‹ Traité clinique et pratique des maladies puerpérales suites de couches [electronic resource]Chapitre 75 sur 136 · V. — Hémiplégies · texte numérisé non relu

V. — Hémiplégies

Les hémiplégies puerpérales, qu'elles appartiennent à la grossesse, à l'accouchement ou aux suites de couches, peuvent dépendre de causes trèsvariées que nous allons passer successivement en revue.

Albuminurie. — Si l'on se base sur le nombre d'observations que nous avons pu rassembler, l'albuminurie éclamptique ou non éclamptique est une des causes qui donnent le plus fréquemment lieu à l'hémiplégie puerpérale.

L'Union médicale du 26 juillet 1853 renferme une observation de Legroux, relative à une albuminurique qui fut prise d'hémiplégie gauche quinze jours après la délivrance et d'une paralysie de la paupière supérieure gauche; ces accidents disparurent au bout de douze jours. L'albuminurie persistait encore.

Delamotte cité par Inibert-fiourbeyre (1) avait déjà fait connaître l'observation d'une éclamptique qui resta paralysée de tout le côté droit pendant six mois et ne se rétablit complètement qu'aux eaux de Bourbon.

Simpson rapporte, dans ses Mémoires et Contributions à l'obstétrique, l'observation d'une albuminurique qui, quelques semaines avant l'époque de la délivrance, fut atteinte d'amaurose et d'hémiplégie. Tous ces symptômes disparurent en grande partie après l'accouchement qui eut lieu un peu avant terme, mais sans convulsions.

On trouve, dans l'Union médicale du \h mai 1853, une observation de Sabatier relative à une femme de trente-trois ans, accouchée en 1850 une première fois parle forceps, et qui, devenue enceinte en juillet 1852, fut prise en février d'anasarque et d'hémiplégie albuminurique. Attaques d'éclampsie au huitième mois de la grossesse. Dilatation manuelle de l'orifice. Mort delà mère pendant les manœuvres. Enfant retiré mort après la gastrotomie.

La Gazette des Hôpitaux (1859, n° 127) renferme une observation d'Hamon, dans laquelle nous voyons une primipare albuminurique accouchée heureusement au terme de huit mois et demi, et frappée d'apoplexie vingt-deux jours après la délivrance. Une hémiplégie droite s'ensuivit, laquelle disparut au bout de quelques semaines.

Velpeau a fait connaître une observation publiée dans le siècle dernier par Pereboom, observation se rapportant à une primipare, âgée de vingt-huit

(1) Imbert-Gourbeyre, Paralysies puerpérales, Paris, 1861, p. 33,

ans, atteinte (l'hémiplégie éelarnptique. Cinquante accès eonvulsils. Guérison prompte.

En 1816. Baumes a imprimé dans les Annule* dr MOntpelltST une observation d'hémiplégie survenue chez une femme en couches qui avait été infiltrée pendant sa grossesse, et, selon toute probabilité, albuminurique. Disparition des phénomènes paralytiques mi mois après l'accouchement.

Dans son Mémoire sur les paralysies puerpérales, Imbert-Gourbeyre a cité le cas d'une albuminurique qui fut frappée d'hémiplégie dix jours après l'accouchement, éprouva en même temps des attaques hystériformes el succomba deux jours après dans un état comateux, l'as d'autopsie.

Dans son traité de l'encéphalite, Bouillaud a fait connaître une observation de nôgëry (1) dans laquelle on voit une éclampsie probablement albuminurique déterminer une paralysie du côté droit, et bientôt après la mort.

Korest a communiqué à Churchill (2) un cas d'hémiplégie droite chez une éclamptique. Guérison au bout de deux mois.

On trouve encore dans Churchill (3) une observation du docteur Ireland, relative à une hémiplégie albuminurique. La mort eut lieu subitement au quarante-troisième jour de couches, alors que la malade était en bonne voie de rétablissement. L'autopsie démontra l'existence d'un ramollissement cérébral et d'un développement de gaz dans tous les vaisseaux sanguins.

Les observations qui précèdent établissent d'une manière trop manifeste l'influence de l'albuminurie sur la détermination de l'hémiplégie chez les femmes grosses, en travail ou en couches, pour qu'il soit nécessaire de chercher à établir plus amplement la démonstration de celte cause pathogénique.

