‹ Traité clinique et pratique des opérations chirurgicales (volume 2)Chapitre 66 sur 141 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

i" Au moyen d'une chaîne métallique mise en mouvement par un mécanisme puissant, on obtient la séparation complote de eeilaines parties du corps de l'homme, sans provoquer d'effusion de sang. Ce mode d'action chirurgicale peut être désigné sous le nom Ôl écrasement linéaire,

V Les avantages inhérents à ce mode opératoire sont : 1° de permettre remploi d'agents constricteurs beaucoup plus solides que toutes les ligatures employées jusqu'ici ; 2* d'assurer aux serre-nœuds une efficacité qu'aucun d'eux n'avait encore réaUsée ; 3" de donner lieu à un traumatisme aussi limité que possible, eu égard à la nature de l'opération qu'on veut pratiquer.

3" L'écrasement linéaire comparé à l'action des ligatures ordinaires employées pour déterminer la séparation de certaines parties du corps a sur ces ligatures l'avantage de diminuer les accidents inflammatoires, d'amoindrir les douleurs presque intolérables inhérentes à l'action lente du Bl constricteur et d'abréger la durée habituellement nécessaire pour la section des tissus.

4" Tous les serre-nœuds employés en chirurgie pèchent par un vice radical consistant dans la rupture prématurée des ligatures les plus fortes, par suite de la production d'une vive arête sur laquelle le fil vient, en quelque sorte, se couper. .

5* La présence d'un os au milieu des parties molles nous paraît constituer jusqu'à ce jour une contre-indication à l'emploi de. l'écrasement

linéaire.

6* Une règle de construction très^importante pour les écraseurs, c'est qu'ils aient une force notablement supérieure à la cohésion des parties qu'ils doivent séparer.

7* Lorsqu'une artère d'un certain volume est soumise à l'action de l'écrasement linéaire, les deux tuniques internes divisées les premières

sont plissées et refoulées de manière à former déjà une espèce de tampon qui bouche la lumière du vaisseau. D'une autre part, la tunique celluleuse, adossée à elle-même, s'effile en quelque sorte, avant de se détacher complètement, et agglutine tellement ses propres parois Tune à Tautre, qu'il y a là un second mode d'oblitération ou de fermeture du tube artériel.

Depuis que j'ai fait connaître l'Écrasement linéaire , il est bien peu de chirurgiens qui n'aient fait quelques applications de cette méthode. Un grand nombre ont publié les résultats intéressants de leur pratique et leurs réflexions sur ce sujet. Reproduire tout ce que renferment les nombreuses publications de la chirurgie contemporaine à cet égard constituerait une œuvre assez longue. Nous sommes obligé de nous borner à de courts extraits de quelques-uns des articles publiés en France, en Allemagne et en Angleterre. C'est à ce titre que nous mentionnerons un mémoire du professeur Chaumet de Bordeaux, une thèse du docteur Simon, et une leçon du docteur Spencer Wells.

ANALYSE DU MÉXOIRE DE M. CHAUMET SUR L'ÉCRASEMEirr LHléAniE.

1^* OBSERVATION. — Sarcoctîlc à droite datant de deux ans. Castration en conservant le moins possible de peau. Résection deux mois après l'opération, par l'écraseur, d'un champignon fongueux de l'extrémité du cordon. Pas de sang. Guérison.

2* OBSERVATION. — Sarcocèle gauche chez un homme de 40 ans. Castration par l'écraseur. Détachement de la tumeur en quinze minutes. Pas d'hémorrhagie primitive. Écoulement de sang assez abondant une heure et demie après l'opération. Cicatrisation définitive au bout d'un mois.

3* OBSERVATION. — Tcsticulc luberculcux avec production fongueuse el transfoimation en tissu fibro-plastique dans la plus grande partie de son étendue. Ecrasement linéaire. Pas d'hémorrhagie. Guérison au bout de trente-cinq jours.

4* OBSERVATION. — Cauccr du sein droit ; ganglion axillaire dégénéré. Opération simultanée par l'écraseur et par le bistouri. Pas d'hémorrhagie, pas de fièvre. Guérison au bout d'un mois.

