TITRE IL — PANSEBIENT PAR OCCLUSION
composées de substances très-diverses. La plus communément employée dans les hôpitaux et dans la pratique civile est la farine de graine de lin. Mais on peut également faire usage des farines de froment, de seigle, de pommes de terre, de m, délayées dans Teau, le lait ou une décoction mucilagineuse.
Sans nous occuper ici du mode de préparation des substances extrême* naent variées qu'on peut faire entrer dans l'a composition des cataplasmes, nous exposerons les principes qui nous paraissent devoir présider à leur application.
Seulement en ce qui concerne la farine de graine de lin que ses qualités onctueuses et émollientes ont fait généralement préférer, nous ferons remarquer que les livres classiques ont le grand tort de recommander qu'elle soit cuite dans Teau ; elle doit être purement et simplement délayée dans Teau bouillante. La farine cuite se prend en grumeaux, en croûtes plus ou moins solides qui nuisent à l'action du topique. — Mélangée simplement à de l'eau bouillante en proportions convenables, elle constitue une pulpe très-émolliente, totalement exempte des inconvénients que nous venons de signaler et qui remplit parfaitement le but qu'on se propose.
Les cataplasmes peuvent être appliqués soit à nu, soit entre deux linges. Le premier mode d'application présente des inconvénients réels et qui doivent le faire bannir de la pratique. D'abord la substance qui constitue le cataplasme n'étant pas retei^ue du côté où se fait l'application tend à glisser, à s'échapper. Or, la première condition d'efficacité d'un topique quelconque, c'est qu'il soit en rapport constant avec les parties sur lesquelles on veut agir. En second lieu, ces échappées de la bouillie ont l'inconvénient, de salir, soit le lit, soit les vêtements des malades. De plus, il est des régions, telles que les yeux, le nez, les lèvres, l'anus, la vulve, etc., sur lesquelles, l'application immédiate de la matière du cataplasme est impossible. Enfin les mouvements inévitables des malades, leur indocilité dans certains cas, sont autant d'obstacles qui ne permettraient pas de recourir aux cataplasmes à nu.
L'application entre deux linges est donc le meilleur mode qu'on puisse adopter, et voici de quelle manière on l'exécute : sur une compresse carrée ou rectangulaire on dépose la bouillie en l'étalant jusqu'à une certaine distance des bords de cette compresse, puis on recouvre le cataplasme d'un linge de toile fine, ou bien de gaze ou de mousseline claire ; on relève les bords de la compresse de manière à bien encadrer la bouillie et à empêcher qu'elle ne fuse sur les surfaces malades.
Le cataplasme une fois en place, je suis dans l'habitude de le recouvrir d'un taffetas gonuné conformément aux principes de V occlusion. En l'absence de cette précaution, le cataplasme manque bientôt aux conditions principales qu'il doit remplir pour être efficace. D'abord il perd son humidité et par suite son action émoUiente. En second lieu il se refroidit ; or on
sait que de la chaleur du cataplasme dépendent certains effets^ tels qnele relâchement des tissus, la détente des. parties enflammées, l'activité de la perspiration, etc. — Eh bien, l'emploi du taffetas gommé maintient la d»leur et l'humidité du cataplasme, et permet par conséquent de ne renoovêler ce dernier qu'à des intervalles beaucoup plus longs, et cela sans inconrenient pour le malade.
Grâce à la modification dont nous venons de parler, nous ne renouvelons pas les cataplasmes plus de deux fois dans les vingt-quatre heures. Toutefois il est bon de faire remarquer que la farine de graine de lin est susceptible de fennentation et ne saurait être laissée trop longtemps appliquée sans exposer à des éruptions exanthématiques ou vésieuleuees. — C'est surtout dans le cas où le cataplasme recouvre des parties en suppuration, qu'il faut se défier de cet accident.
i"* Calmer la douleur, â» diminuer la tension des parties, 3* favoriser la perspiration locale. — Telles sont les indications du cataplasme; mais il n'y satisfait qu'autant qu'il est appliqué d'après les principes du pansement
par occlusion.
Voyez ce qui en a été dit à l'article du pansement oopsécutif au drainage. (Article Drainage.)
TITRE III
APPLICATIONS RÉFRIGiBANTES.
L'emploi de ces moyens thérapeutiques devant faire l'objet d'une description étendue dans le traitement des maladies des yeux, nous croyons devoir renvoyer le lecteur à ce chapitre pour ne pas faire double emploi.