Apoplexie. — C'est à Ménière (U) que revient l'honneur d'avoir colligé tous les faits propres à nous éclairer sur la valeur de l'apoplexie, en tant que cause efficiente de l'hémiplégie dans l'état puerpéral. Déjà Antoine Petit, Deleurye, Gardien, Desormeaux, avaient signalé Lhémorrhagie cérébrale comme un accident possible de la gestation, mais jamais l'attention n'avait été aussi fortement appelée sur cette éventualité qu'elle l'a été depuis par le travail de Ménière.

En 1721, Mauriceau (5) rapporte un cas d'hémiplégie gauche par apoplexie suivi de guérison. 11 s'agissait d'une femme enceinte de deux à trois mois. L'avortement n'eut pas lieu, et la paralysie qui existait encore au bras à l'époque de l'accouchement, se dissipa peu à peu et ne laissa qu'un léger engourdissement dans le moignon de l'épaule.

(1) Rogery, Annales de Montpellier de Baumes, 1805, t. IX.

(2) Churchill, Maladies des femmes, trad. franç. Paris, 1866, p. 1122.

(3) Churchill, loc. cit., p. 1124.

(4) Ménière, SÛT Vhimorrhligi4 cérébrale pendant In /jroxsessr. pendant et après l'accouchement; Arc/i., 1828, lre série, t. XVI, p. 489.

(5) Mauriceau, Traité des ae,<,vcheinents. t. II, p. 214, obs. 4M,

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Dans une autre observation de Mauriceau (\), on voit l'hémiplégie se déclarer à la suite de l'aecouelieiueut.

Le Mémoire de Ménière contient une observation recueillie par l'auteur à la Maternité de l'Hôtel-Dieu d'Angers. 11 y est fait mention d'une épileptique qui fut frappée d'hémiplégie droite au sixième mois de sa grossesse. I/autopsie révéla une hémorrhagie du corps strié gauche et de la couche optique du même côté (2).

Ménière rapporte encore une observation recueillie à l'Hôtel-Dieu par Schedel, et relative à une hémiplégie gauche survenue pendant le travail de l'accouchement. L'hémorihagie cérébrale constatée à l'autopsie est rattachée par l'auteur aux congestions dont l'encéphale a pu être le siège par suite des ell'orts de l'accouchement.

Puzos (3) nous a laissé une observation d'hémiplégie par apoplexie au quatorzième jour découches. La malade guérit, mais la paralysie ne disparut pas complètement.

Imbert-tiourlieyre [If] rapporte une observation attribuée à Morgagni, bien qu'elle ne se trouve pas dans son livre, observation dont le sujet est une femme de vingt-quatre ans. qui fut happée d'hémiplégie du coté droit, au sixième mois de sa grossesse, avorta et mourut une demi-heure après. A l'autopsie, on trouva dans la substance de l'hémisphère droit une cavité ayant au moins deux doigts de profondeur et remplie par un caillot de sang.

Une observation recueillie à la clinique de la Faculté, dans le service de Paul Dubois, tend à piouver que l'apoplexie encéphalique dans l'état puerpéral n'est pas une affection purement accidentelle, et qu'elle peut s'expliquer soit par les modifications que la grossesse imprime à l'organisme, soit par celles qui résultent du travail de l'enfantement.

Il s'agit d'une femme de vingt et un ans, atteinte d'hémiplégie gauche quelques heures après un accouchement régulier et à terme. Les lochies qui s'étaient suspendues lors de l'accident reparurent le troisième jour, et à dater de ce moment tous les symptômes de paralysie s'évanouirent sous l'influence de la sécrétion laiteuse. Guérison parfaite (.)).

Il résulte de l'ensemble des citations qui précèdent que l'apoplexie joue un rôle assez important dans la production des hémiplégies puerpérales. Mais l'apoplexie relève-l-elle directement de l'état puerpéral, ou bien faut-il la considérer comme une circonstance toute fortuite et indépendante de ce dernier?

Si l'hypertrophie du ventricule gauche du cœur chez les femmes enceintes

(1) Mauriceau, /oc. cit., t. II, p. 613, obs. 625.

(2) Ménière, loc. cit., p. 494.

(3) Puzos, Mémoire sur les dépôts laiteux, p. 139.

(4) Imbert-Gourbeyre, Des parai, puerp. Palis, 1861, p. 37.

(5) Paul Dubois, B>ill. de th., 1843, t. XXV, p. 143,

était un fait à l'abri de toute contestation, ces hémorrhagies cérébrales ne devraient nous causer aucune surprise. Mais les recherches cliniques et cadavériques auxquelles je me suis livré à cet égard m' ayant conduit à des résultats très-différents de ceux qu'ont obtenus quelques praticiens, il ne me paraît pas qu'on puisse invoquer avec Ménière l'hypertrophie cardiaque, dite physiologique des femmes grosses, comme cause des apoplexies puerpérales.