5* OBSERVATION. — Bourrclcts hémorrhoïdaux anciens, ayant réasté à l'emploi des moyens ordinaires; réduction difficile. Écrasement linéaire. Fièvre nulle. Guérison parfaite.

6* OBSERVATION. — Bourrclcts hémorrhoïdaux datant de vingt ans. Santé générale détériorée. Amaigrissement et pâleur. Écrasement linéaire. Section de la tumeur au bout de dix minutes. Hémorrhagie complètement nulle. Guérison. Excrétions devenues faciles.

7* OBSERVATION. — Bourrclct hémorrhoïdal induré. Écrasement linéaire. Guérison sans accid*»nt.

:TITRE II. — INCISrONS SÈCHES. 89

Des fait» réunis dans le Mémoire de M. Chaiimet, il ressort clairement suivant lui :

!• Que l'écrasement linéaire appliqué à l'amputation du sarcocèli; et des tumeurs héraorrhoïdales, présente sur les autres méthodes une supériorité incontestable ;

2* Qu'il amène la guérison définitive dans l'espace de quinze jours à un mois, sans donner lieu à aucun accident grave ;

3* Que rhémorrhagie primitive ne s'est montrée dans aucun cas, et que, dans le seul cas où l'on ait obseiçsré une hémorrhagie consécutive, celle-ci ne peut être considérée comme étant le fait de l'écrasement ;

4" Que tous les malades opérés par écrasement ont été exempts de réaction fébrile.

Parmi les travaux publiés encore sur l'écrasement linéaire, nous mentionnerons la dissertation inaugurale de Godeiroid Salomon de Berlin, dédiée au professeur Langenbeck (1858).

On y trouvera une observation d'hypertrophie congénitale de la langue chez un enfant de 7 mois, guérie complètement par l'écrasement linéaire.

Une observation de carcinome de la langue également guéri par écrasement linéaire.

Un cas de carcinome épithélial de la langue. Écrasement. Hémorrhagie survenue par un coup d'aiguille. Guérison.

Polype du rectum chez un homme de 28 ans. Écrasement. Pas d'hémorrbagie. Faible réaction les jours suivants, mort par extension de la diatht*se cancéreuse.

Cancer du col utérin. Ecrasement. Guérison en quinze jours.

Cancer du col utérin, opéré deux fois par écrasement linéaire ; mort 4 jours après la seconde opération ; autopsie.

Cancer du testicule gauche. Écrasement. Guérison de la plaie en 22 jours.

Cancer de la verge. Ecrasement. Guérison en 2i jours.

m MOT SUR l'ÉCRASEUR de h. CHASSAIGIViC, PAR SPENCER WELLS, F. R. C. S., PROFESSEUR DE CHIRURGIE ▲ l'ÉCOLE DE GOVERMOR-PLACE.

Dans ma première leçon de ce mois, à l'école de Governor-Place, je m'occupai de quelques innovations et de quelques perfectionnements ap» portés à la chirurgie. Vécraseur de M. Chassaignac me parut digne d'une vive curiosité et d'un grand intérêt ; plusieurs médecins de mes amis m'engagèrent à en faire le sujet d'une notice et à la publier dans le Médical Times and Gazette. Il a été l'objet d'un enthousiasme assez marqué pour qu'on ait pu dire que c'était, depuis la découverte du chloroforme, le plus important des perfectionnements de la chinirgie.

Il est destiné à remplacer, d'une part, l'instrument tranchant; de l'autre, les caustiques ou les ligatures, lorsqu'il s'agit de l'ablation de

certaines parties du corps ou d'excroissances morbide», susceptibles du donner lieu à quelque hémorrhagie considérable. En un mot, il a poor but de prévenir les pertes de sang dans les opérations chirurgicales. La langue peut être enlevée, le col de Tutérus peut être amputé, un grand nombre de tumeurs érectiles, de polypes du pharynx, de ruténis, du rectum, peuvent être extirpés sans qu'il y ait, j'en suis assuré, perte d'une goutte de sang. On trouve un grand nombre de ces opérations, soit qu'elle» datent de l'époque où cette méthode a été oonnue, en 1850, soit qu'elles aient été pratiquées depuis, décrites avej; tous les détails que néceasitent les divers cas où l'instrument a été mis en usage, dans le traité qui a pour titre : de l'Ecrasement linéaire, par M. Ghassaignac ; il en existe un 6xeo)« plaire au Collège royal des Chirurgiens.

