‹ Traité clinique et pratique des opérations chirurgicales (volume 2)Chapitre 117 sur 141 · VEINEUX · texte numérisé non relu

VEINEUX

De la saignée.

L'origine de la saignée remonte aux temps les plus reculés. Plusieurs écrivains de Tantiquité ont dit que c'est à l'exemple de certains animaux que l'homme aurait été conduit à l'emploi de ce moyen. Pline le naturaliste raconte comment l'hippopotame se frotte contre les roseaux du Nil, s'y fait des blessures volontaires qu'il ferme en se roulant dans le limon du fleuve.

Quelques-uns ont cru trouver l'origine de la saignée, et en général de toutes les émissions sanguines artificielles, dans les piqûres de sangsues faites accidentellement aux animaux. Cette dernière version serait plus vraisemblable.

Il est beaucoup plus probable que les hommes, soit dans les combats, soit à l'occasion de blessures accidentelles ou d'hémorrhagies spontanées naturelles 'qui guérirent quelques maladies, eifrent bientôt remarqué qu'on pouvait ouvrir, sans danger pour la vie, quelquefois même avec avantage pour la santé des individus, certains vaisseaux bleuâtres, superficiels, dans lesquels il était facile d'arrêter le sang avant leur ouverture et d'y suspendre son écoulement quand on en avait laissé sortir une certaine quantité.

Cette conjecture est d'autant plus admissible que, d'après les écrits des

ver par les contractions musculaires le retour du sang veineux. On peut avoir recours aussi à l'immersion de Tavant-bras dans Teau chaude, à des frictions un peu vives, etc.

Le doigt est un excellent guide pour reconnaître une veine profondément placée et pour juger de son volume, le vaisseau offrant uneiénitence particulière et bien différente de celle du tissu cellulaire.

On s'assure d'abord que les pulsations de la radiale sont sensibles au poignet. S'il n'en était pas ainsi, il faudrait desserrer la ligature.

Ouverture de la veine. — La lancette ouverte à angle droit ou obtus est portée aux lèvres qui la saisissent par son manche, de manière que sa pointe regarde le bras que l'on va saigner. Reprenant alors le bras da malade, qu'il avait abandonné un instant après l'avoir plié à angle droit, l'opérateur le place dans l'extension et fixe la main du malade sous son aisselle gauche, en supposant qu'il s'agisse du. bras droit.

Embrassant alors de la main gauche 'l'articulation du coude dans le point correspondant aux veines du pli du bras, les quatre derniers doigts placés en arrière et le pouce sur la veine pour y maintenir la colonne sanguine, le chirurgien constate de nouveau l'état de la veine et ses rapports avec l'artère, si c'est sur la médiane basilique qu'on opère.

Le talon de la lancette étant saisi entre le pouce et l'indicateur droit, on plonge la pointe de l'instrument par simple ponction dans la veine, puis on relève le poignet pour agrandir la plaie veineuse. Avec une lancette à grain d'orge on peut se dispenser du mouvement d'élévation conseillé par les auteurs.

' La veine doit être ouverte dans le sens transversal avec une légère obliquité.

On juge de la réussite de l'opération par le jet de sang qui s'échappe au moment où l'on retire l'instrument . On élève le pouce gauche qui retenait le sang dans la veine, et l'on se garde bien de le mettre sur la plaie, comme le font certains praticiens dans le but dempêcher que le sang ne s'échappe avant que le vase ne soit convenablement disposé. On risquerait ainsi de produire un thrombus. La lancette est reportée à la bouche pour laisser aux mains toute leur liberté.

Écoulement du sang, — Le premier jet est presque toujours lancé trèsloin, mais il s'affaiblit aussitôt après pour prendre un cours uniforme. Le sang finirait même souvent par couler en nappe, si l'opérateur ne maintenait le parallélisme entre l'incision de la veine et celle de la peau/ et si le malade n'avait soin de tourner dans sa main le lancetier ou la bande qu'on lui a confiés.

Suspension de l'écoulement du sang, — Lorsqu'on a obtenu la quantité de sang voulue, on applique le pouce de la main gauche au dessous de la petite plaie ; on dénoue la bande qui suspendait la circilation veineuse.

On tire obliquement la peau pour détruire le parallélisme entre la solution de continuité de la peau et celle de la veine ; on nettoie la peau avec une épopge imbibée d'eau tiède, et Ton procède au pansement.

Pansement de la saignée. — Une petite compresse carrée sècbe étant appliquée sur la plaie, on la soutient par deux ou trois compresses semblables placées Tune sur l'autre, et le tout est maintenu parle bandage en 8 du pli du bras.

On recommande au malade de tenir Tavant-bras fléchi, et dans une immobilité complète.

Réouverture de la veine, — Dans le cas où Ton doit faire des saignées coup sur coup, on se contente souvent de rouvrir la plaie déjà faite avec la pointe d'un stylet. C'est là une pratique dangereuse et qui expose à un accident très-grave, la phlébite. Nous croyons donc qu'en pareil cas il vaut mieux ouvrir une autre veine ou saigner le bras du côté opposé.

Obstacles qui s'opposent à l'écoulement du sang après la saignée. — Plusieurs causes peuvent empêcher l'écoulement du sang et donner lieu à ce qu'on appelle une saignée blanche.

i"* Le bandage circulaire placé au dessus de la saignée n'exerce pas une compression assez forte ; la circulation continue dans les veines superficielles et le sang ne coule pas au dehors. Il faut alors resserrer le bandage.

