‹ Traité clinique et pratique des maladies puerpérales suites de couches [electronic resource]Chapitre 81 sur 136 · II. — Folie des femmes en travail · texte numérisé non relu

II. — Folie des femmes en travail

Velpeau a dit, dans son Traité des accouchements : « La pression éprouvée pendant le travail par les gros troncs vasculaires et nerveux du bassin, ainsi que par l'aorte, produit des changements tels dans la circulation et l'innervation, que les congestions et les excitations cérébrales n'ont rien de surprenant. » Ajoutons que l'agitation et les angoisses de la femme en travail au moment des douleurs les plus violentes de la période d'expulsion peuvent être poussées assez loin pour provoquer des conceptions déliranles ou des manifestations convulsives.

11 n'est pas rare de voir dans le paroxysme de ces douleurs certaines femmes s'emporter contre le médecin qui les assiste, se répandre en imprécations, soit contre le père de leur enfant, soit contre l'enfant lui-même, porter les mains à leurs parties génitales comme pour en extraire le fœtus, demander à tout prix la terminaison de l'accouchement, témoigner en un mot par leurs actes et leurs paroles du trouble que le travail de l'enfantement a jeté dans leurs facultés affectives et intellectuelles.

J'ai donné des soins à une jeune femme qui, à son premier accouchement, se leva précipitamment de son lit de misère pour se jeter par la fenêtre, et ne dut son salut qu'à la rapidité et à la vigueur avec lesquelles on réussit à la retenir. Osiander a observé à Strasbourg une femme pléthorique qui, au milieu des douleurs de l'accouchement, demandait à grands cris qu'on lui ouvrit le ventre, et s'était même procuré un couteau pour exécuter ce projet.

.lorg, dans son livre sur lu responsabilité morale des femmes grosses et des nouvelles accouchées (1), cite le cas d'une négresse, qui, saisie de délire au milieu d'un travail long et douloureux, s'ouvrit le ventre, fit l'extraction de l'enfant et finit par guérir.

Cazeaux, dans son Traité d'acr.ouihemeids, rapporte le fait suivant : « Après un travail assez prolongé et les plus horribles souffrances, une jeune dame cesse tout à coup de se plaindre, prend un visage riant, et, après quelques phrases incohérentes, chante à pleine voix le grand air de Lucie. Une saignée suivie de l'application immédiate du forceps rétablit le calme. Le délire ne s'est pas reproduit. »

Une analyse attentive des cas de folie pendant le travail permet de les diviser en deux catégories distinctes.

Dans l'une, les actes et les paroles, motivés par les douleurs de l'enfantement, se rapportent logiquement à leur point de départ (Marcé). Dans l'autre,

(1) Jôrg, Sur la responsabilité murale des femmes gros s ri et des nouvelles (vcourhéca. Berlin, 1837, p. 327.

il y a incohérence complète des actions et des paroles ; les malades n'ont nullement conscience de leur état, et l'on ne saisit, dans leurs manifestations délirantes, rien qui mette sur la voie de la cause physique ou morale qui a déterminé le délire.

La première forme est de beaucoup la plus commune ; et il est peu d'accoucheurs qui n'aient eu occasion d'en observer des exemples. La seconde forme est assez rare pour que des praticiens très-répandus n'en aient pas, dans un laps de temps assez long, rencontré un seul cas.

Quelle que soit la forme affectée par la folie des femmes en travail, elle doit être considérée comme le résultat d'une action réflexe. L'énergie des contractions utérines pendant la période d'expulsion détermine une excitation des nerfs sensitifs de l'utérus, laquelle est transmise à la moelle et communiquée à l'encéphale. C'est presque toujours, en effet, au moment des plus vives douleurs, que se produisent les manifestations délirantes.

Montgomery a rapporté quelques cas de délire survenant au milieu d'un travail régulier au moment où la tète de l'enfant franchit le col utérin (1).

Quelquefois, le délire éclate au moment de l'expulsion du placenta, ainsi que Hencke, cité par Weill, en a publié un cas dans le Journal de médecine lé<jale.

Dans son deuxième Discours sur la folie, 1807, p. '25, Prost a cité le cas d'une femme chez laquelle le délire paraissait lié à une affection vermineuse. Pendant le travail, la malade, ayant rejeté en vomissant trois lombrics, recouvra aussitôt après sa raison, et l'accouchement put être terminé.

En général, la délivrance suffit pour mettre un terme à la folie des femmes en travail. Helme, dans un travail lu à l'Académie de médecine en 18ZiO, a fait connaître l'observation d'une jeune dame chez laquelle la rupture des eaux de l'amnios a amené instantanément le même résultat.

Toutefois, il est des cas dans lesquels on a vu le délire survivre à la délivrance, mais alors sa durée ne dépasse pas un petit nombre de jours, et rarement il se transforme en manie, klug rapporte le cas d'une paysanne de trente-quatre ans, qui, admise à l'hôpital de Berlin, se livra pendant le travail à son humeur acariâtre et emportée, et accabla d'injures les personnes qui l'entouraient. Après l'accouchement, qui dut être terminé parle forceps, elle se jeta sur son enfant pour l'étrangler. Cet état d'agitation dura quelques heures, puis la malade se remit tout à coup comme, si elle sortait d'un rêve, demandant à sa gardienne des explications sur ce qui s'était passé.

En présence d'un accès de folie survenant pendant le travail, le rôle du médecin doit se borner à surveiller la malade, à prévenir les actes fâcheux auxquels son étal mental pourrait l'entraîne]', à s'abstenir de toute intervention si l'accouchement est naturel ; mais, si le travail, en se prolongeant, aggravait d'une manière inquiétante les désordres cérébraux, il ne faudrait pas

(1) Montgomery, Dublin Journ. of med. se, mars et mai 1834.

hésiter à le terminer par la version, le forceps ou la rupture des membranes suivant les indications.

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