CHAPITRE II
DES MOYENS OU INSTRUMENTS DU DRAINAGE CHIRURGICAL. AvU !*'• ^ D« troeart et de son emploi.
U est nécessaire^ pour satisfaire à tontes les indications du drainage, quelque vastes que soient les collections au traitement desquelles on se propose d'appliquer cette méthode, d'avoir un trocart d'une longueur de vingt-deux centimètres au moins. J'ai habituellement deux de ces trocarts, susceptibles tous deux d'être retournés, bout pour bout, de manière à pr^nter soit leur pointe, soit une extrémité mousse, qui devient nécessaire, lorsqu' après avoir pénétré, au moyen d'un des trocarts armé de sa pointe, dans la collection, on veut rechercher par tâtonnement et avecun instrument mousse le point dans lequel devra s'effectuer la sortie.
Je repousse complètement de l'application du drainage les trocarts plats. S'ils ont l'avantage de pénétrer un peu plus facilement que les autres, ils ont aussi de graves inconvénients. D'abord, pour un volume égal, ils ont une capacité moindre , de plus, leur canule s'engorge plus facilement, et par des concrétions que laisserait passer sans peine un trocart cylindrique. Enfin, leur lame terminale a les inconvénients généraux des instruments tranchants, et peut donner lieu à des hémorrhagies. Je ne manierais pas avec la même sécurité, dans les régions dangereuses, un trocart plat, là où je fais usage journellement, et sans danger aucun, d'un trocart cylindrique.
Les hâcnorrhagies, comme complication des ouvertures d'abcès, ne sont pas rares, et c'est un chapitre sur lequel je me propose de revenir. En outre, le trocart plat ne se prête pas à l'emploi d'un mode d'action très-prédeux, dont s'accommode parfaitement bien le trocart cylindrique. Je veux parler d'un mouvement de rotation ou de vrille, auquel j'ai souvent recours pour faire pénétrer l'instrument dans l'intérieur des cavités purulentes.
A cet égard, je ferai remarquer qu'il existe plusieurs modes d'introduction du trocart dans les tissus : i* La percussion ou introduction, par un coup sec. Celle-ci ne doit jamais s'employer avec le trocart long. Il n'y a, en effet, jamais de sécurité dans l'introduction par percussion d'un trocart, toutes les fois que le pouce de l'opérateur ne peut pas limiter à l'avance et d'une manière sûre, l'étendue de tige qui va pénétrer dans les organes. Or, les trocats à courte tige se prêtent seuls à l'attitude dans laquelle on fait une limitation bien précise de la portion d'instrument à
122 PART. I. — OPÉEUTIONS COIIJIIINES A TOUTES LES PABTIES. Taire pénétrer ; les trocarls longs ne se prêtent nullement à celte attitode : 2» La pression dii-ecte ou simple ; 3' La pression avec mouvement de vrille.
Dans les cas où l'on prévoit une trop grande résistann dans la perforation de la peau par le trocait, on peut faire cesser toute difBculté dans l'introduction de l'instrumeuL eu pratiquait une ponction préalable du derme au moyea de la lancette.
Pour l'application du trocart courbe, cette ponctita préalable est souvent indispensable.
Art. 1. — Dm tafeM à di«la«f«.
Les tubes à drainage que j'emploie habituellement BOOt
des cylindres de caoutchouc vulcanisé. Ds ont le volume
« d'une plume d'oie et sont crihlée bur toute leur longueor
B d'ouvertures latérales sans lesquelles le but de la métbodr
i serait complètement faussé.
^ Le volume de ces tubes peut varier suivant les exigence» 3 de la collection qu'on peut avoir à traiter, et surtout auiô vant le volume des trocarts introducteurs. à Le mode de construction et do perforation des tubes i " drainage est du ressort des fabricants.
I.ie8 ouvertures latérales dont sont percés les tubes eii* gent un soin particulier et ne sont pas toujours conatruites avec la même perfection.
Le mode adopté parM. Matthieu nous a paru le meiUeur. 11 consiste à pratiquer des ouvertures parfaitement rondes et qui n'entament pas le diamètre du tube dans une trop grande étendue. Ceux qui offrent cette dernivre disposition ont le double inconvénient d'affaiblir le tube, qui dès lors peut se rompre, et de donner lieu à des irrégutaiités qui occasionnent de la douleur lors de Fintroduction.