La gène de la circulation et les poussées sanguines vers la tête si fréquentes pendant la grossesse, les congestions dont les parties supérieures deviennent le siège pendant le travail de l'accouchement, me paraissent suffire pour explique)1 les hémorrhagies cérébrales qui peuvent survenir chez les femmes enceintes et en travail.

Quant aux apoplexies qui se produisent dans l'état de couches, une observation de Yirchow conduirait à penser que certaines thromboses vasculaires cérébrales peuvent en devenir la cause efficiente.

11 est question, dans ce cas, d'une femme de vingt-quatre ans, atteinte d'hémiplégie gauche dix jours après un accouchement par le forceps, pendant lequel elle avait perdu beaucoup de sang. Mort deux jours après.

Outre une thrombose placentaire et pampiniforme, il y avait à l'autopsie une thrombose considérable de la veine arachnoïdienne sur l'hémisphère cérébral droit avec prolongation dans le sinus longitudinal. Comme conséquence de cette oblitération, une grande partie du cerveau était œdémateuse et farcie d'ecchymoses ponctuées.

Selon Wirchow, la thrombose arachnoïdienne est apparue comme conséquence de l'anémie et de la faiblesse consécutives à l'hémorrhagie puerpérale (1).

Anémie. — Quoique très-rares, les paralysies par dyscrasie anémique sont connues depuis longtemps.

Galien note la paralysie parmi les nombreux symptômes qui accompagnent les grandes pertes de sang.

Storck (2) cite l'observation suivante : « Femina ex nimia uteri haemorrhagia apoplexia deprehenditur, et latus dextrum paralysis occupât, et post très horas inter convulsiones accedit mors. »

Gorter avait déjà dit : « Intelligimus inde cur ex lochiis nimiis profluentibus, aliisque evacuationibus quandoque paralysis. » (3).

Dans une lettre écrite à Charles Bell, Ley a rapporté deux observations d'hémiplégie puerpérale qu'il considère comme étant la conséquence des hémorrhagies utérines qu'avaient éprouvées les malades pendant la vie

(1) Wirchow, Monaschr. fur geburtskunde, 1838, t. II, p. 409. — Yerhirndiïmg des Gesalsch. fur Geburtskunde. Sitsung von 9 mars 1858.

(2) Storck, Annus medicus, Amstelod., 1779, t. I, p. 129. i,3) Gorter, Compendtum medicinœ, Patavii, 1751.

(4) Bell, On ihe nerves, app. n° 85.

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Sans contester la réalité des hémiplégies par dyscrasie anémique, il nous est impossible de ne pas faire remarquer l'extrême rareté de cette variété de paralysie, surtout si on la compare à l'extrême fréquence des deux causes d'anémie que ces observations tendent à mettre en lumière, à savoir, les hémorrhagies utérines après la délivrance, et l'inanition consécutive à des vomissements presque continuels pendant la grossesse. Il est à croire que les causes de paralysie anémique ne sont pas bien puissantes et que, pour produire leurs effets, elles ont besoin de rencontrer une constitution très-favorablement disposée au développement de cette affection.

Si l'on analysait avec une grande rigueur les deux observations de Ley, on pourrait aller jusqu'à contester l'influence de l'anémie dans chacun de ces cas. Dans l'un, en effet, il n'y eut pas d'autopsie, ce qui laisse une grande incertitude sur la cause de la mort et de la paralysie. Dans l'autre, les lésions cadavériques militent plutôt en faveur d'une méningite que de tout autre cause pathogénique.

Empoisonnement puerpéral. — Quand on voit l'empoisonnement puerpéral présider au développement d'un si grand nombre de tocopathies, on se demande pourquoi le même principe toxique n'entrerait pas pour une certaine part dans la genèse des hémiplégies puerpérales.

Si cette cause n'est pas la plus fréquente, elle est à mes yeux une des mieux établies. On peut révoquer en doute les hémiplégies puerpérales par dyscrasie anémique, mais les hémiplégies toxicohémiques nous semblent à l'abri de toute discussion. Les conditions spéciales dans lesquelles elles se produisent, les phénomènes généraux qui les accompagnent, les lésions nombreuses révélées par l'autopsie quand elle a lieu, démontrent clairement la nature de la cause à laquelle il faut rattacher cette variété d'hémiplégie puerpérale.

