IV. Mécanifine de ièoTa««iD«Bt linéaire
Quoiqu'il y ait des opérations qui, sans donner lieu à Técoulemcnt du sang, sont aussi dangereuses que les opérations sanglantes proprement dites, il n'en est pas moins vrai que le sentiment général des médecins, et plus encore celui des malades, attache à Tidée d'une opération fuite sans effusion de sang une bénignité relative toute particulière. Les malades acceptent celte idée avec beaucoup moins de répugnance, et c'est là le secret de la faveur extraordinaire qui accueillit la lithotritie, alors qu'elle n'était faite encore qu'avec des appareils très-imparfaits, et quoique, dans cet état d'enfance, elle ne valût certainement pas l'opération de la taille au degré de perfectionnement où celle-ci était arrivée.
Ce que la lithotritie a fait pour une seule espèce de maladie qui , en somme, ne s'observe pas fréquemment, car, du moins en France, les calculs vésicaux ne sont pas communs, nous l'avons tenté pour un grand nombre de lésions chirurgicales, et, en faisant la part des illusions auxquelles nous pourrions être entraîné en faveur d'une méthode dont les applications nous ont déjà coûté beaucoup de temps et de soins, nous avons peine à croire qu'un certain avenir ne soit pas réservé à la méthode de l'écrasement linéaire.
Opérer la séparation des tissus vivants sans eflusion de sang, c est donc le caractère essentiel et le principal avantage de la méthode nouvelle.
Le mécanisme de l'écrasement linéaire doit être étudié sur les parties mortes et sur les parties vivantes.
Dans l'un comme dans l'autre cas, ce mode d'action diffère à l'égaiï! des différents tissus.
Envisagés eu égard aux parties mortes, les phénomènes de circulation et de sensibilité sont nécessairement hors de cause. Il s'agit tout simplement d'examiner la manière dont l'appareil triomphe de la cohésion des parties sur lesquelles on l'applique.
L'écrasement appliqué au tissu de la peau trouve une résistance trèsgrande.
Dans les premières opérations que j'ai faites pour des bourrelets hémorrhoïdaux complètement circulaires et dont le pédicule était entouré par une couche du derme, j'ai trouvé une résistance telle, que pour ne point m'exposera briser l'instrument, je dus recourir dans un cas à la destruction par le fer rouge de tout le bouiTelet étranglé par l'anneau de l'écraseur .
Les membranes muqueuses n'opposent aucune résistance sérieuse à l'action de l'instrument.
TITRE 11. — INCISIONS SËCHES. Vi
L'tkrniaenient linéaire ayaol surUiul pour objet de diviser les tissus
vivants sans effusion de sang, il nous importait beaucoup de connaitre
ma mode d'actioa spécial sur le tiiisu artériel. Voici une expérience que
nous aroDS plusieurs fois répétée :
Si l'on détache une carotide d'Iiomme sur un sujet avancé en âge, ou l>ien la carotide d'un bœuf (car, pour douner au résultat expérimental toute son évidence, il faut que les parois du vaisseau aient une certaine ttpaisseur), et si on la soumet à l'action de l'écrascur, jusqu'à section complète de l'artère, voici ce qu'on observe : les deux tuniques internes, tlivisées lea premiùres, sont plissées et refoulées de manière à former déjà une espèce de tampon qui bouche la lumière du vaisseau. D'autre part, la timique celluleuse, adossée à elle-même, s'ef&le en quelque sorte avant de se détacher complètement, et agglutine tellement ses propres parois l'une à l'autre, qu'il y a Là un second mode d'oblitération ou de fermeture du vaisseau.
Pour que l'expérience réussisse, il faut que l'action de l'écraseur [^'exerce avec une certaine lenteur et
d'une manièro tout à fait c g
gi-aduelle. Si, après l'écrasement artériel, ainsi opéré, on introduit un tube dans l'intérieur de l'ancre et si l'on soufQe avec force, commepourdéboucherl'extrémité sur laquelle a été appliqué l'iuslrumeut, on éprouve une résistance qui
montre jusqu'à quel point a *■'"■ *■ ' '=■ ^
été portée l'occlusion du u «gure » représenW un tronc™ artériel qui a été vnisseau. Dans le plus grand Eoumiu n i mlion de rëciiueur, et ilont ta tunique celnombre des cas, il est im- '"'*"'* '^ "''""■* convertie en une eapùfe de r*lit pro- ., , . , , . lonRcmeut caudal dont le^ parola sont Tortement aiôila-
piissibte a un adulte vigou- unéea.
