‹ Traité clinique et pratique des opérations chirurgicales (volume 2)Chapitre 92 sur 141 · TITRE II. — PANSEMENT PAR OCCLUSION · texte numérisé non relu

TITRE II. — PANSEMENT PAR OCCLUSION

à l'ëloigaenient des dangers qui aooompagnent d'ordinaire la première période du traumatisme.

6* Moyen de différer V amputation des membres fracturés, — Quand, dans les fractures, on est forcé de poser la question de Tamputation dès le début, si l'on peut se dire : voilà un moyen qui permet d'attendre sans trop courir de risques, on a deux avantages à rester dans l'expectative : 1* on évite quelquefois des amputations qui semblaient indispensables ; 2* on acquiert infiniment plus de chances de succès par l'amputation retardée.

On sait combien sont rares les terminaisons heureuses des amputations' primiHves après cause traumatique, surtout s'il s'agit du membre inférieur; on sait, au contraire, que l'amputation pour maladie organique chronique est bien plus souvent suivie de succès ; la statistique publiée par M. Malgaigne ne laisse aucun doute à cet égard, au moins en ce qui concerne la pratique des hôpitaux; eh bien! l'amputation, dans la deuxième période du traumatisme, nous paraît plus favorable par cela même qu'elle se rapproche des conditions de l'amputation pour maladie chronique, et le moyen d'arriver sans danger à cette amputation secondaire nous est fourni par le pansement par occlusion.

6* Suppression des amputations de doigts pour cause traumatique, — Grâce à cette méthode, j'ai pu poser en précepte et adopter comme règle de conduite de ne jamais faire d'amputation de doigts, quelque déplorable que soit l'état de ces appendices par suite de violences traumatiques ; et voici les avantages que je retire de cette pratique : i* je conserve des doigts qui eussent été sacrifiés inutilement ; S*^ laissant à la nature le soin de séparer le mort du vif, ce qui est sans danger avec ce genre de pansement, j'obtiens des moignons plus longs que ceux qu'une opération régulière eût pu laisser. Il y a avantage même à ne pas détacher de suite les bouts de doigts et de phalange qui ne tiennent que par un mince lambeau. En effet, par cette séparation immédiate, on peut se donner l'embarras d'une petite hémorrbagie et exposer le malade à des douleurs inutiles, le doigt devant peut-être plus tard être détaché plus haut, soit par l'instrument du chirurgien, soit- par le travail pathologique lui-même.

OlUeetlons contre la métliode de.l'ocelusioii.

On a exprimé des craintes sur l'étranglement possible des tissus malades, sur la production de fusées purulentes ou d'abcès qu'on ne pourrait prévenir ni combattre, sur la fétidité des produits accumulés de la plaie, enfin sur les érysipèles, que le cmtaotdes bandelettes ou du pus pourrait amener.

1^ M étranglement inflammatoire n'est pas à craindre avec ce mode de pansement, en raison :

A. Des précautions apportées dans l'exécution de la cuirasse; jamais les bandelettes ne sont posées circulairement, et si, malgré ce soin, on recon-

vent même avant eux, tant étaient graves les périls au prik desquels on pouvait rechercher leurs avantages!

Avec les plaques de plomb employées par Réveillé-Parise, avec la toile imperméable dont.se servait Mayor, on peut aussi renouveler les linges extérieurs; mais ces moyens, au lieu de favoriser l'écoulement du pus, n'y mettent-ils point obstacle?

Au contraire, dans le pansement par occlusion, grâce aux précantioos que nous avons indiquées, le pus se glisse à la fois entre les bandelettes et sous Jes bandelettes, jusqu'à la circonférence de ia cuirasse ; il rencontre toujours ainsi le pansement externe qui s'en imbibe, de sorte qu'il n'y a jamais stagnation ni rétention de ce produit morbide.