Nous ferons seulement connaître ici le résultat de nos recherches sur, l'application de la glace dans le traitement des hémorrhagies des cavités muqueuses.
Hémorrhagies des cavités muqueuses; nouveau mode (Papplication de h glace dans le traitement de ces hémorrhagies. — Bien peu de branches de la thérapeutique chirurgicale sont plus avancées que celle qui se rattache an traitement des hémorrhagies. Dans l'état actuel de l'art, on a généralement l'idée qu'un praticien à la hauteur des connaissances actuelles est en mesure, quand on l'appelle à temps, de maîtriser les hémorrhagies, même les plus effrayantes, par l'emploi judicieux et rapide des moyens proposée conti*e cette espèce d'accidents. Ce légitime espoir, cette confiance justifiée par tant d'épreuves, n'ont-ils rien d'exagéré, rien de décevant ? Ceux qui se sont trouvés aux prises avec les nombreuses difficultés de la pratique, et qui gardent dans leur mémoire le souvenir réfléchi de certains faits bien observés et bien interprétés, doivent hésiter, nous le pensons, à partager, sans quelques réserves, la sécurité qui règne trop généralement peut-être
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à cet égard. Aussi, malgré les heureuses conquêtes de la chirurgie jusqu'à ce jour, nous croyons qu'aucun praticien judicieux ne voudrait dédai* gner, connue une superfluité, aucun procédé nouveau, ayant pour objet d'apporter un perfectionnement quelconque à nos ressources hémostatiques.
Quand on examine les traités de chirurgie les plus modernes et les plus estimés, n'y voit-on pas dominer toujours, ainsi, du reste, qu'à toutes les époques de la science, une sollicitude particulière pour tout ce qui se rattache au traitement des hémorrhagies? Q'est qu'en effet, il s'agit d'une des plus belles prérogatives de l'art ; car, s'il est merveilleux de retenir, par la suspension artificielle d^une hémorrhagie, la vie qui s'échappe avec le sang, c'est toujours soit une faute grave, soit un revers pénible, même quand il est immérité, que d'assister impuissant à la destruction de l'oi^ganisme par une cause qui ti'étail pas fatale et irrévocable de sa nature.
Lorsqu'on thérapeutique, se présente une idée d'une simplicité telle, qu'il semble qu'elle ait dû s'offrir à tous les esprits, on se demande avec étonnement comment il se fait que cette idée soit restée jusque-là sans application dans la pratique. C'est la réflexion qui nous frappe en songeant à la facilité d'application et à la puissance d'un moyen dont l'efficacité s'est révélée à nous dans des circonstances récentes.
J'ai publié dans les Archives l'observation dans laquelle se trouvent renfennés les détails de la première application qui ait été faite du procédé dont il s'agit.
La proposition qui m'a servi de point de départ, et qui découle d'observations recueillies par moi à diverses époques, est celle-ci : // est des sujets qui périssent par l'effet d*hémorrhagies dontê le caractère^ comme cause de mort^ reste méconnu.
Appropriation des glaçons hémostatiques, — Nous indiquerons quelques moyens particuliers dans le but de porter d'emblée les facilités d'application aussi loin que cela est en notre pouvoir; car, il ne faut pas se le dissimu'* lor, si les doctrines peuvent se formuler par quelques grands aperçus, c'est par des détails souvent minutieux que vivent et se vulgarisent les méthodes tliêrapentiques. On ne trouvera donc pas étrange de nous voir insister sur certains détails, puérils peut-être aux yeux de ceux qui, voyant les choses de haut, ne les voient aussi que de loin.
Comment faut-il façonner le fragment de glace dont on doit se servir, pour l'approprier à sa destination ?
Faisons remarquer d'abord qu'au milieu de la glace fracturée au hasard et sans but arrêté, se rencontrent des fragments que les accidents de la rupture semblent avoir préparés tout exprès pour la cavité dans laquelle ils doivent porter leur action. Mais, admettons qu'il en soit autrement et qu'on ne trouve aucun fragment de la forme voulue : on peut, un fragment quel-
conque étant saisi avec la pince à griffes ou même tout simplement tenu avec un linge rude, le tailler avec un bistouri ou un couteau ; on peut cb* core, au moyen d'un fer à repasser ou d'une pelle à feu chauffée fortemeDl, et en manœuvrant ces corps à la superficie du morceau de glace, en modifier la forme par la mise en fusion de ses parties les plus saillantes et les plus anguleuses. Enfin une autre manière de se procurer des glaçons d'une forme voulue consisterait à faire congeler de Teau dans de petits récipients dont la forme serait appropriée, et d'obtenir cette congélation artificielle en faisant agir les mélanges ^frigérants connus pour déterminer la production de ia glace.
