TITRE 1!. — P.VNSEMENT PAR OCCLUSION
plaie, la plaie elle-même à travers la cuirasse. Si cette exploration donne lieu (le craindre quelque complication, on enlève la cuirasse, sinon Ton se borne à en laver la surface avec un liquide contenant quelques gouttes d'eau-de-vie camphrée ou de jus de citron; si la cuirasse s'affaiblit, on la soutient par l'addition de bandelettes supplémentaires.
Pour enlever cette cuirasse au bout du temps fixé, on glisse au-dessous d'elle et avec précaution une sonde cannelée servant à conduire les ciseaux destinés à diviser le sparadrap. On lave la surface de la plaie; on la touche avec une solution d'azotate d'argent à 5 grammes pour 30 d'eau distillée et l'on reconstruit un pansement nouveau.
Les effets de la solution à 3 grammes sont ceux-ci : amoindrir la vascularisation pathologique des surfaces malades, diminuer l'abondance des sécrétions purulentes et plastiques, augmenter l'adhérence de Tépiderme au derme. — A l'égard de ce dernier point, il faut noter que la faiblesse d'adhérence de l'épiderme au derme est la cause d'un grand nombre de complications des plaies et notamment de l'érysipèle et de l'angioleucite réticulaire. C'est par là que j'explique l'heureuse influence que l'usage de cette solution exerce sur un grand nombre d'exanthèmes.
Je crois pouvoir avancer qu'à part certaines affections très-spéciales de la peau, l'usage de la solution guérit la plus grande partie des exanthèmes non fébriles et que ce qui résiste à l'emploi de cette solution guérit par le pansement par dcclusion.
Nous n'avons pas besoin de dire que dans les lésions graves : amputations, fractures compliquées, etc. , l'exploration quotidienne est de rigueur.
Tel est le pansement dont je fais depuis dix-huit années un usage extrêmement général.
Qu'y a-t-il de nouveau dans ce mode de traitement des plaies?
i* La combinaison des moyens destinés à tenir la plaie constamment couverte avec les moyens propres à faciliter l'écoulement au dehors des produits de cette plaie. En un mot : protection avec soupape de sûreté,
2* Combinaison d'un pansement externe renouvelable à volonté avec un pansement interne ^ renouvelable à époques fixes.
3* La règle du renouvellement suivant l'événement et d'après les ré* sultats obtenus par l'exploration des plaies à travers la cuirasse.
4^ La règle incontestablement posée pour la première fois de traiter ainsi tbutes les plaies récentes, quelles que soient leurs complications et leur gravité.
Nous n'avons eu garde de présenter comme l'une des nouveautés de l'occlusion, l'idée de ne découvrir les plaies qu'à de longs intervalles. Cette idée est ancienne, aussi ancienne peut-être que les commencements de la chirurgie. Car il est à présumer qu'à toutes les époques de l'art, il s'est trouvé des observateurs que l'innocuité relative et la marche heureuse des plaies quon ne tracasse pas quotidiennement, ont dû frapper vivement.
Si nous cherchons dans Tbistoire des traumatismes les plus graves, celle des fractures compliquées, ce que fut à diverses époques Tartdu pansement, nous trouvons de remarquables exemples de rapplication d«» pansements rares. Au moyen âge Hugues de Lucques et Théodoric appliquaient sur les fractures compliquées de plaie un bandage albumineox complet, qui n'était renouvelé d'abord que le dixième jour, puis tous les sept à huit jours ; au dix-huitième siècle^ Belloste ne renouvelait son appareil que tous les vingt jours; enfin de notre temps, Larrey laissait son appareil inamovible jusqu'à la complète consolidation.
Il faut donc que l'idée des pansements rares ait quelque chose d'excellent pour qu'aux diverses époques de la chirurgie, des praticiens éminents aient cherché à faire revivre cette méthode. Tous avaient compris qu'exposer chaque jour et très-souvent sans nécessité aucune, les plaies à une foule do causes irritantes, air, températures variées, liquides stimulants, pièces d'appareil renouvelées, etc., c'était chose nuisible et dès lors à éviter.
