IV. — Paralysie faciale
Lever a rapporté l'observation d'une femme qui, dans trois grossesses successives, reconnut le moment oii elle devenait enceinte à un sentiment de faiblesse et d'engourdissement qui se manifestait dans un côté de la face, en même temps qu'il existait une sensation de picotement dans la main droite. Guérison complète après l'accouchement (2).
Simpson a communiqué à Churchill (3) une observation d'hémiplégie faciale du côté droit chez une femme grosse albuminurique.
C'est encore à Churchill (4) qu'a été communiquée par le docteur Healty une observation d'hémiplégie faciale gauche au neuvième mois de la grossesse ; hémiplégie qui disparut au bout de trois semaines.
Je trouve également dans Churchill (5) la mention d'un autre fait qu'il
(1) Lécorché, Thèse citée, p. 42.
(2) Lever, Communicalion particulière de Lever à Churchill, Mat. des femmes, trad. franç. Paris, 1866, p. 1114.
(3) Simpson, toc. cit., p. 1115.
(4) Beatty, loc. cit., p. 1117.
(5) Ireland, toc, cit., p. 1124.
doit au docteur Ireland et qui se rapporte à une hémiplégie faciale droite chez une multipare.
J'ai eu l'occasion d'observer, à la Maternité, un cas de paralysie faciale chez une femme enceinte.
Obs. CXLVHI. — Hémiplégie faciale du côté droit chez une primipare.
Fille de dix-neuf ans, primipare ; réglée à douze ans. Pas de maladies antérieures. C'est au troisième mois de sa grossesse que cette femme se serait aperçue du changement survenu dans sa physionomie. L'accident aurait eu lieu pendant la nuit, et le lendemain matin, on lui aurait fait remarquer que sa figure n'était pas la même. En même temps, elle aurait éprouvé un certain embarras dans la parole.
Entrée à la Maternité le 3 mai 1863, elle y accoucha le même jour d'un garçon vivant, au terme de huit mois et demi, pesant 2500 grammes. Durée totale du travail : douze heures.
Les jours suivants, il se manifesta un peu de fièvre, mais sans détermination locale appréciable.
En examinant attentivement la malade, je suis frappé d'un certain degré de déviation de la bouche, déviation que j'attribuai tout d'abord à l'habitude vicieuse que prennent quelques personnes de tordre la bouche en parlant. Mais, lorsque cette femme rit, on constate que les traits de la face sont manifestement entraînés à gauche, tandis que le côté droit reste aplati et immobile. Si on l'invite à fermer les yeux, l'œil droit ne se clot qu'incomplètement. Elle s'exprime avec difficulté, et parle en allongeant la langue entre les dents. Elle ne peut pas réussir à siffler, ce qui lui était possible avant son attaque de paralysie faciale. Elle assure qu'elle parlait autrefois très-facilement. La langue tirée hors de la bouche ne s'écarte pas de la ligne médiane, mais la luette est sensiblement déviée à gauche. Dans l'action de souffler, la joue gauche parait plus élevée que la droite. Toutefois, dans l'acte de la mastication, il n'arrive jamais que les joues soient mordues. La sensibilité cutanée est conservée des deux côtés. Pas de douleur ni d'écoulement d'oreille, pas de céphalalgie, pas de rhumatismes antécédents, pas d'albumine dans l'urine.
Lorsque la face est à l'état de repos, la paralysie n'est appréciable que par la déviation delà bouche.
Le mouvement fébrile pour lequel la malade était passée dans mes salles disparut au bout de quelques jours ; mais la paralysie persista, et lorsque cette femme quitta notre service le 20 mai 1863, il ne s'était produit aucune amélioration sensible quanta ses accidents de paralysie faciale.
A l'exception du cas de Simpson, dans lequel les urines ont été trouvées albumineuses, il est assez difficile d'établir quelle a été la cause des hémiplégies faciales,
PARALYSIES PUERPÉRALES. 985
Dans une observation d'Ireland, la prédisposition héréditaire semble avoir été manifeste. Mais la cause déterminante est restée inconnue.
Dans les autres cas, faut-il admettre avec Churchill la possibilité d'une action réflexe ayant son origine dans un organe malade même éloigné, ou quelque obstruction artérielle, ainsi que Simpson en a cité des exemples, ou une diathèse hystérique, rhumatismale, apoplectique, etc.? Les faits ne sont pas encore assez nombreux pour qu'il nous soit permis de juger cette question.