A Toocasion de ce dernier moyen, nous nous demandons si, en admettaDt qu'on eût le loisir de préparer par congélation le liquide destiné à arrêter une hémorrhagie, il ne serait pas possible de déterminer cette congélation sur une dissolution saline, ayant dès lors le double effet hémostatique de l'action réfrigérante et de l'action médicamenteuse attachée à la substance en dissolution. Telle serait, par exemple, une dissolution de sulfate d'alumine et de potasse. Ceci n'est qu'une prévision et n'a point encore été réalisé, mais peut-être trouvera-t-on dans cette idée de porter, à l'aide de la glace qui entrerait en fusion, une substance médicamenteuse sur uu point déteiminé, peut-être, dis-je, trouvera-t-on le germe de quelques applications utiles en thérapeutique.
Comparons le mode d'application hémostatique dont il s'dgit avec remploi dû cautère actuel, souvent conseillé en chirurgie. Nous sommes tout d'abord frappé d'une double différence, tout à l'avantage du moyen que nous préconisons :
i^ Eu égard à la durée d'action, nous voyons que si le cautère actuel a une action plus vivf ,11 a aussi une action beaucoup moins durable. Il faut que son effet hémostatique soit immédiat et complet, ou bien il court le risque d'être nul, sinon même nuisible ; ce n'est qu'à ces deux conditions de réussir subitement et complètement qu'il est avantageux. S*il ne réussit pas d'emblée, il est fort douteux qu'il réussisse à une seconde application : •en effet, l'eschare produite, même quand elle est insufiSsante pour arrêter r hémorrhagie, est plus que suffisante pour empêcher une réapplication véritablement efficace. Rien de semblable dans l'usage du fragment de glace : une première application, loin d'entraver la seconde, en prépare plutôt le succès, et quant à la durée, on peut la rendre aussi prolongée qu'on le juge convenable. Si, au contraire, une première cautérisation au fer rouge laisse l'hémorrhagie se reproduire, on est à bout de moyens, et l'art a dit son dernier mot. Quand l'application de la glace n'aurait pour principal avantage, ce que je suis loin d'admettre, que de laisser le champ libre et intact à d'autres moyens, et, en fin de compte, à la cautétisation elle-même, ne serait-ce pas déjà une supériorit('*?
Mais il en est une autre plus sérieuse, à savoir : que l'applicalioo pro-
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longëe de la glace sur un point déterminé d'une muqueuse^ en admettant qu'elle pût produire la gangrène par congélation, serait toujours loin de cette mortification que produit^ avec une égalité proportionnelle d'énergie, le cautère actuel. Assurément la seule application de la glace, dans les cas dont nous parlons, ne serait jamais susceptible de produire la perforation d'un réservoir ou d'un vaisseau, ainsi que cela a pu être justement reproché, dans certains cas, à l'application du fer rouge.
Puisque nous en sommes sur cette question deseschares, faisons encore ressortir cette différence entre le fer rouge et la glace, comme agents hémostatiques, que le premier moyen produit forcément une eschare, et que c'est même là sa condition d'efiBcacité; tandis que l'autre, s'il arrive jamais à ce résultat, ne le produira, on peut l'affirmer, que d'une manière exceptionnelle. Avec l'un, toujours l'eschare ; avec l'autre, l' eschare pi'esque jamais.
L'application du bouton de glace présente du reste, avec l'emploi du cautère, cette autre analogie, que l'on peut, dans les deux cas, circonscrire assez exactement dans le point voulu l'action du moyen hémostatique. Mais il y a cette différence tout à l'avantage de la glace^ que si, en la portant sur le point qu'on veut atteindre, on vient à toucher d'autres parties, et si, pendant la durée de l'application, on ne préserve pas assez exactement le voisinage, il n'y a par la glace aucun inconvénient, tandis qu'il y en a sûrement avec le feu.