Que leur manquait-il donc à ces pansements rares? Il leur manquait ane soupape de sûreté. Us fermaient les plaies, mais malheureusement ils les fermaient tellement bien que quand la suppuration ou l'inflammation s'y déclaraient, des accidents formidables venaient compromettre la vie du malade.
Nous avons fait connaître les origines du pansement par occlusion, le mode d'application de cette méthode, ce qu'elle a de nouveau ; nous avons à présenter maintenant l'exposé des avantages qui leur sont propres.
Le premier, le plus grand de ces avantages, c'est d'assurer la protection continue de la plaie et de favoriser en même temps l'issue des produits auxquels elle donne naissance.
Or, en quoi cette double condition est-elle avantageuse? le voici :
A. Elle favorise notablement la réunion primitive.
B. Elle hâte la réunion secondaire, 1* en diminuant la violence de l'inflammation ; ^'^ en prévenant l'abondance de la suppuration ; 3* en accélérant la cicatrisation, et en la rendant plus régulière.
G. Enfin elle offre une sauvegarde presque assurée contre les accidents du traumatisme.
Examinons ces divers points :
A. Eu égard à la réunion primitive. Nul pansement n'est plus favorable soit pour obtenir la réunion immédiate des plaies quand elle est posfflblê. soit pour la tenter sans danger. On nous accordera sans doute que laisser une plaie parfaitement tranquille sous une cuirasse de sparadrap, sans la découvrir, sans irriter sa surface, c'est placer cette plaie dans les oondi* lions les plus déàrables pour sa cicatrisation. De plus ce mode de pansement n'expose à aucun danger si la réunion immédiate n'a pas lieu, bien diff'érent en cela de la suture qui, lorsqu'elle échoue, amène souvent les phénomènes do la rétention du pus et une inflammation très-vive, en un
TITRE II. — PANSEMENT PAR OCCLUSION, (tf^?
mot, des accidents d'étranglement. Également susceptible de s'adapter aux exigences de la réunion primitive et à celles de la réunion secondaire, la méthode de Tocclusion se concilie avec la double alternative qui s'offre à la suite de toute solution de continuité.
B. Au point de vue de la réunion secondaire nous avons dit qu^ rocclu" sion diminue la violence de Tinflammation'. C'est ce qu'on ne peut se dis* penser d'admettre toutes les fois que, suivant d'une manière attentive la marche des plaies traitées par occlusion, on constate qu'elles offrent le meilleur aspect, et qu'elles s'accompagnent d'une modération extrême des phénomènes phlegmasiques.
Le travail réparateur s'opère avec régularité, avec calme, à la manière d'un acte purement physiologique. Ce travail reste tout à fait local.
Non-seulement il ne réagit pas surtout l'organisme et ne provoque pas, du moins dans l'immense majorité des cas, de fièvre traumatique, c'est à peine s'il fait sentir son influence sur les parties voisines du lieu où il s'acocHnplit.
' C'est assurément l'un des résultats les plus remarquables du pansement par occlusion que la diminution, au degré où elle existe, du travail inflam-* matoire qui survient à la suite des grands traumatismes. Dans toutes les observations publiées jusqu'ici on ne peut voir sans en être frappé, com-' bien la réaction générale a été bénigne quand elle n'a* pas été nulle. Après des lésions d'une gravité extrême, chaque pansement hebdomadaire met à même de constater l'absence de toute tuméfaction, de toute colora-* tion inflammatoire. Écrasement de la main et des doigts, amputations et résections, fractures de jambe, partout, quelle que soit la gravité des lésions, s'observe la même immunité.
