ÉRYSIPÈLE
Quoique rangé par nous clans la catégorie des maladies accidentelles, 1 ci ysipèlc des femmes en couches peut relever de l'empoisonnement puerpéral.
Quelques auteurs anglais n'admettent aucune différence de nature entre la fièvre puerpérale et l'érysipèle. Nunneley, dans son travail sur l'érysipele, considère les deux maladies comme identiques (1).
Hutchinson a observé la fièvre puerpérale et l'érysipèle chez la même malade. Churchill a constaté que les enfants des femmes atteintes de fièvre puerpérale sont sujets à l'érysipèle ou aux inflammations diffuses (2). Ce même auteur ajoute que l'infection transportée d'un malade atteint d'érysipèle à. une femme en couches peut lui communiquer la fièvre puerpérale.
En France, Pihan-Dufeillay, dans un article intéressant sur les rapports qui existent entre l'érysipèle épidémique et la fièvre puerpérale (3), conclut de l'identité de cause qui produit ces deux affections à l'identité de nature.
Ces idées sont trop conformes aux doctrines que j'ai développées dans ce livre pour que je les conteste. Je crois que la cause toxique qui détermine la phlébite ou la péritonite puerpérale peut, suivant certaines modalités épidémiques, engendrer l'érysipèle. Or, dans les cas où l'érysipèle a été déterminé par la pénétration dans l'organisme du poison puerpéral, on concevra sans peine qu'une femme devenue érysipélateuse par l'action de cette cause, puisse infecter ou contagionner d'autres accouchées, qui prendront alors, suivant leur prédisposition, telle ou telle autre maladie puerpérale. Mais d'une autre part j'admets aussi que l'érysipèle peut éclater chez une femme en couches d'une manière tout à fait accidentelle, c'est-à-dire sous l'influence des causes générales qui produisent cette maladie en dehors de la puerpéralité.
En dehors de ces influences générales, il est quelques causes locales sur lesquelles il importe d'appeler l'attention.
On sait combien sont fréquentes, à la suite de l'accouchement spontané,
(1) Nunneley, Treatise on the nature, causes and treutment of erysipelas. London, 1841.
(2) Churchill, Mal. des femmes, 1866, p. 971.
(3) Pihan-Dufeillay, Union médicale, 24 août 1861,
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les déchirures de la face interne des grandes et petites lèvres et notamment de l'angle inférieur de la vulve. Ces solutions de continuité, incessamment baignées par des lochies abondantes et fétides, et par conséquent irritantes au premier chef, prennent facilement l'aspect soit gangréneux, soit diphthérique, et l'on conçoit dès lors qu'elles puissent donner naissance àl'érysipèle. Il va de soi que cet érysipèle aura pour siège les parties voisines de son point de départ, c'est-à-dire les fesses, les hanches, la région inguinale, la partie supérieure des cuisses, etc.
La phlébite des membres inférieurs, soit superficielle, soit profonde, peut aussi donner lieu à des érysipèles de ces parties chez les femmes en couches.
Dans mon travail sur l'érysipèle puerpéral (t), j'ai rapporté plusieurs exemples de l'action de ces diverses causes.
J'ai fait connaître un cas dans lequel une angine légère parait avoir occasionné le développement d'un érysipèle de la face.
On conçoit que ces angines qui s'accompagnent de la production de mucosités abondantes et tenaces dans la gorge, angines très-fréquentes dans l'état puerpéral et depuis longtemps d'ailleurs signalées par Doublet, deviennent souvent chez les femmes en couches le point de départ d'un érysipèle de la face. Aussi ne doit-on jamais négliger, lorsqu'on se trouve en présence d'un érysipèle de cette région, d'examiner le pharynx et d'interroger les antécé dents de la malade au point de vue de cette cause locale.
Un eczéma impétigineux du nez, des oreilles ou du cuir chevelu est parfois aussi le point de départ des érysipèles de la tètè. Je donne en ce moment mes soins à une jeune dame, fille du directeur d'un de nos établissements hospitaliers, qui a été prise quinze jours après son accouchement d'un érysipèle de la face. Cet érysipèle reconnaissait manifestement pour cause un impétigo de l'orifice antérieur des fosses nasales. 11 s'étendit de la face à presque toutes les autres parties du corps, et dura environ trois semaines, laissant après lui une grande prostration dont la malade a beaucoup de peine à se remettre, bien que trois mois entiers se soient déjà écoulés depuis l'époque de la parturition .
D'autres fois, c'est une blépharite qui donne naissance à l'érysipèle facial, ainsi que je viens d'en voir un exemple chez une femme que j'ai placée comme nourrice chez une de mes clientes.
Je pourrais citer également des faits de stomatite aphtheuse ou niercurielle ayant donné lieu chez des femmes en couches à l'érysipèle de la face.
Toutes les formes qu'on observe dans l'érysipèle classique peuvent se rencontrer dans l'érysipèle des femmes en couches. Le Mémoire que j'ai publié en 1865 sur cette question renferme plusieurs observations très-détaillées des formes phlyeténoïde, phlegmoneuse et même gangreneuse.
Ces observations prouvent que la maladie locale s'accompagne i'réquem-
(1) Hervieux, Gaz. mèd., 18G5.