V Hémorrhagies du conduit auditif externe, — Ces hémorrhagies, en tant qu'elles ne sont pas symptomatiques d'une fracture du rocher, et pour peu qu'on n'accorde pas le titre d'hémorrhagies à des écoulements sanguins de peu d'importance, sont des cas rares et dont on ne possède, je le crois, qu'un bien petit nombre d'exemples dans la science; maisenfin^ s'il s'en présentait, on pourrait, à l'aide d'un fragment de glace façonné sur la grandeur du conduit, chercher à tarir l'écoulement du sang dans cette cavité.
2* Hémorrhagies des fosses nasales. — Dans les cas où il surviendrait une hémorrhagie assez grave pour exiger le tamponnement, procédé presque barbare et toujours douloureux, en quelque lieu qu'on l'applique, on pourrait recourir aux fragments de glace.
Deux voies d'introduction se présenteraient : i*^ en avant, l'ouverture de la narine ; ^ en arrière, l'orifice postérieur, plus spacieux, de la fosse nasale, dans lequel on pourrait pénétrer en employant des pinces de Museux très-fortement coudées sur leurs branches.
3* Les hémorrhagies de la langue se prêtent merveilleusement à l'emploi de ce moyen hémostatique qui, pouvant suivre l'organe blessé dans toutes ses variations de position et de volume, permet d'exercer sur le point d'où le sang coule une action réfrigérante non interrompue. J'en citerai des exemples.
4'' Les hémorrhagies alvéolaires, — à la suite de l'avulsion des dents, pourraient être combattues par ^'introduction d'un fragment de glaœ préparé à cet effet et susceptible de s'enfoncer dans Talvéole à la manière d'une cheville hémostatique.
Au sujet des hémorrhagies alvéolaires, qu'il me soit permis de rappeler un cas dans lequel j'eus recours à un moyen proposé pour arrêter les hémorrhagies nasales. Ce moyen, je crus pouvoir l'employer sans grand espoir, il est vrai, mais en me fondant sur Tanalogie de voisinage entre une hémorrhagie de l'alvéole et une hémorrhagie du nez. C'est chez un peintre anglais qui avait été chargé de travaux de réparation dans la salle do Parlement.
Obs. 1. — Venu en France pour faire quelques études à ce sujet, M. X... fui obligé, à raison de douleurs très-vives causées par une dent cariéei de se la faire arracher ; c'était gne grosse molaire. L'écoulement sanguin, après avoir continué beaucoup plus longtemps que cela n'a lieu d*ordinaire, flnit par se convertir en une véritable hémorrhagie, contre laquelle le frère du malade employa sans résultats divers moyens, et entre autres, Fagaric tassé par petits fragments dans l'alvéole d'où provenait le sang. Effrayé de l'état d'affaiblissement dans lequel se trouvait son frère, il vint me chercher. A mon arrivée, je trouvai la cavité buccale occupée dans une portion de son étendue par des caillots : je la détergeai complètement, partie avec les doigts, partie en faisant gargariser. L'amadou porté dans l'alvéole était complètement imbibé. Dans le but d'utiliser, par l'emploi d'un moyen que je n'avais pas encore essayé en pareille circonstance, les quelques instants de repos que je voulais laisser au malade avant de porter dans l'alvéole un stylet recourbé, rougi au feu, je fis mettre le bras dans une position élevée et l'y fis maintenir par une des personnes présentes. L'état de faiblesse du sujet ne lui aurait pas permis de prendre et à plus forte raison de garder cette position. Le sang ayant paru s'arrêter soos l'influence de l'attitude ci-dessus mentionnée, je la Bs continuer pendant près d'une demi-heure; après quoi^ ne voyant rien paraître, je me retirai en prescrivant de maintenir la position du bras aussi longtemps qu'elle ne deviendrait pas insupportable. L'hémorrhagie ne reparut ni dans la nuit ni le lendemain.
J'ai déjà dit un mot des hémorrhagies de la langue; j'y reviens à l'occasion d'un fait que je vais mentionner. 11 est peu d'organes se prêtant mieux à une heureuse application du moyen que je préconise, que la langue, soit qu'elle ait été atteinte par un traumatisme purement accidentel, soit qii' elle ait été l'objet d'une opération régulière. J'ai obtenu, dans un cas d'amputation, un résultat qui a confirmé de tout point les espérances que j'avais fondées sur ce moyen énergique pour réprimer les hémorrhagies des cavités muqueuses. L'intérêt qui s'attache à toute observation dans laquelle un mécanisme chirurgical se trouve employé |K)ur la première fois m'engage à donner ici une analyse de cette obser* vation, que j'ai' recueillie avec soin.