PANSEMENT PAR OCCLUSION
La recherche d'une méthode générale de pansement des plaies est un sujet d'une haute importance en chirurgie. J'ai consacré à ce genre d'études un grand nombre d'années, et j'ai publié des observations qui prouvent que dès l'année 1839, je mettais en pratique un mode de pansement que j'ai désigné et qu'on a désigné depuis sous le nom de pansement par occlusion.
Voici la date des diverses publications faites à ce sujet :
En 1843, article publié dans le numéro du 12 septembre de la Gazette des hôpitaux ;
En novembre 1844, lettre à l'Institut sur le pansement par occlusion;
En juillet et août 1849, leçons publiées dans la Gazette des hôpitaux;
En 1852, excellent travail publié sur ce sujet dans les archives générales de médecine, par M. Etienne Trastour, alors interne des hôpitaux de Paris, aujourd'hui médecin à l' hôtel-Dieu de Nantes.
Rappelons d'abord quelques détails indispensables sur la manière d'appliaucr ce mode de pansement.
Etant donnée une plaie récente ou ancienne, avec fracture ou écrasement d'os, communiquant ou ne communiquant pas avec le foyer de la fracture, on construit sur la partie blessée une cuirasse avec des bandelettes de sparadrap qui sont croisées et qui se recouvrent par imbrication.
Le croisement des bandelettes est nécessaire à la solidité de la cuiras;^.
Leur imbrication est indispensable pour prévenir les effets très-souvent nuisibles des bandelettes écartées.
TITRE II. — PANSEHENT PAR OCCLUSION. i6i
Les bandelettes ne doivent jamaU être appliquée» circulairement sous peine d'une imminence d'étranglement.
Les cuirasses qu'elles forment doivent toujours déptuser d'une manière notable les limites de la lésion.
Ces quatre conditions sont de rigueur si Ton tient à expérimenter le moyen tel qu'il a été constamment employé par nous. L'objet qu'on a en vue, c'est de recouvrir la plaie d'une enveloppe protectrice, d'une cuirasse très-solide qui constitue le pansement interne ou immédiat.
Les qualités du sparadrap influant beaucoup sur le résultat des pansements faits avoc ce topique, il est nécessaire que le chirurgien reconnaisse par certaines épreuves la bonne ou mauvaise qualité du sparadrap dont il devra faire usage.
Parmi ces épreuves^ voici celles que je recommande :
Si l'on plie un morceau de sparadrap sur lui-même du côté de sa face emplastique, si Ton presse avec les doigts Tune contre l'autre les deux surfaces juxtaposées, puis, si on vient à les séparer brusquement, le sparadrap de mauvaise qualité pourra laisser toute la substance emplastique sur un seul coté du linge. Le bon sparadrap ne sera nullement affecté par cette épreuve.
Si, au lieu de juxtaposer la surface emplastique à elle-même, on applique la surface non emplastique contre la surface emplastique, et si on presse entre les doigts les deux surfaces juxtaposées, le mauvais spara-' drap se dépouille en tout ou en partie de sa couche emplastique.
Le bon sparadrap doit enfin supporter sans s'altérer l'épreuve que voici : Si vous le déchirez dans le sens des fibres du linge, la couche de diachylum ne doit pas se séparer. Dans le cas où le sparadrap est trop sec ou de mauvaise qualité, la substance emplastique tombe en poussière au Keu de rester adhérente au linge.
La conservation du sparadrap exige qu'on place chaque rouleau de cette substance dans une grosse éprouvette en verre. Avec le rouleau de sparadrap je mets dans Téprouvette un petit tube contenant une éponge imbibée d'eau, parce que c'est en définitive contre la dessiccation trop prompte du sparadrap qu'il faut lutter.
Nous ne saurions entrer m dans le détail du mode de construction des cuirasses sur toutes les parties du corps; aussi passerons-nous à ce qui regarde la seconde partie du pansement ou pansement externe.
Pansement externe. — Il consiste dans l'application d'un linge criblé de trous enduit d'une épaisse couche de cérat, puis de la charpie, des compresses et des bandes.
Dans le cas de fracture on ajoute au pansement externe une forma quelconque d'appareil contentif; carie pansement par occlusion secon- . dite avec tous les modes d'appareils employés jusqu'ici dans le traitement des fractures.
En quoi le mode de pansement qui vient d'être décrit empêche-t-41 la 1. Il
i<J2 PART. 1. — OPÉRATIONS COMMUNES A TOUTES LES P^VRTIES.
rétention du pus ? Par quels moyens auxiliaires prévient41 celle complication des plaies? Gomment prévient-il l'inflammation traumatique? Quelles sont les règles de son renouvellement ? Telles sont les questions que nous avons à examiner.
1*^ Ecoulement du pus. — Cet écoulement du pus est assuré par Tempioi du linge fenêtre epduit d'une épaisse couche de cérat et débordant partout la cuirasse. Tel est, en effet, le moyen d'entretenir toujours la cuirasse molle et souple, de manière à permettre au pus de s'insinuer entre les bandelettes ou vers le pourtour de la cuirasse où il est absorbé par le pansement externe.
Or, comme celui-ci peut être renouvelé sans que la surface de la plaie soit mise à découvert^ le but essentiel à atteindre, c'est de prévenir la rétention des produits de la plaie, ce qui amène des accidents fort graves et bien connus des chirurgiens, à savoir, l'accumulation du pus, sa diffusion, les abci'> et les fusées, l'étranglement par le reflux des produits inflammatoires.
Le linge cératé remplit donc ici l'ofiSce d'une soupape de sûreté; car&i la couche épaisse dont il est enduit assure la perméabilité des cuirasses, elle prévient également l'accès de l'air au milieu de liquides au sein desquels sa présence amène inévitablement la décomposition putride.
â® Inflammation traumatique. — Le plus puissant des antiphlogistiques ^pour une plaie, c'est de la ramener artificiellement aussi près que possible des plaies sous-cutanées, et c'est là le principal hnidix pansement par occ/irston, mais dans les traumatismes très-graves les causes d'inflanmiations sont si violentes qu'on aurait tort de dédaigneV des moyens auxiliaires dont l'expérience nous a démontré l'efiicacité.
Ces moyens sont :
A. Les applications de sangsues, non pas conune les faisait Blandin sur les ganglions lymphatiques pour combattre l'érysipèle, mais à distance de la plaie et sur le trajet des aboutissants lymphatiques et sanguins de la partie blessée.
B. L'application à travers la cuirasse des mélanges réfrigérants tels que les emploie le docteur Amott. Jamais nous n'employons la glace entre deux linges, et dans tous les cas de traumaXisme oculaire auxquels nous appliquons plus spécialement la glace, c'est toujours au travers d'une cuirasse emplastique et au moyen des sacs de baudruche : tel est le pansement que nous employons constamment après nos opérations de cataracte.
G. La position élevée de la partie blessée, est un soin auquel nous ne manquons jamais, nous conformant en cela aux conseils sur lesquels a particulièrement insisté Gerdy.
3* Surveillance et renouvellement du pansement par occlusion. — Ce pansement doit rester en place huit ou dix jours. Si le malade souffre, si la soppuration souille l'appareil, on renouvelle les pièces extérieures jusqu'au (inge cératé inclusivement. On explore attentivement les environs de la