DE LA BOUCHE
L'atrésie complète de la bouche, qu'elle soit congénitale ou acquise, peut être efficacement combattue par l'opération suivante :
On incise dans le sens et dans le lieu de l'ouverture naturelle de la bouche, et lorsque l'instrument a pénétré dans la cavité buccale, on le remplace par des ciseaux dont on glisse une des lames à travers l'incision, de manière à tomber sur les points où l'adhérence est le plus faible.
Quand l'oblitération est incomplète, l'opération est encore plus facile, vu la possibilité de suivre dans la bouche les instruments dont on se sert. Il ne faut pas se dissimuler toutefois les difficultés qu'on éprouve à rétablir l'ouverture naturelle de la bouche par de simples incisions. Presque toujours les lèvres séparées par l'intervention chirurgicale se rejoignent opiniâtrement.
Voici les procédés opératoires qui ont été imaginés pour remédier à cette difformité.
Procédé de Boyer. — On fend transversalement les commissures en donnant à la bouche une étendue supérieure à celle qu'elle doit conserver, parce que les bords de l'incision tendent toujours à se rétrécir, et en évitant de blesser les artères latérales qui passent près des commissures. On s'oppose à la réunion des bords de la plaie au moyen de lames d'argent recourbées.
Procédé de Dieffenbach. — On tend la lèvre en saisissant sa commissure avec le pouce et l'index de la main gauche, ou bien avec une érigne double si l'orifice buccal est trop étroit ; puis l'on plonge un peu au-dessus de la commissure, entre la muqueuse et le reste de la lèvre, l'une des lames d'une paire de ciseaux que l'on retourne vers le tégument, lorsque l'on jugera qu'elle est arrivée assez loin pour agrandir suffisamment la bouche, et l'on coupe d'un seul coup tous les tissus qui recouvrent la membrane muqueuse. On fait la même chose un centimètre et demi plus bas, on réunit ces deux incisions en dehors par une petite incision semi-lunaire, et saisissant avec une pince à disséquer le lambeau ainsi circonscrit, on le détache en ayant soin de ne pas léser la membrane muqueuse.
Cette dissection achevée, on incise transversalement la membrane muqueuse jusqu'à 6 ou 8 millimètres de la commissure nouvelle, et l'on réunit par des points de suture isolés les bords de cette membrane avec la peau correspondante des lèvres.
Pareille opération est pratiquée sur l'autre commissure.
Procédé de M. Serre de Montpellier. — Au lieu d'enlever un lambeau
416 SECT. V. — OPÉR. SUR L'APPAREIL BUCCO-PHARYNGIEN. de peau, on prolonge les commissures par de simples incisions comprenant toute l'épaisseur des lèvres, puis on réunit la peau et la muqueuse par une suture à points séparés.
De ces trois procédés, nous donnons de beaucoup la préférence à celui de Dieflenbach. Toutes les fois que dans des opérations analogues on De rend pas très-Facile et très-large le renversement de la muqueuse, on est exposé à un insuccès, et ici l'insuccès est une aggravation de l'altération primitive, attendu que l'opération qui vient d'être faite donne toujours lieu à un travail cicatriciel et modulaire qui ajoute aux difficultés antérieurement existantes.
TITRE III
DOUBLE LÈVRE (LABIUM SUCCEDANEUM) (BABINES HUMAINES),
Sous celte dénomination on comprend un vice de conformation de U lèvre, lequel consiste dans une duplicature delà muqueuse, ou si l'on veut. dans l'existence d'un bourrelet muqueux à la face interne de la lèvre. Ce bourrelet peut ne constituer qu'une simple difformité et dès lors n'exige aucune opération, mais d'autres fois il peut donner lieu à des inconvé nients assez nombreux et assez marqués pour nécessiter l'intervention chirurgicale.
Parmi ces inconvénients, nous devons signaler un embarras particulier de la parole, un vice de la prononciation, qui s'accompagne de la projectios involontaire de la salive, L'ulcération fréquente du repli muqueux, quelquefois froissé par les dents, durant l'acte de la mastication, et enfin des engorgements sous-maxillaires consécutifs.
Chez une jeune fille que j'ai opérée à l'hôpital Lariboîsière, il y avait un commencement de goitre. Or je me suis demandé si dans ce cas il n'existait pas quelque relation entre l'hypertrophie du corps thyroïde et la lèvre succédanée.
Quoi qu'il en soit, voici le mode opératoire auquel j'ai recours en pareil cas.
Au moyen de deux pinces à fermoir et à branches très-plates, je saisis dans toute sa longueur, tant à droite qu'à gauche et à sa base, le bourrelet dont je veux pratiquer l'excision. Puis, afin de préparer à l'avance les moyens de suture, de manière à fermer, aussitôt faite, la plaie d'opération, je place six aiguilles traversant toutes dans le sens vertical la base du bourrelet en arrière des pinces. Une fois ces aiguilles placées, la section du bourrelet est pratiquée avec des ciseaux courbes au ras des pinces, et il ne reste plus, pour fermer la plaie, qu'à nouer par un simple nœud les fils que doivent entraîner avec elles, après l'excision faite, les aiguilles placées à l'avance.
Il y a un très-grand avantage à pouvoir fermer sur-le-champ par des
points de suture la plaie qui vient d'être faite, par la raison que cette suture est le meilleur hémostatique à employer et qu'il faut s'attendre à un écoulement sanguin assez vif. En effet, les artères de la lèvre étant principalement placées sous la muqueuse, ces vaisseaux sont nécessairement divisés. Dans le but de prévenir l'inflammation et de modérer le gonflement qui en est la conséquence, on applique de petits sacs de glace sur la lèvre opérée.
Obs. — Le 21 décembre 1853, M. le docteur Joli y m'adressa un malade, nommé Lejeune, pour une difformité de la lèvre supérieure, difformité consistant en un bourrelet de cette lèvre.
Je trouve la lèvre supérieure, bordée à la partie interne par une duplicaturc muqueuse fort épaisse qui apparaît même quand la bouche est fermée.
A certains moments de l'année, pendant l'hiver par exemple, ce bourrelet proémine au point de former une véritable tumeur entre les deux lèvres, souvent, et surtout dans le milieu de sa longueur, il est le siège d'une excoriation qui devient très-douloureuse. Alors même que l'excoriation n'est pas à vif, le bourrelet est en tout temps le siège d'une encoche médiane qui le divise en deux portions latérales exigeant chacune une opération distincte.
En me confiant ce malade, M. Jolly appelle mon attention sur les faits suivants :
Une jeune dame, femme d'un agent de change, est opérée par Dupuytren, pour un prolapsus muqueux de la lèvre supérieure. Point de réussite.
Une autre dame, femme d'un notaire, est présentée à Sanson. On insiste auprès de ce dernier chirurgien pour lui faire emarquer qu'une opération du même genre faite par Dupuytren n'a pas eu de succès; qu'il est donc permis dépenser qu'il y a ici quelques difficultés plus grandes qu'on ne le penserait au premier abord, et qu'il y a lieu de se tenir sur ses gardes. Sanson, averti et quoique tenant bonne note de l'avis à lui donné, opère et échoue complètement.
Malgré les chances défavorables que présentait l'opération, j'ai excisé la lèvre succédanée dans toute sa longueur, et j'ai rapproché les bords de la plaie par quelques points de suture. — L'opération a été suivie d'un succès complet.
J'ai eu l'honneur d'être assisté dans cette opération par M. Soupart chirurgien belge d'une grande distinction et qui a fait connaître de trèsingénieux procédés pour l'amputation ovalaire appliquée à la continuité des membres.
TITRE IV