VÉTÉRINAIRE
M. H. BouLEY. — Je demande à la Société la permission de l'entretenir quelques instants d'une nouvelle méthode introduite dans la pratique par le docteur Chassaignac, et dont la chirurgie vétérinaire peut, ce me semble, faire une application utile.
Avant de faire une application clinique de cet instrument ingénieux, j'ai dû rechercher par voie expérimentale, s'il donnerait les mêmes résultats sur les animaux que sur l'homme et par conséquent s'il pouvait ré-
pondre aux mêmes indications ; dans cette intention j'ai pratiqué la castration sur un cheval d'expériences avec Yécraseur, Le testicule ayant été dépouillé de ses tuniques, la chaîne métallique a été enroulée autour du cordon pris en bloc, afin que la constriction s'opérât sur une plus grande masse de tissu et fût plus prolongée. Alors j'ai fait agir l'instrument en ayant soin de mettre pour le côté gauche un intervalle de 30 secondes par cran de la crémaillère et de i 5 seulement pour le côté droit. La section complète de l'un et de l'autre côté a été entièrement exsangue^ la douleur qtii l'a suivie a paru peu intense et le travail de la cicatrice a marché avec une simplicité et une rapidité remarquables sans presque aucun engorgement et avec très-peu de suppuration.
Le résultat final était encourageant. J'attendais que l'occasion se pré* sentât de faire l'application de Vécraseur dans un cas pathologique où elle fût bien indiquée, lorsque cette occasion s'est offerte d'elle-même.
J'avais dans les hôpitaux de l'École un cheval en traitement depuis quelques semaines pour une double épididymi te suppurée. J'avais essayé déjà sur ce cheval, d'éviter la castration en faisant la ponction de la queue de répididyme dans laquelle du pus était rassemblé en quantité considérable. Cette ponction avait produit de chaque côté la sortie d'un pus épais d'assez bonne nature, dont la quantité pouvait être de 4 à 5 centilitres environ. Du côté gauche la tumeur s'afiaissa complètement et finit par disparaître.
A droite un abcès volumineux se forma dans le sac vaginal, et lorsque je rouvris, je reconnus que le testicule était ramolli, et il me fut facile de l'extraire avec la main sous la forme d'une pulpe rougeâtre, encore inodore.
Je voulus attendre pour savoir, si le testicule une fois détruit et extirpe, le travail de la suppuration ne produirait pas la fonte du cordon tuméfié. 11 n'en fut rien ; le cordon et Tépididyme qui y restait appendu, devinrent le siège d'un engorgement volumineux, chaud, douloureux, extrêmement lendd, dont la présence s'accompagna d'une fièvre permanente. Bien que l'animal , qui était d'une vigoureuse constitution , continuât à manger avec assez d*appétit, cependant il était tombé dans un état de maigreur extrême. Son dos voûté, ses flancs rétractés, son poil terne et son état d'abattement, dénonçaient d'une manière certaine les souffrances continues auxquelles il était en proie.
Dans cet état de choses, il n'y avait plus qu'un moyen à tenter pour le sauver : extirper la tumeur inguinale dont la présence entretenait un foyer permanent de douleur et de suppuration abondante.
Ce parti pris, ce me parut une très-belle occasion d'essayer l'application deTécraseur de M. Ghassaignac, Tindication en était parfaite ; il s'agissait de détacher une tumeur volumineuse, très-vasculaire par le fait du travail inflammatoire dont elle était le siège et se prolongeant très-haut dans lu canal inguinal.
L'animal fut en conBéquence abattu 8ur le côté gauche, le membre relevé, comme pour la castration, et ensuite je procédai à risolement de la tumeur de la même manière que lorsqu'il s'agit de risolement dm champignon de castration,* Le cremaster étant fortement adhérent au cordon, je ne cherchai pas à le désunir. Une fois rompues avec le bistouri les adhérences qui existaient, entre le sac scrotal et la partie inférieure du 'cordon, je détachai avec les doigts le tissu cellulaire encore lâche interposé entre le dartos et la tunique érythroïde, et je parvins sans beaucoup de difficulté à isoler, jusqu'à l'orifice inférieur du canal inguinal, la tumeur du cordon dont le volume équivalait à celui d'un bras d'enfant* Gela fait, j'enroulai autour de cette tumeur la chaîne de l'écraseur, et je mis en mou* vement l'appareil, en ayant soin de mettre 30 secondes entre diaquc temps : il fallut 21 minutes pour que la section fût achevée.