Je n'en citerai que deux exemples empruntés à la thèse de Témoin (1).

Le premier est relatif à une fille de vingt-trois ans, atteinte dix jours après son accouchement de symptômes généraux graves : frissons, fièvre, céphalalgie, nausées, vomissements, etc., bientôt suivis d'une hémiplégie gauche et d'une paralysie du moteur oculaire commun du côté droit. L'autopsie révéla un abcès du cerveau, une méningite purulente, un abcès du poumon gauche et une suppuration des sinus utérins.

Le second fait nous montre une tille de vingt et un ans, prise deux jours après un accouchement naturel d'accidents généraux accompagnés d'une encéphalopathie, bientôt suivie d'une paralysie du côté gauche, et deux jours après, de mort. A l'autopsie : phlébite utérine, phlébite des veines des membres inférieurs, phlébite cérébrale, apoplexie cérébrale, apoplexie pulmonaire, pleurésie purulente, péritonite.

(1) Témoin, La Maternité de Paris en 1859. Tlahe. Paris, 1860, obs, 1 et l3} pp, 18 et 73.

Action réflexe. — Le développement de l'utérus par le produit de la conception, les lésions dont les organes génitaux internes peuvent devenir ic siège après l'accouchement sont susceptibles de déterminer des paralysies que Whyt et Prochaska appelaient autrefois xi/uipatha/ats, que (.raves a qualifiées de paralysies i! origine périphérique, que les auteurs modernes avec Brown- Sequard désignent sous le nom de paralysies ir/lexus. L'irritation périphérique déterminée par cet ordre de causes se propage aux centres nerveux, d'où elle est renvoyée sur les nerfs de certaines régions, de manière à produire des manifestations morbides analogues à celles qui résulteraient d'une altération directe de l'organe nerveux central.

Los troubles nerveux si multipliés auxquels donne lieu l'acte physiologique de la gestation nous permettent de comprendre qu'il puisse y avoir des hémiplégies sympathiques chez la femme enceinte, comme il y a, dans ces Blêmes conditions, des vomissements sy inpatliiques, des névralgies sympathiques, des manies sympathiques, etc. Sous l'influence de l'irritation périphérique, il y a atteinte directe portée à l'excitabilité de la moelle, épuisement de cette excitabilité par une excitation continue, et par suite ce que Jaccoud appelle nérrahjie ou paralysie nêvrolytîque.

Lever a cité le cas d'une hémiplégie croisée qui se répéta pendant plusieurs grossesses successives et qui guérit chaque fois après l'accouchement (1).

Le même auteur a fait connaître un cas d'hémiplégie droite au septième mois de la grossesse, hémiplégie qui persista jusqu'il l'époque de l'accouchement, et disparut alors pour se reproduire dans le cours d'une grossesse ultérieure. Guérison après la délivrance (2).

Crosse de Norwich a publié un cas d'hémiplégie pendant la grossesse, avec rétablissement complet cinq mois après l'accouchement (3).

On trouve dans un journal allemand, Ibjgea (t. XX1I1, p. 131;, une observation qui tendrait à faire admettre que l'état de couches proprement dit peut, comme la grossesse, donner lieu à des paralysies par excitation périphérique.

Il y est fait mention d'une femme de vingt-trois ans, accouchée heureusement et dont les lochies se supprimèrent le quatrième jour.

Cinq jours après, douleurs de tète névralgiques, suivies d'une attaque d'apoplexie, avec paralysie du bras et de la jambe du côté droit. Dès le second soir, elle meut un peu la jambe. Trois jours après, elle remue le bras et la jambe. Guérison complète.

Bien que le mot apoplexie ait été prononcé dans cette observation, il y a lieu de croire qu'il s'agissait là bien moins d'une apoplexie réelle que d'un épuisement de l'excitabilité nerveuse par le fait de l'accouchement, et ce qui

(1) Lever, Guy's Hospital Reports, 1847, vol. V, p. 12.

(2) Lever, /oc. cit., p. 18.

(3) Crosse de Norwich, Cases in midwifery, p. 164.

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nous porte à le croire, e'esl la rapidité extrême du rétablissement. Ce n'est pas là le processus habituel de l'apoplexie vraie. Remarquons, de plus, que la guérison a été complète.