2' La bande exerce une compression trop énergique. La circulation artérielle est entravée et l'écoulement du sang veineux s'arrête. — Desserrez la bande, jusqu'au degré où les battements de la radiale sont parfaitement perceptibles.

3*" La plaie de la saignée est trop étroite. Dès lors le jet devient filiforme et le sang cesse de couler. Agrandir la plaie ou piquer une autre veine.

4"* De petits pelotons graisseux s'interposent entre les lèvres de la plaie. — - Les exciser s'ils débordent le niveau de la plaie ou les refouler avec la tète d'une épingle.

5* n y a défaut de parallélisme entre l'ouverture de la veine et celle des téguments. "*- Placez le bras dans la position qu'il occupait au moment où on y a plongé la lancette et tendez la peau avec le pouce pour mettre exactement en rapport la plaie cutanée et la plaie veineuse.

Accidents consécutifs à l'opération de la saignée. — i" Thrombus. On nomme ainsi l'infiltration sanguine du tissu cellulaire. — Le thrombus se forme en général très-rapidement et rend alors infructueuse toute tentative d'agrandissement de la plaie. — Si le thrombus est peu volumineux et ne fait que commencer, on peut prévenir son développement en rétablissant sur-le-champ le parallélisme entre la plaie de la veine et celle de la peau ou en agrandissant l'ouverture de la veine.

2* Syncope. — Causée par l'émotion du malade, par un sentiment de

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crainte, etc., elle donne souvent lieu à la suspension de récoulement sanguin. — Si toutefois le sang continuait de couler, il Faudrait arrêter la saignée, placer le malade dans la position horizontale, lui jeter de l'eaa froide au visage, etc.

3* Persistance de Vécoulement sanguin, — Quelquefois on éprouve de la difficulté à arrêter le sang, même après que la bande a été enlevée. Il faat rechercher si la constriction exercée pai* les vêtements n'en serait pas la cause et la faire cesser aussitôt.

La persistance de l'écoulement sanguin peut encore dépendre d'une autre cause ; elle peut tenir à l'amincissement extrême des parois de la yeine, lorsque celle-ci, consécutivement à un certain nombre de saignées, se distend et forme une sorte de tumeur variqueuse. On se rendra toujours maître du sang en pareil cas par une compression méthodique.

4* Blessure de V artère brachiale, — Quand la lancette a atteint l'artère, le sang s'échappe avec force ; il est rouge et s'écoule par un jet saccadé.

On a donné le singulier conseil, dans le cas où la plaie artériel le est tro»-petite, de laisser couler le sang jusqu'à production de la syncope ei de comprimer ensuite. Ce moyen a pu certainement réussir ; mais pour plus de sécurité, nous pensons qu'il vaut mieux lier l'artère au dessus et au dessous de la blessure.

5* Phlébite. — C'est un des accidents les plus redoutables qui puissent suivre l'opération de la saignée. L'emploi d'une lancette rouillée, mal ai&lée ou malpropre, la réouverture de la veine, l'irritation de la plaie par une compresse nidc ou des corps gra& rancis, l'exercice prématuré do membre sont autant de causes de phlébite. Il suffit d'indiquer ces causes pour qu'on se mette en mesure de les éviter.

So 8ABg;iiée da pied.

Elle se pratique sur la saphène interne à la hauteur de la malléole, rarement sur la saphène externe qui ne donnerait pas assez de sang.

L'appareil instrumental est le même que pour la saignée du bras ; on y ajoute seulement un bassin rempli d'eau chaude et assez grand pour y faire baigner le pied.

On arrête la circulation veineuse par deux tours de bande. Les deux chefs sont noués en dehors par une rosette simple. On fait plonger dans le bassin le pied sur lequel doit être pratiquée l'opération afin que les veines deviennent saillantes.

Deux ou trois minutes après, l'opérateur assis en face du malade, sur un siège très-peu élevé, saisit le membre convenablement essuyé, place le talon du malade sur son genou gauche garni d'un drap ou d'une serviette.

Il embrasse le pied avec la main gauche, les quatre derniers doigts en

arrière du tendon d' Achille, et le pouce en avant de la malléole et pressant . sur la veine.

La main droite tenant la lancette comme pour la saignée du bras, fait pénétrer Tinstrument dans la veine en ayant soin de ne pas la percer d'outre en outre. Il est rare que le sang s'échappe par un jet continu : le plus souvent il coule en bavant. Le pied est placé dans le bassin et l'on juge par la coloration de l'eau ou par la différence de niveau du liquide, de la quantité de sang qui a été évacuée.

La saignée terminée, on retire le pied, on l'essuie, on détache le bandage cirenlaire, puis on détruit le parallélisme des lèvres de la plaie en* tanée et de la plaie veineuse en tendant obliquement la peau. Quand les bords de la petite solution de continuité ont été exactement affrontés, on la recouvre d'une compresse pliée en plusieurs doubles et l'on maintient le

tout par un bandage en 8.

La plaie guérit généralement moins vite que celle qu'on fait au pli du bras. Tous les accident*^ que nous avons notés comme conséquence de la saignée du bras, moins la blessure de l'artère, peuvent s'y observer.

Il est cependant un accident propre à la saignée du pied et qui consiste dans la rupture de l'extrémité de la lancette sur la malléole,^ lorsqu'on a enfoncé l'instrument trop profondément.

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