Le résultat obtenu dépassa mes espérances. Pas une goutte de sang ne s'échappa du point où la tumeur avait été tronquée, malgré son état d'extrême vascularité.
Le jour de l'opération, l'animal parut assez souffrant, mais les symptômes s'amendèrent rapidement, l'appétit se réveilla, et la plaie prit un boa caractère : tout annonce unrétabUssement complet^et prochain.
Enfin, messieurs, voici un troisième fait que j'ai recueiUi ce matin même et qui prouve l'application utile que l'on peut faire dans notre chirurgie de l'écraseur de M. Ghassaignac. Il s'agit d'une tumeur indurée profondement située dans la partie supérieure du fourreau d'un cheval hongre, et mettant obstacle à la sortie du pénis pour l'éjection de l'urine. Cette tumeur avait en outre l'inconvénienl d'entretenir dans cette région une suppuration des plus fétides.
Pour en faire l'extirpation par les procédés usuels, il aurait fallu au prca* lable inciser le scrotum dans sa partie inférieure. Et l'on sait combien sont difficiles à panser, et lentes à se cicatriser, les plaies faites dans cette région. Je me contentai de tracer un sillon circulaire à la base de la tumeur avec un bistouri convexe, afin de vaincre la résistance de la-peau.Cela fait, la chaîne à écrasement fut enroulée autour de la tumeur, et l'appareil mis en mouvement avec un intervalle de 7 secondes entre chaque mouvement alternatif des leviers. En 5 minutes^ la tumeur était détachée sans une goutte de sang.
Les trois faits que je viens de relaler témoignent de la puissance de l'écraseur de M. Ghassaignac, comme instrument servant à diviser les tissus, et possédant en même temps l'heureux privilège de produiî^e des effets hémostatiques.
Si récraseraent linéaire ne peut être appliqué à cause du temps qu'exige chaque opération par écrasement quand on doit effectuer la castration sur un grand nombre de chevaux en un temps très-court, ce mode d'opération pourra être employé sur des sujets isolés en raison de la tfrs-
fjrande netteté de» plaie» qui en résultent et de la simplicité du travail de la cicatrice, L'éorasement linéaire a en effet tous les avantages de Tincision simple si vantée par Lafosse sans en avoir les redoutables coQséquences, qui soniV hémoirhagie et le séjour, dans les plaies, de caillot» sanguin» volu^ mineux»
La méthode de récrasement linéaire présente des avantages incontes'tables, et que l'on peut pressentir dans les castrations nécessitées par Tétat morbide des testicules, et surtout pour Textirpation des tumeurs que Ton désigne sous le nom de champignonê»
(Combien n'est-il pas préférable de faire tomber séance tenante toute la masse du champignon en faisant une plaie aussi nette que possible, au lieu (l'avoir i^ecours à une ligature difficile à placer, difficile surtout à serrer ttu degré voulu pour produire la mortification des tissus, et qui a toujours le grave inconvénient de laisser séjourner dans les plaies, jusqu'à l'achèvement complet du travail éliminatoire, une masse assez considérable de matière animale en putréfaction, dont la présence peut déterminer des accidents si redoutables? J'ai pour ma fBTi l'e»pérance que, lorsque ôette méthode aura été bien étudiée, ellesesubstituetHi dan» notre pratique à tau» le» procédés actuellement mi» en usage pour la destruction des champignon».
Je crois aussi qu'elle sera très-avantageusement appliquée toutes les fois (|u'il s'agira de détacher de» tumeurs dan» le» cavités profondes^ comme le l'ourf^eau^ le ti»su cellulaire extérieur au rectum^ à Ventrée de la cavité thotaciqucy \^% polype» de» cavités natale». Enfin, messieurs, il y a sur ce sujet des expériences très-intéressantes à tenter, et c'est pour encourager les vétérinaires à entrer dans cette voie, que j'ai cru devoir vous faire dès aujourd'hui cette communication.