Stokes a communiqué à Churchill (1) un cas d'hémiplégie gauche survenue pendant la grossesse à la suite de mauvais traitements, et suivie de guérison après l'accouchement . Ces détails de l'observation, que je regrette de ne pouvoir itupiinier ici, prouvent qu'il ne s'agissait pas d'une paralysie trauinatique, mais d'une paralysie consécutive au chagrin que la malade avait ressenti d'un changement malheureux dans les habitudes de son mari.

De L'exposé 'lue nous venons de faire des causes de l'hémiplégie puerpérale, il ressort qu'on peut, en tenant compte des dilVérenles conditions dans lesquelles cette affection se produit, admettre cinq variétés principales, à savoir : l'hémiplégie par albuminurie éelamptique ou non éclamptique, l'hémiplégie apoplectique, l'hémiplégie par dyscrasie anémique, l'hémiplégie par intoxication puerpérale et l'hémiplégie réflexe ou par excitation périphérique. Tâchons <L' esquisser les caractères distinetil's de chacune de ces variétés.

Hé>irii>l><ii<- par albuminurie <<lamptiqut ou non éclamptique. — Pour établir les différentes modalités de l'hémiplégie puerpérale et faire connaître la physionomie propre à chacune d'elles, il va de soi qu'il ne faut pas s'adresser aux phénomènes paralytiques proprement dits, mais à toutes les circonstances qui se groupent autour de ces phénomènes, circonstances relatives aux complications de la maladie, à sa durée, à son pronostic et à son traitement.

C'est surtout par ses accidents précurseurs et ses concomitances que l'hémiplégie albuminurique se distingue des autres variétés d'hémiplégie puerpérale.

Indépendamment de l'anasarque et de l'albuminurie qui ont pu exister pendant la grossesse, les malades se plaignent, plus ou moins longtemps avant l'explosion des manifestations paralytiques, de céphalalgie frontale, de troubles de la vue, de tintements d'oreille, de gène dans la parole ou dans l'acte de la déglutition. Puis les convulsions surviennent, et c'est après les attaques convulsives que l'hémiplégie se déclare. En même temps que la paralysie d'un côté du corps, on constate souvent la surdité, l'amaurose, le prolapsus de la paupière supérieure, la paralysie d'un côté de la face.

Un autre caractère de l'hémiplégie éclamptique, c'est de disparaître avec la cause qui lui a donné naissance, c'est-à-dire avec les symptômes albuminuriques et éclamptiques. Mais quelquefois aussi elle passe à l'état chronique et devient permanente.

Comme l'albuminurie éclamptique, l'hémiplégie qui relève de cette cause peut se terminer par la mort. Mais plus souvent encore, ainsi que le prouve l'ensemble de nos observations, les malades ont guéri.

Ce rétablissement de la motilité et de la sensibilité dans les membre» para-

l) Churchill, Alnl, du* fçmmttf, trati. franc. Parie, 181)6, p. 1118.

lysés s'est généralement effectué dans un espace de temps assez court, quelques semaines ou quelques mois au plus.

Nous renvoyons, pour le traitement de cette forme d'hémiplégie, à ce que nous avons dit du traitement de l'éclampsie albuminurique.

Hémiplégie apoplectique . — Tandis que l'hémiplégie albuminurique s'annonce presque constamment par un certain nombre de phénomènes prodroniiques, œdème, albuminurie, céphalalgie, troubles de la vue, etc., l'hémiplégie apoplectique a pour caractère principal de débuter brusquement, sans symptômes prémonitoires. Dans une observation de Ménière, il est vrai, nous voyons plusieurs attaques épileptiformes précéder l'apparition de la paralysie, mais l'autopsie a démontré dans ce cas, outre les lésions de l'hémorrhagie cérébrale, l'existence de granulations cartilagineuses dans la protubérance annulaire, c'est-à-dire d'une lésion ancienne et antérieure à l'apoplexie. La soudaineté de l'invasion paralytique constitue donc un premier caractère de l'hémiplégie apoplectique.

En second lieu, la manifestation de l'hémiplégie s'accompagne de certains symptômes propres à l'apoplexie, tels que le stertor, l'abaissement des paupières, la déviation d'une des commissures labiales, la dilatation des pupilles, etc.

La mort a eu lieu trois fois sur sept, c'est-à-dire plus fréquemment que dans l'hémiplégie albuminurique. Chez la malade de Morgagni, l'issue fatale eut lieu subitement.