Le pansement de Baynton pour les ulcères de jambe, que Roux. et Boyer ont longtemps employé seuls en France, que M. Velpeau a vulgarité pour le traitement des brûlures, des plaies contuses, mais seulement quand ces lésions ont dépassé leurs premières périodes, ce pansement, di&je, ressemble beaucoup au pansement par occlusion ; mais celui-ci s'en distingue surtout par l'absence de bandelettes circulaires, puis par l'addition importante d'un pansement externe fait avec soin, de plus par son renouvellement plus rare ; enfin et surtout par cette règle posée incontestablement, pour la première fois, de traiter ainsi toutes -les plaies récentes. Mais je ne suis pas arrivé à cette pratique tout d'un coup ; j'ai procédé du simple au composé. Enhardi par les succès obtenus sur des lésions peu graves, je me suis décide peu à peu à traiter de la même manière les plaies accompagnées de fractures et d'écrasement d'os.

De l'irrrgation continue dans le traitement des plaies graves. — Le mode de traitement des plaies graves par l'irrigation a été de la part de beaucoup de praticiens l'objet d'un engouement irix^fléchi contre lequel se sont élevés plusieurs chirurgiens en tête desquels nous placerons M. Velpeau.

Voici en quels termes M. Velpeau {Méd. op.^ 1. 1, p* 266) apprécie ce mode de pansement :

« J'ai vu que pour être réellement efficaces les irrigations continues exigeaient des soins et une attention qu'il est presque impossible d'dbtenir dans les grands hôpitaux; qu'elles exposaient à des alternatives de chaud et de froid et par suite à des réactions susceptibles d'aggraver singulièrement les plaies; qu'en mouillant outre mesure le lit ou les vêtements do malade, elles devenaient cause déterminante de rhumatismes ou d'affections pectorales sérieuses.

(( J'ai vu aussi qu'elles donnaient facilement lieu à la mortification des parties lorsque la plaie est accompagnée de grands décollements, ou qu'elle occupe quelque partie des extrémités en général.

« J'ai vu enfin que, tout en prévenant ou diminuant la rougeur de la peau, le gonflement des tissus plus profonds, elles masquaient souvent

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rinflammation plutôt qu'elles ne la prévenaient ou Téteignaient; qu'elles n'empêchaient point alors les fusées purulentes et qu'il en résultait en dernière analyse une suppuration ténue, de mauvais aspect, un état général plos grave et une disposition des plaies moins favorable à la cicatrisation que par les autres sortes de pansements.

(( Je crois pouvoir prédire, d'après ce que j'ai observé, que les irrigations continues ne resteront dans la pratique qu'à titre de pansements exceptionnels et pour un petit nombre de cas particuliers. »

Percy a noté qu'il ne fallait user des irrigations continues qu'arec réserve dans la saison froide.

Sanson était du même avis, a L'eau froide, dit-il, ajoute encore à l'état de malaise général dans lequel le corps se trouve jeté par une température rigoureuse et soumet les malades à tous les inconvénients du froid etde l'humidité. » rajoute qu'il est reconnu que les alTusions froides cessent d'être utiles et peuvent même devenir nuisibles, en boursouflant les chairs et en les rendant blafardes et- douloureuses, lorsque la suppuration est établie dans les plaies.

Guthrie pensait aussi que, quand la suppuration a commencé, la réfrigération était plus nuisible qu'utile, et Sam. Cooper, dans les plaies d'armes à feu, ne prolongeait pas les applications froides au delà des trois ou quatre premiers jours.

Sanson a vu les irrigations continues d'eau froide déterminer chez quelques blessés des douleurs intolérables; bien plus il a tu une fenmie chez laquelle une brûlure superficielle semblait indiquer les applications froides et qui fut p>rise de tétanos peu de temps après qu'on eut commencé à les mettre en usage.

Guthrie avait établi comme règle que si, à leur première application, les irrigations froides déterminaient des frissons ou des sensations pénibles, il fallait y renoncer et les remplacer par des topiques chauds.