M. Delafond pense que cet instrument est appelé à rendre de grands sei*vices à la chirurgie vétérinaire. Il l'a essayé à Àlfort sur des taureaux d'expériences, et les faits qu'il a observés sont coufirmatifs de ceux qu'a obseiTés M. H. Bouley.
M. Delafond pense que Xéerojseur linéaire sera très-utile pour la castration des vaches dont les ovaires sont généralement très-volumineux, et préférable dans ce cas particulier à la pince de M. Charlier ; il en sera de même pour la castration des juments. Il y a, suivant M .Delafond, une série d'expériences très-intéressantes à faire avec le nouvel instrument du docteur Chassaignac.
Nous cmyons également être utile à nos lecteurs en rapportant ici un article intéressant publié par M. Giraud-Teulou dans la Gazette médicale do 1857) article qui renferme, outre une appréciation de la méthode de récrascment linéaire, un exposé du rapport mathématique qui existe entre les pressions développées par Tinsti^ument et sur l'instrument.
« La méthode de récrasement linéaii^c est pratiquement applicable dans loua les Oàé oU les tissus n'offrent pas une trop grande résistance ^
dO PART. 1. -- OPÉRATIONS COMMUNES A TOUTES LES PARTIES.
Expliquons ce que nous voulons dire par trop grande résistance.
Les os, même ceux des doigts, la peau de certaines régions, si elle enveloppe toute la circonférence du pédicule, offrent à l'instrument une résistance ou absolue, ou au moins inquiétante.
L'on s'en rend aisément compte en appréciant l'énorme quantité de frottement développé à l'entrée de la chaîne dans la coulisse. La pressiou, à laquelle ce frottement est proportionnel, est elle-même mesurée parla résultante des deux efforts en présence, puissance développée par la main de l'opérateur, résistance opposée par les tissus.
Cette résultante est en outre à peu près perpendiculaire à la maille delà chaîne à son entrée, de sorte que l'on ne peut guère espérer accroître notablement la puissance de l'appareil au delà des limites atteintes aujourd'hui, le frottement devant croître dans la même proportion que la rémtance à vaincre.
Il est néanmoins quelques modifications a apporter à l'instrument au point de vue de ces frottements.
C'est là, non pas le tort, mais la limite d'étendue de l'application de l'écraseur linéaire. Pourtant le champ parcouru aujourd'hui, et qui lui appartient, est assez vaste pour en faire une des conquêtes les plus heureuses de la chirurgie moderne.
Recherches mathématiques de Jf. Giraud-Teulon sur écrasement linéaire. — Est-on curieux de connaître le rapport mathématique des pressions développées par et sur l'instrument, voici comme il nous semble qu'il peut être établi :
Il est clair d'abord qu'en deux instants différents de l'action de récra* seur, les pressions, le resserrement éprouvés par les tissus compris dans l'anneau sont d'autant plus considérables que la surface de l'anneau devient moindre. Mathématiquement, pour deux moments donnés, ces pres^ sions P, F, sont entre elles comme la surface correspondant à P' est à celle correspondant à P.
R et R' étant les rayons de ces circonférences, on a :
P : P' :: nR'< : ir R* ou plus simplement :: R'<:R<. (i).
Mais, comme on ne connaît pas ces rayons, il faut chercher une autre forme à cette expression.
Or, si on appelle d la hauteur verticale d'une dent de la crémaillère, la circonférence de rayon R diffère de la circonférence de rayon R' d'une longueur marquée par nd^ n étant le nombre de dents parcouru entre elles deux.
OU 2 7ç(R-R') = nc/, ou R~R'=!î-,
2ir
nd OU eniin, R' = R — j—
TLTBË IL — INGISIONS SÈCHES. 81
Supposons maintenant pour fixer les idées que, tout au commencement de Faction de Tinstrument, la pression P soit représentée par i, et supposons aussi égal à i en longueur le rayon de la circonférence qui correspond à cette pression initiale, la formule (1) devient :