‹ Traité clinique et pratique des opérations chirurgicales (volume 2)Chapitre 4 sur 141 · H PRÉFACE · texte numérisé non relu

H PRÉFACE

S*il est une source d'études vraiment féconde pour celui que ses goûts conduisent vers la carrière chirurgicale, c'est la pratique des opérations cadavériques, et s'il est un moyen d'être déjà chirurgien avant d'avoir fait beaucoup d'opérations sur le vivant, c'est assurément celui-là.

Peut-être même les chirurgiens qui sont en pleine carrière, ont-ils le tort de ne pas revenir assez souvent à des études d'amphithéâtre. En effet, si imposant que soit le nombre des opérations départies à chacun de nous, je ne crains pas d'affirmer que nous passons quelquefois plusieurs années sans avoir eu à pratiquer telle ou telle opération. Or si nous ne revenons pas, de temps à autre, retremper nos souvenirs à l'exercice cadavérique, ne sommes-nous point exposés à des mécomptes d'exécution en face d'une opération qu'on n'a pas eu occasion de pratiquer depuis longues années. C'est ainsi du moins que je m'explique les hésitations, les tâtonnements dont j'ai été plus d'une fois témoin de la part de chirurgiens d'une habileté réelle et dans le cours de certaines opérations qui ne sont pourtant pas réputées difficiles.

Nous définissons F opération chirurgicale toute action thérapeutique exigeant le secours de la main .

C*est une chose étrange qu'en Angleterre, comme de ce côté-ci du détroit, il n'ait pas été possible, pour désigner la partie de la chirurgie qui a trait aux opérations, de s'entendre sur une dénomination rationnelle et qui ne donnât pas matière à contestation. D'une part on réunit deux mots qui dans leur acception usuelle impliquent une sorte de contradiction : médecine opératoire; d'autre part on accouple deux termes dont l'un est sjmonyme de l'autre : chirurgie opérative. Ici contradiction, là pléonasme. Pourquoi donc n'en pas revenir, pour nos ouvrages, au titre simple et vrai de traité des opérations chirurgicales ?

Dans certaines peinturés scolastiques de ce que doit être le chirurgien, on a énuméré, en tête de ses qualités, l'audace. J'aurais mieux aimé confiance et fermeté. Mais puisque audace il y a, où puise-t-on la véritable audace chirurgicale, celle qui fait nailre les progrès et qui ne s'égare pas en des témérités folles? Ce ne doit être, selon moi^ que dans la sûreté des méthodes qui atténuent l'effet des entreprises audacieuses.

Eh bien, à cet égard, il est trois grandes méthodes chirurgicales 1 celles de Vécrasement linéaire^ du drainage et de Yocclusion^ qui comptent aujourd'hui des partisans nombreux et distingués, et qui sont incessamment à l'état de contrôle et d'expérimentation dans mon service d'hôpital. Ce sont là les bases fondamentales de ma pratique et

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ce seront aussi, j'en ai Tespoir, les trois principaux points de ralliement pour la réforme du traumatisme chirurgical.

Si l'on prend garde, en effet, que par l'emploi de ces méthodes, on réalise des immunités telles que Yabsence des hémorrhagies^ la sujh pression de la fièvre traumatique et de ses nombreuses complications, la diminution dans des proportions inconnues jusqu'ici de Vinfection purulente^ on comprendra que l'édifice thérapeutique de la chirurgie se trouve profondément modifié. Il y a donc là une ère nouvelle à parcourir pour la jeune chirurgie, heureuse si elle sait échapper à la pression que lui impose son respect pour des habitudes séculaires.

Un des grands talents du chirurgien, le plus grand peut-être, celui qu'il puise dans son bon sens et dans l'observation profonde de ce qui l'entoure : c'est l'art de bien juger la portée du traumatisme. J'entends par là le sentiment de ce que peut comporter de traumatisme le malade qu'on doit opérer, la contrée où l'on pratique, l'état hygiénique du sujet, la région du corps sur laquelle on doit agir, en un mot le milieu opératoire dans lequel on se trouve. Quiconque est dépourvu de ce sens du traumatisme^ manque d'une des qualités les plus essentielles au chirurgien, et s'expose à de singuliers mécomptes. Exemple : si» ne prenant conseil que des travaux publiés sur l'ablation de l'ovaire, par les auteurs anglais et américains, un chirurgien croyait pouvoir^ imiter, à Paris, la pratique suivie par nos confrères d'outre-M anche et d'Amérique, il s'exposerait (je ne le sais pas, mais je l'affirme), aux plus cruelles déceptions, parce qu'il aurait méconnu, ou n'aurait pas appris à connaître^ le milieu opératoire dans lequel il pratique. N'en serait-il pas de même de l'opération césarienne ?

Pamii les opérations, il en est dont l'étude exige des manœuvres cadavériques^ il en est pour lesquelles on n'a rien à retirer de ce genre d'exercice» Quelles sont celles qui rentrent dans chacune de ces catégories ?

Vous répondrez à cette question, si, parcourant les salies d'exercices opératoires, vous y voyez faire les ligatures d'artères, les amputations, les résections. On répète sur le cadavre une ligature d'artère, une amputation et surtout une résection. On ne répète pas une opération de hernie étranglée ou une ablation de tumeur.

C'est assez dire quelks sont les opérations qui réclament la présence du livre descriptif à ram{ihithéàtre. Réunir toutes ces opérations dans Un seul volukne, tel devait être le but à atteindre.

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