Le drainage eu fonne d'anaes ou d'anneaux complets nous parait de beaucoup supérieur à celui des canules dites en Y. 1* Il ne présente à l'intérieur des parties que le demi-anneau renfermé dans la poche purulente. 3* S'il a le très'léger inconvénient d'exiger une tranafixion et dès lors une double ouverture, l'une d'entrée, l'autre de florlie, comme le séton, il a l'immense avantage de ne jamais se déplacer, quels que soient les mouvemoits du malade et les particularités du pansement. Il n'est pis soumis aux continuelles vicissitudes d'un tube qui pénètre tantôt Irop;
TITRE IX. ^ CANALISATION CHIRURGICALE OU DRAINAGE. i23
tantôt trop peu, et qui peut êmme s'échapper tout à fait ; il n'exige aucun moyen spécial de contention. La fermeture de Fanneau suffit pour le fixer complètement.
Les malades atteints d'abcès inguinaux, d'abcès de l'aisselle et des parois de la poitrine, malades auxquels nous permettons l'exercice, peuvent parfaitement vaquer à leurs occupations avec le drainage annulaire. — La chose leur serait tout à /ait impossible avec les tubes en Y.
On doit toujours être muni de bougies urétrales fines destinées à conduire le fil au moyen duquel on entraînera à travers la canule du trocart le tube élastique.
Comme ces bougies sont douées d'une rigidité bien supérieure à celle des tubes élastiques, elles les conduisent sans aucune difficulté à travers la canule du trocart, quelque longue que $oit celle-ci.
Art. 8. — Fils à dralnaipe.
Sous ce nom, et pour l'évacuation graduelle de foyers purulents de trèspetite dimension et de ceux qui siègent dans des régions oti on doit éviter avec soin toute trace de cicatrice, comme à la peau de la face et du cou, j*ai recours à l'emploi de fils en caoutchouc vulcanisés, fils qui sont infiniment moins irritants que nos fils ordinaires en chanvre ou en soie et que les fils métalliques en plomb ou en argent, qui, malgré la tolérance que présentent les tissus vivants pour ces sortes de métaux, ont toujours une rigiflité fâcheuse qui empêche d'en tirer tout l'avantage qu'on se croirait en droit d'en attendre.
Art. 4. — Mode d'installatloii des tnbcs à draliift|pe«
L'installation des tubes s'effectue de deux manières : ou par le procédé du trocart, procédé sur lequel nous n'avons pas besoin de revenir, tant il ressort du mode suivant lequel nous ouvrons les abcès avec le trocart ; ou par l'emploi du bistouri, de la sonde cannelée et du stylet.
Quand on adopte cette dernière manière d'agir, après avoir opéré la transfixion des parois de l'abcès au moyen du bistouri suivi du passage de la sonde, on introduit dans la cannelure de cette dernière un stylet aiguillé armé d'un fil qui entraine à sa suite le séton perforé.
Afin de rendre ce passage plus facile et d'amoindrir le renflement qui résulte du nœud du fil sur les parois du tube, nous avons souvent la précautions de tailler en bec de flûte très-allongé celle des extrémités du tube sur laquelle sera appliqué le fil. ^
Parmi les modes d'installation des tubes à drainage, il faut noter le drainage à tubes repliés ou à deux anses en fornoe de 8. — La formation de Tanse extérieure sert dans ce cas à retenir le tube jen place. L'orifice de
Tabcès forme collet.
{Voir la figure ci-après,)
124 PAHT. I.— OPËHATIONS COHHUKBS A TOUTES LES PARTIES.
TITRE IX. — CANALISATION CHIRURGICALE OU DRAINAGE i25
Cette planche représente un sujet placé dans la position horizontale et snr le corps duquel on a établi un grand nombre de tobes à drainage.
Des anses élastiques ont été passées sur divers points de la face et du cou, du tronc et des membres.
Au niveau de l'épaule et du trochanter du côté gouche, deux trocarts courbes sont passés dans les chairs pour faire la voie aux tubes à drainage.
An-dessous du lit sur lequel est étendu le sujet se voit un bout de tub^ drainage avec les ouvertures latérales dont il est percé.