Le rétablissement des fonctions se produit lentement dans les membres paralysés. Il paraît avoir été assez prompt chez la malade de Paul Dubois. Mais il a mis dix-huit mois à s'effectuer chez l'accouchée de Mauriceau. La paralysie a été persistante dans le cas observé par Puzos.

La saignée, les applications de sangsues aux apophyses mastoïdes, les révulsifs sur la peau et sur le tube digestif sont les premiers moyens qu'il convient de diriger contre l'hémiplégie apoplectique. Si les lochies sont supprimées comme dans le cas recueilli à la clinique de la Faculté, on tentera de les rappeler par des sangsues appliquées à la vulve, des sinapismes aux membres inférieurs, des injections vaginales stimulantes avec l'alcool ou le chlorure de chaux ; puis, quand on aura triomphé des accidents, on aura recours à tous les agents thérapeutiques susceptibles de réveiller la sensibilité et la motilité dans les membres paralysés.

Hémiplégie anémique. — Nous n'essaierons pas de tracer les caractères de cette variété de paralysie, les observations qui pourraient servir de base à notre description n'étant ni assez nombreuses ni assez nettes pour qu'il nous soit permis même de l'ébaucher.

Hémiplégie par empoisonnement puerpéral. — Les caractères de cette variété d'hémiplégie puerpérale sont aussi tranchés au point de vue anatomique qu'au point de vue symptomatique.

Sur les malades qui succombent à celte terrible affection, l'autopsie révèle

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les lésions les plus graves qui ressortissent à l'empoisonnement puerpéral, la phlébite des veines et des sinus utérins, la phlébite pelvienne, la phlébite des membres inférieurs, la péritonite généralisée, la pleurésie purulente, les abcès du poumon et en particulier des suppurations uniques ou multiples de la substance cérébrale.

Pendant la vie, des frissons répétés, plus ou moins longs, plus ou moins intenses, annoncent le début de la maladie. Puis des douleurs se déclarent dans la région sous-ombilicale, qui s'apaisent ou se développent, suivant que la phlébite utérine s'accompagne ou non de la phiegmasie du péritoine. En même temps les traits s'altèrent, la fièvre redouble d'intensité, la langue se sèche, des vomissements ou de la diarrhée surviennent; il y a de la céphalalgie, des soubresauts de tendons, de la carphologie, du délire. La toux, une expectoration visqueuse et mêlée de sang noir, l'accélération de la respiration, parfois même des accès de suffocation indiquent le travail de suppuration qui s'accomplit dans le poumon ou la plèvre. Enfin, on voit survenir au milieu de phénomènes ataxiques plus ou moins prononcés, la paralysie d'une moitié du corps, accompagnée ou non d'autres accidents paralytiques, tels que l'embarras de la parole, le ptosis de l'une des paupières supérieures, etc.

La mort suivant toujours de près ces manifestations de l'infection purulente, il n'y a guère de place au milieu d'une aussi redoutable série d'accidents pour les efforts de la thérapeutique. Le lecteur devra se reporter au traitement de la phlébite et de l'infection purulente.

Hémiplégie par action réflexe. — L'hémiplégie puerpérale réflexe ou par excitation périphérique n'a pas de caractères qui lui soient propres comme les variétés d'hémiplégie précédentes. Elle ne se différencie que par l'absence des conditions au milieu desquelles naissent et se développent les autres formes d'hémiplégie puerpérale. C'est toujours parce qu'il est impossible de rattacher l'hémiplégie, soit à une albuminurie, soit à une éclampsie, soit à une apoplexie, soit à une dyscrasie anémique, soit à l'empoisonnement puerpéral, que l'on est conduit à admettre une action réflexe. Plus on fera de progrès dans la connaissance des lésions qui déterminent les paralysies, plus on limitera le nombre des paralysies réflexes. Toutefois il nous parait qu'une place devra toujours être réservée à l'excitation périphérique parmi les causes qui peuvent donner lieu aux paralysies dans l'état puerpéral.

Parmi les caractères qu'on pourrait assigner aux hémiplégies puerpérales par action réflexe, nous signalerons leur peu de gravité, leur tendance à disparaître après l'accouchement, mais aussi la possibilité d'une récidive pendant les grossesses ultérieures. La mort est rarement la conséquence de cette variété de paralysies, mais quand elles se sont répétées pendant plusieurs grossesses successives, il y a lieu de craindre qu'elles ne deviennent permanentes ou qu'elles ne s'accompagnent de démence ou d'aliénation mentale, ainsi que cela a eu lieu chez la malade de Wepfcr qui a fini par mourir folle.

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