rcux, et quels que soient les l-a ligure à représente une coupe de la même »rt*re
efforts d'insufflation au'il ''i*'i*ée longitudinalement. - Ij leUre B indique le re-
Ollorts a msiuuaiion qu U ,,^,„„„g„t de» deu» lunlque» internes qui se fait dan»
rassc, de vamcre la résis- une étendue beaucoup plus considérable qu'on ne l'eût
tance opposée par cette ad- pen&é, et qui remonte à l'intérieur du vaisseau i une
I . - . . „ • „:„ , iiauteur de I cenlImMre et demi. — La lettre A dési-
iK-sion toute m.-canique el gne le protonRement caud»! formé par la celluleu^..
qui n'est secondée par au- Les figures e et 7 représentent le résultat d'une coupe
cun acte propre de la vita- '»'" perpendiculairement sur la longueur du vaisseau
,., . , ,^ dans la partie du tronçon correspondante à la rentrée
hte des U38U8. de, ,„„i^„ l„teri«,.
D'une manière générale, on peutdire que l'écrasement lînénire, au lieu d'ouvrir les vaisseaux comme l'iostrumcnl tranchant, vaisseaux qu'il faut fermer ensuite par des liga-
tures ou par tout auti'e moyen, commence par dore hermétiquement et solidement les vaisgeaux avant de les séparer en deux tronçons.
Pour les veines et pour les tissus ëreotiles, le mécanisme ne saurait être identique ; mais Tocclusion mécanique du vaisseau est, pour le moins, aussi forte.
Les tendons, môme les plus volumineux, peuvent être divisés par l'écraseur. Encore est-il nécessaire que la chaîne soit un peu biseautée du côté qui opère la pression.
Il est une expérience qui se renouvelle journellement dans la pratique des hôpitaux et qui milite singulièrement en faveur du mode d'action de l'écrasement linéaire : nous voulons parler de la comparaison qu'on peut faire entre les résultats du traumatisme, suivant qu'il y aëcrasemeni des doigts ou amputation des doigts. — L'amputation adonné lieu bien des fois à des accidents mortels, tandis que les plaies des doigts par écrasement sont considérées par les chirurgiens comme étant généralement assez bénignes.
Nous avons songé un instant à combiner le mécanisme de la percussion avec celui de la pression dans les appareils à écrasement; mais la chose est restée à l'état de projet, et nous croyons qu'une insistance poussée trop loin, et le dé§ir exagéré de reculer les limites d'application de Tëcrasement, auraient pour résultat de dénaturer ce mode précieux d'action chirurgicale et de lui faire perdre plils d'avantages qu'on ne lui ferait gagner de puissance.
Les plaies que produit l'écrasement linéaire ont des caractères particu^^ liers qui ne se rencontrent dans aucun autre genre de traumatisme.
Parmi ces caractères, il faut signaler : 1* le défaut d'aptitude à une réunion immédiate ; 2** l'absence presque complète de suppuration ; 3" la noninoculabilitè des surfaces de section quand elles sont souillées par le virus chancreux ; 4° un amoindrissement dans l'intensité et surtout dans la rapidité d'apparition du molimen inflammatoire. Il résulte de là un trèsgrand avantage dans les conditions du traumatisme. Le retard dans l^actès phlegmasique et suppuratif donUQ tout le temps nécessaire pour la sécré* tion de la lymphe plastique.
Ces caractères que nous venons d'indiquer pour les plaies d'écrasement ne sont jamais plus évidents que quand l'instrument a marché avec beau* coup de lenteur. Du reste, en matière d'écrasement, toutes les fois que la chose est facultative, plus on met de lenteur, mieux cela vaut, quand bien même il serait prouvé qu'en allant très- vile il n'y aura pas d'hémorrhagie ; cette lenteur étant utile encore au triple point de vue de la fer^ meture plus exacte des vaisseaux et cellules écrasés, de Vexsudation déjà commencantede la lymphe plastique, de Y homogénéité des surfaces traumatiques et de la création du tissu de l'écrasement, car l'écrasement crée un tissu propre^ mais qui attend encore son Bichat ou son Kôlliker<