‹ Traité clinique et pratique des opérations chirurgicales (volume 2)Chapitre 120 sur 141 · ÉCRASEMENT LINÉAIRE DES VEINES · texte numérisé non relu

ÉCRASEMENT LINÉAIRE DES VEINES

La méthode de l'écrasement linéaire appliquée à la section du tisso Telneux nous a donné des résultats tellement favorables que nous n'bësitoD> pas à considérer le mode d'action de l'écrasement comme étant cequ il;^ de mieux approprié jusqu'ici aux indications à remplir.

Quand on agit sur les vaisseaux gros ou petits, qu'a-t-on à craioda'- Deux choses: l'hèmorrha^c d'une part, de l'autre la phlébite sappurathi et par suite rinfectlon pnnUente. Eh bien, nous pouvons déclarer d'up» manière formelle que ces deux accidents sont absolument conjurés par la méthode de l'écrasement linéaire appliquée aux veines.

La seule condition, dans laquelle des exceptions à cette règle aient été observées, ne se trouve que dans les cas où après Fécrasement Tespin^f ào soudure des parois veineuses produite par l'action de l'écrasenr estdémii«'

OPÉRATIONS SUU LES VEINES. 41 o

s^it par te doigt du chirurgien, soit par toute autre cause mécanique, ainsi que nous en avons eu un exemple i la suite de l'ablation des hémorriioîdos.

Mais partout oti la clôture des vaisseaux n'a pas été détruite soit inteneiùnneilement ^ soit involontairement^ l'immunité contre la phlébite suppurative est absolue et ne comporte pas d'exception.

Cette précieuse immunité suffit à expliquer pourquoi, dans toute espèce d'opération appliquée à des veines, nous substituons, toutes les Tois que les difficultés d'exécution ne s'y opposent pas, récrasement linéaire à la section par le couteau.

Eii^Ktare des veines. — Everard Home et Béclard <Mit eu recours à la ligature des veines variqueuses; voici la description que donne du manuel opératoire M. Briquet, qui a rapporté les résultats obtenus par Béclard :

On fait à la peau, sur le point du membre où le tronc veineux est unique et le plus super6ciel, un pli transversal que Ton incise jusqu'à sa base; on passe ensuite au dessous du vaisseau un stylet aiguillé garni d'un fil; on serre la ligature, puis on coupe la veine immédiatement au-dessous. On peut aussi trancher la peau et la veine d'un seul coup, et lier ensuite le bout inférieur du cordon veineux en le saisissant avec des pinces. Des bandelettes tiennent les lèvres de la petite plaie rapprochées «t le malade doit garder le repos.

M Reynaud, de Toulon, passe au moyen d'une aiguille, derrièi*e les vaisseaux embrassés dans un repli de la peau, un fil dont les deux chefs sont ensuite serrés sur un rouleau de diachylon ou sur une compresse. Chaque jour on ajoute à la constriction de la veille jusqu'à ce qu'on ait prodm't la section complète des parties comprises dans la ligature. •

Vidal a donné le nom A' enroulement à une ligature sous-cutanée faite avec des fils métalliques ; ce procédé opératoire a été principalement appliqué au traitement du varicocèle ; il a le double inconvénient d'exposer aux dangers de l'incision et à ceux de la ligature. (Voyez t. III, art. Varicocèle.)

Caotérisaiion des veines. — La cautérisation a été employée pour la guérison des varices, du varicocèle et des hémorrhoïdes.

Avicenne a décrit un procédé opératoire pour la cautérisation des varices par le fer rouge. Mais cette méthode de traitement des varices est aujourd'hui complètement abandonnée.

Dès le temps de Gelse on avait également appliqué le fer rouge au traitement du varicocèle.

• Enfin on sait que de nos jours ce moyen a été préconisé et mis en usage par M. Philippe Boyer pour la cure radicale des hémorrhoïdes. Nous aurons occasion d'en parler plus longuement dans le troisième volume de cel ouvrage. (Voyez art. Hémorrhoïdes.)

MM. Bonnet, de Lyon, Auguste Bérard, Laugier se sont servis des caustiques pour le traitement des varicasdu membre inférieur.

