérale se compliquer d'exophthâltniè; Cimier, de strabisme el de ptosis de la paupière supérieure.

(1) Lever, Guy's Hôpital Reports, 1847, vol. V, p. 20.

(2) Churchill, Mal. des femmes, trad. franç. Paris, 1866, p. 1115.

(3) Dewees, Compendious System of midwifery , p. 505.

(4) Lécorché, De l'altération de la vùibn /tans la néphrite albumineuse, thèse. Paris, 1858, obs. 2, 6 et 7.

(5) Simpson, The obstetric memoiré aad coatn/jatio/ts, c. i.

(6) Cimier, Gazette médicale, 1848, pp. 599 et 796.

PARALYSIES PUERPÉRALES. 983

L'ophthalmoscope a permis de reconnaître sur le vivant certaines altérations de la rétine. Ces altérations consistent, dit Lécorché, dans des hypéréniies ou dos dégénérescences graisseuses (1).

Coïncidemmenl à l'amaurose, ou a constaté quelquefois la diplopie, l'hémiopie, la presbytie, la myopie, l'héméralopie et l'achromatisme.

Le pronostic de l'amaurose puerpérale n'est pas habituellement grave, la maladie locale se terminant d'ordinaire par la guérison après l'accouchement. Mais quand l'amaurose n'est que le prodrome de l'éclampsie albuminurique, la gravité du pronostic est subordonnée à la gravité des convulsions. Si, lorsque la malade a survécu aux attaques éclamptiques, il y a néphrite albumineuse persistante, l'amaurose pourra elle-même passer à l'étal chronique. Cependant, dit Lécorché dans ses conclusions, il n'existe pas de rdation constante entre la gravité de l'ambhopie et celle de l'altération des reins, non plus qu'entre l'intensité de l'amblyopie et celle de l'albumine contenue dans l'urine. On a vu l'amaurose persister après la disparition des phénomènes de. la néphrite albumineuse.

Lorsque l'amaurose puerpérale est à son début, et qu'elle s'accompagne de signes évidents de congestion de la rétine, d'épanchement de sang dans cette membrane, on emploiera des émissions sanguines locales, des vésicatoires aux tempes, des purgatifs, etc.

Plus tard, lorsque les altérations graisseuses de la rétine sont produites, on doit se borner au traitement général de la népluile albumineuse, aux préparations de fer, de quinquina, etc.

Page 1