Sanson a signalé un autre inconvénient des irrigations froides, t Quelquefois, dit-il, elles empêchent tout à fait l'inflammation de se développer, au point qu'après douze ou quinze jours la plaie se trouve à peu près dans le même état qu'au moment de l'accident. »

Un fait de ce genre s'est déjà produit dans le service de M. Jobert. Une femme avait reçu un coup de corne de vache, qui avait déchiré dans une grande étendue la peau et les muscles superficiels de l'abdomen ; on appliqua des compresses d'eau froide renouvelées toutes les dix minutes, et au bout d'un assez long temps la plaie n'avait fait aucun progrès vers la guérison. On supprime Tean froide ; le lendemain, inflammation violente. On reprend les fomentations ; la plaie revient à son état primitif. Nouvelle suppression des compresses, iiouvelle recrudescence inflammatoire. Avec toutes ces alternatives, la plaie persistait, le dévoiement survint, et la malade succomba.

n* PART. l. — OPÉRATIONS COMMUNES A TOUTES LES PARTIES.

On fait passer la région malade par des ahernatives plus ou moins marquées de chaud et de froid ; et s'il est déjà difficile de multiplier conienablement ces irrigations durant le jour; la nuit cela devient à peu près impossible. L'on conçoit aisément, dit A. Bérard, tous les accidents que peut entraîner le passage successif du froid au chaud et du chaud au froid, gradué dans le premier cas et brusque dans le second.

Voici comment s'exprime M. Malgaigne {Thèse sur V irrigation dans la maladies chirurgicales^ p. 73) sur les dangers des irrigations continues.

« D'abord elles tiennent la partie dans un état de réfrigération qui tead à appeler une réaction vive dès qu'on en soustraira les agents; l'inflammation survient ici comme arrivent les engelures après un refroidissement exagéré des mains ou des pied . On la combat en insistant sur les irrigations, c'est-à-dire, que Ton combat l'effet en insistant sur la cause, ce qui peut déjà expliquer ce grand nombre d'abcès qui pullulent malgré les irrigations ; mais de plus, et c'est là l'autre danger, on parvient en effet à force d'irrigations à étouffer toute puissance de réaction dans lapartie ; on parvient à y produire une sorte de scorbut local, par cette humidité constante qui est l'une des causes du scorbut général. De là le mauvais aspect des cicatrices, leur facilité à se rompre, et peut-être aussi le retard dans la consolidation ducal.

Cataplasmes.

Une chose qui excite souvent la surprise des hommes qui apportent dans la contemplation des faits vulgaires et journaliers un esprit d'observation et un sens véritablement pratiques, c'est la manière défectueuse, négligente, et par là même inefficace et souvent nuisible dont on applique les médications les plus usuelles.

Dans Tusage si journalier qu'on fait des cataplasmes, du sparadrap, da^ cérat, on est frappé des actes d'inintelligence qui se conomettent journellement. Or il faut bien comprendre une chose, c'est que ces objets si insignifiants, en apparence, tirent précisément non pas de leur banalité, mais de la fréquence extrême de leur emploi une importance considérable.

Les praticiens consommés savent très-bien en quoi pèchent toutes ces pratiques et trouvent moyen de pallier leurs inconvénients. Mais ce qui fait que leurs idées ne se vulgarisent pas, c'est qu'ils dédaignent d'attacher leur nom à des détails d'une minime importance intellectuellement parlant

Mais la question n'est pas, ce nous semble, de savoir si tel ou tel sujet est de nature à faire rejaillir 'de l'éclat sur le nom des praticiens, mais avant tout s'il est dans l'intérêt des malades qu'on s'en occupe. II y aura toujours assez d'honneur à acquérir s'il y a beaucoup d'utilité.

On désigne sous le nom de cataplasmes des topiques en consistance de bouillie destinés à recouvrir les régions malades.

Les bouillies dont on se sert pour faire des cataplasmes peuvent être

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