Bonnet, de Lyon^ produit avec la potasse caustique sur le trajel de U veine une eschare longue de 1 à 3 centimètres, qu'il incise crucialementia bout de quelques jours pour faire une seconde application de potasse caustique qui pénètre jusqu'aux parois de la veine.

Auguste Bérard se servait de la pâte de yienne,dont il appliquait une codche assez épaisse pour atteindre du premier coup les parois des veiœs variqueuses.

M. Laugier se sert aussi de la pâte de Vienne, mais il incise la peaa préalablement, de manière que le caustique arrive plus vite aux parois da vaisseau.

Compression des Teines. — On s'est servi de la compression poQT oonh battre les varices et le varicocèle.

Sanson a essayé d'oblitérer les veines variqueuses des jambes et du cotdon au moyen d'une sorte d'agrafe ou de pince qui ne devait pas portersor la veine elle-même, mais sur un pli cutané dans lequel le vaisseau se trouvait compris. Malheureusement ce genre de compression ne jouit d'aocuiie eflScacité.

Quant aux pinces imaginées par Brescbet pour la cure du varicooèle, nous apprécierons leur action en temps et lieu.

Aenponctnre. — L'acupuncture a été appliquée au traitement des varices et du varicocèle.

Le procédé de M. Davat pour la guérison des varices par l'acupuncture est le suivant :

Une épingle traversant la peau de part en part est passée sous la veine. Le chirurgien soulève l'épingle par ses deux extrémités, puis, arméd'ane seconde épingle, il traverse le vaisseau à partir de la peau vers les parties profondes, pénètre ainsi au dessous de la première épingle pour traverser de nouveau la même veine des parties profondes vers la peau, de telle façon que les deux tiges métalliques se croisent à angle droit. Un fil passe sous leur extrémité sert ensuite à retenir le tout en place. Les observations de M. Davat prouvent que ce procédé expose à la phlébite.

Nous ne citerons que pour m^poire le procédé de M. Fricke, lequel codsiste en une acupuncture avec selon.

On embrasse le vaisseau dans un repli de la peau et on le fixe avec l'indicateur et le pouce. Puis, avec une aiguille armée d'un fil simple, on le traverse de part en part. Pour être plus sûr d'obtenir l'inflanunalion de la veine, on peut la traverser par deux ou trois sétons.

Quant au procédé de M. Velpeau pour la guérison des varices par l'emploi des épingles, voici en quoi il consiste :

On passe une épingle au dessous de la veine comme dans le procédé de M. Davat, on étrangle le vaisseau et les parties molles qui le recouvrent avec un fil passé au-dessous des deux extrémités de l'épingle ; puis on attend que la constriction ait mortifié les parties étranglées par le fil.

Débridemenft des orifices aponéTrotIqoes trmweruèu par de« Tclnes

YAFiqncoscs. — M. Hërapath se fondant sur ce que les varices dépendent d'un obstacle apporté au cours du sang des veines superficielles vers les troncs profonds, a pratiqué sur un malade le débridement de Taponévrose crurale au point où la veine variqueuse la traversait.

Le malade n'ayant pas été revu après l'opération, cette observation d'ailleurs unique perd toute valeur.

En terminant ce que nous avions à dire des opérations qui se pratiquent sur le système veineux, nous mentionnerons une observation très-curieuse de blessure de la veine azygos, observation que nous avons eu occasion de recueillir pendant notre internat à THôtel-Dieu de Nantes.

Obs. — Plaie pénétrante de poitrine. — Lésion du poumon droit, — Plaie transversale de la veine azygos, déterminant une hémorrhagie mortelle, — Le nommé Jean Petit, 26 ans, sergent-major au 28*de ligne, fut apporté à l'Hôtel- Dieu 'de Nantes vers trois heures de l'après-midi, le 18 février 1827. Dans un duel avec un sous-officier de son régiment, il avait été atteint d'un coup de sabre à la partie latérale droite de la poitrine, un peu au-dessous et en dehors du mamelon. — Je fus appelé près du malade, que je trouvai dans un état presque exsangue ; il avait perdu une abondante quantité de sang, tant sur le lieu même du combat que pendant son trajet à Thôpital. La face était pftie, les lèvres décolorées, l'extrémité du nez froide ; le malade avait eu quelques vomissements. La parole était brève , la connaissance parfaite. Je m'informai si le malade avait toussé et craché du sang. On me dit qu'au moment môme de la blessure, et avant les efforts de vomissement, il y avait eu quelques crachats mêlés de sang et quelques accès de toux ; mais depuis l'instant où le malade fut apporté h VHôtel-Dieu jusqu'au moment de sa mort, je n'observai pas une seule fois ce symptôme. Il n'y avait ni toux ni suffocation imminente, mais la respiration était fréquente; le son était tout à fait mat du côté malade, très-clair du côté opposé; en un mot, les signes se rapportaient beaucoup plus à une perte de sang abondante qu'& une plaie du poumon.