L'absence de tout gonflement inflammatoire, dans les blessures traitées par occlusion, se caractérise par un fait qui frappe vivement l'attention de tout chirurgien qui assiste à la levée des cuirasses au huitième jour de toute solution de continuité traitée par occlusion. Les bords^es solutions de ccMitinoité produites par instrument tranchant sont au huitième jour aussi nets, aussi réguliers, aussi linéaires qu'ils l'étaient an moment même. de l'opération. Et cette condition se maintient jusqu'à la cicatrisation complète.
Diminution de la suppuration, — Cet avantage du pansement par occinliion est très-facile à constater, et voici comment. Lorsqu'au renouveliement de la cuirasse hebdomadaire on compare la quantité de pus fourni par la plaie i ce que peut donner chaque jour une plaie de la même dimension, on voit que loin d'offrir les produits accumulés des sept ou huit jours qui se sont écoulés, la quantité de pus égale à peine la huitième partie de ce que fournit la même plaie pansée quotidiennement.
Cette diminution considérable des produits purulents, a une irès^grande importance si l'on considère que dans un certain nombre d'affections cbinirgicaies et notamment dans les brûlures et dans les fractures com^
pliquées, les malades peuvent succomber par le fait de Vépuisemeni et du marasme qu'amène une longue et abondante suppuration.
Amélioration de la suppuration, — Ce n'est pas seulement sur la quantité, mais encore sur la qualité de la suppuration que le pansement par occlusion a de l'influence. La remarque que nous avons faite à cet égard découle d'un fait d'observation. Toutes les fois que sur les surfaces suppurantes on voit le pus devenir glutineux et présenter des tractus douë^ d'une certaine cohérence, on peut regarder ce fait comme l'indice positif d'une tendance à la cicatrisation. En effet, il prouve que de la lymphe plastique se mêle en quantité appréciable et dans des proportions croissantes au pus proprement dit. Eh bien I quand on examine le pus qui, au huitième jour de leur application, se trouve recouvert par nos cuirassts emplastiques, on le trouve toujours mélangé avec une certaine quantité de lymphe plastique.
Ce n'est pas sur un examen superficiel et à première vue que ce résultat peut être constaté ; car le pus, au lieu d'offrir ses qualités ordinaires, présente une couleur noire qui le ferait juger défavorablement, si l'on n'était averti qu'elle dépend de la présence d'un sulfure de plomb à la production duquel donne lieu la litharge contenue dans l'emplâtre de diachylum. Mais à peine cette couche noirâtre est-elle enlevée par le lavage que vous voyez apparaître la. plaie avec une couleiu* vermeille, des granulations fines et l'aspect le meilleur que l'on puisse imaginer pour une surface suppurante.
Accélération du travail de cicatrisation, — Pour bien apprécier cet avantage il faut comparer entre elles de nombreuses observations recueillies, les unes chez des blessés soumis au pansement par occlusioD, les autres chez des blessés traités par les divers autres modes de pansement. On comprend alors 1** que le pansement par occlusion donne, toutes choses égales d'ailleurs, un bien plus grand nombre de réunions immédiates ; 2^ qu'il diminue dans une proportion considérable la durée de la suppuration, ce qui s'apprécie très-bien quand on fait porter la comparaison sur des lésions habituellement graves et de longue durée ; les fractures compliquées par exemple. Ici, en effet, c'est par des mois entiers que s'exprime dans la plupart des cas la différence que présente une me* thode comparée à une autre.
Enfin un autre avantage extrêmement important au point de vue d'une méthode générale, consiste en ce que le pansement par occlusion êe concilie parfaitement avec tous les modes d'appareils imaginés pour le traitement contentif des fractures, appareils inamovibles, hyponarthécie, appareil de Scultet, bandage plâtré, etc.
Tous ces avantages dont nous venons de parler, le pansement par occlusion les doit en grande partie sans doute à la suppression des irritations quotidiennes que déterminent les pansements ordinaires et des nombroux