L'action de cet instrument, quoique plus lente que celle du bistouri, est beaucoup plus rapide que celle de la ligature, et de plus elle est immédiate. Il n'agit point indirectement comme la ligature, qui ne sépare les parties qu'en déterminant la gangrène. L'écraseur condense d'abord les tissus et les divise ensuite avec une extrême régularité. La plaie résultant de son action ne parait ni contuse, ni déchirée ; lorsqu'il agit sur une artère, il coupe d'abord les deux tuniques internes, qui se plissent de telle manière, qu'elles forment une sorte de bouchon au vaisseau, cette oblitération est consolidée par Y agglutination des tuniques externes, avant qu'elles ne soient divisées*. Après que la séparation a été effectuée, cette oblitération est tellement complète, que le canal ne peut plus être rétabli, même par une forte insufflation. Des expériences ont été faites à l'École Vétérinaire près de Paris ; la carotide, chez un mouton, a été coupée sans perte de sang.

Il n'y a rien de surprenant dans un pareil résultat quand on songe que, dans de graves blessures par armes à feu, les plaies déchirées, contuses, saignent rarement ; qu'il en est de même lorsqu'un membre a été arracha par quelque puissante machine, et que^ dans ce cas, malgré l'étendue du désordre, il s'écoule à peine un peu de sang ; qu'enfin les morsures sont rarement suivies d'hémorrhagies. Les animaux ne font pas suivre d'une ligature la séparation du cordon ombilical de leurs petits : c'est en le mordant qu'ils le détachent, et le mode d'agir de l'écraseur ressemble plus à la morsure qu'à l'écrasement véritable. Mon expérience personnelle à l'égard de l'emploi de cet instrument se borne seulement à trois opérations que j'ai vu pratiquer par M. Chassaignac, savoir : l'enlèvement d'une portion de la langue, d'un testicule et d'une tumeur de la mamelle. Dans le premier cas, un tiers de la langue a été enlevé pour une dégénération maligne de cet organe ; l'individu avait été placé sous l'influence du chloroforme, et l'opération a duré vingt minutes environ.

Dans le second cas, le testicule fut enlevé, et il ne s'écoula pas plus d'une drachme de sang, quoiqu'on pût apercevoir très-distinctement les pulsations de l'artère spermatique au lieu où elle fut coupée. On eropto\n

TITRE lii. — I^IGATURE, 91

deux écraaeurs pour C6tle opération ; les chaînes furent passées à travers une ouverture pratiquée àl*aide d'un trocart à la partie supérieure du scro* tum, au-dessus du testicule et derrière le cordon. L'une des chaines divisa le cordon et les téguments horizontalement ; Tautre divisa le scrotum verticalement.

Pour la troisième opération, il s'agissait d'une tumeur mammaire; pour la cirooDscrire avec la chaîne, il fallut d'abord la mettre à découvert avec le bistouri. Dans cette opération préalable, les principaux vaisseaux furent coupés ; puis l'écraseur fut appliqué.

J'ai appris que sur cent opérations pratiquées avec cet instrument, une seule avait été suivie d'un résultat fatal ; le sujet était atteint d'une syphilis secondaire.

De ce que j'ai vu et entendu dire relativement à l'écraseur de M. Ghassaignac, des essais que j'ai tentés sur le cadavre, de mes expériences sur les animaux, il m'est resté la conviction que les hémorrhagies surviennent rarement après son application : qu'il faut peut-être enrestreindre remploi à l'ablation des tumeurs hémorrhojdales, des polypes, des végétations malignes, érectiles, pour lesquelles l'usage du bistouri laisse à redouter une hémorrhagie dangereuse. Dans plusieurs circonstances, on ne saurait nier sa supériorité sur la ligature, car il agit plus promptement qu'elle ; on ne saurait nier noù plus qu'il ne laisse pas de chances à l'absorption purulente ou putride.

TITRE III

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