La plaie du thorax pouvant avoir 4 centimètres de longueur, était parallèle à la direction de l'espace intercostal, dans lequel elle était située ; il en sortait du sang, qui s'écoulait en bavant, et dont la quantité augmentait dans l'expiration, ou bien quand on comprimait le côté droit de la poitrine. L'absence de toux et la couleur noire du sang me paraissaient difficiles à expliquer, dans la supposition d'une plaie du poumon ; toutefois, comme l'hémorrhagie était en ce moment l'accident le plus important à combattre, j'appliquai sur la plaie un tampon de charpie, et je le maintins en place pendant près de vingt minutes ; comme, au bout de ce temps, il était un peu imbibé, je le remplaçai par up autre, que je maintins avec les doigts pendant quelques minutes, et que je fixai ensuite à demeure au moyen de bandelettes agglutinatives et d'un bandage de corps.

La nuit se passa sans nouveaux accidents ; mais le lendemain, dans la matinée, les signes d'hémorrhagie intérieure augmentèrent, et le malade expira à onze heures du matin.

Autopsie. — A l'ouverture de la plèvre droite» je trouvai cette membrue remplie par une énorme quantité de sang ; il y en avait plusieurs livres. Le sang était noir et en partie coagulé ; le poumon était aplati, réfugié enque^ae sorte vers la colonne vertébrale ; les lèvres de la plaie ne présentaleot aaome ouverture de vaisseau.

En examinant avec attention la surface du poumon je reconnus que les deiu lobes inférieurs avaient été traversés de part en part par la lame da sabre, eo sorte qu'il existait quatre plaies pulmonaires : une d'entrée et de sortie dafi^ chacun des lobes inférieurs, ayant une direction linéaire transversale, et présentant une agglutination commençante, et qui résista quelque peu aux tnrtions, de telle sorte que je ne les rouvris que par un décollement manHote.

En renversant le poumon en avant, pour le détacher, je découvris UDe pUi« transversale occupant la veine azygos dans le lieu où elle est collée au racbis Cette plaie était largement béante, non-seulement la pointe du sabre avait <&• visé transversalement la veine azygos, mais elle avait encore sillonné asseï profondément Tappareil ligamenteux antérieur; quelques lignes de plus, eileeûi atteint Taorle et pénétré dans la plèvre gauche.

Les cavités du cœur ne renfermaient que peu de sang: tous les organe étaient remarquables par leur décoloration et leur état exsangue*

A Toccasion de ce fait, je ferai remarquer que la veine azygos présente quelque chose de spécial dans ses connexions avec la colonne vertébrale ; elle 5 &t en quelque sorte étalée, de telle façon que, même quand elle est vide, elle if revient point sur elle-même transversalement, mais reste aplatie comme ud' espèce de ruban. Étant adhérente et comme tendue à sa paroi postérieurt, cette veine offre quelque analogie avec les sinus veineux, dont les parois v s'affaissent qu'incomplètement quand le sang qu'ils renfernieat s'est écoulé. Or, je regarde cette condition anatomique comme une des plus désastreuse qu'on puisse imaginer dans les cas de plaie de l'azygos; en effet, les deuxlè^rc de la plaie se rétractent un peu, et la paroi postérieure, continuant à étreéulée sur le racbis,ne permet au corps de la veine aucun retrait sur lui-m^in^* (Voyez, pour de plus amples détails, noire thèse inaugurale sur la fracture du col du fémur. Paris, 1835, p. 76.)

SECTION m

OPÉRATIONS QUI SE PRATIQUENT SUR LE SYSTÈME

Page 1