DEUXIÈME CATÉGORIE
I ° Plaies pénétrantes du cou. — Les plaies pénétrantes du cou peuvent donner lieu à des indications bien fondées pour la trachéotomie; mais il importe de distinguer avec soin les modes très-différents suivant lesquels se produit la suffocation. Celle-ci peut menacer les jours du malade soit au moment même de la blessure, soit uji peu plus tard, en donnant lieu, dans le premier cas. à l'obturation immédiate des voies aériennes par des corps
qui jouent le rôle de corps étrangers, dans le second, à la compression consécutive des mêmes voies par le gonflement inflammatoire.
Aux cas de la première espèce se rattachent ceux où le sang fait irruption dans les bronches et ceux dans lesquels une portion détachée des cartilages vient former corps étranger plus ou moins mobile. Nous devons rappeler ici les cas où l'héraorrhagie, se faisant dans la trachée à la suite d'une plaie du cou, produit la suffocation. Dans l'observation suivante empruntée à Morgagni, on peut supposer que rhémorrhagie a déterminé la suffocation et la mort qui s'ensuivit : « Un homme fut blessé à la partie « inférieure du cou ; la plaie que l'arme avait faite en entrant était à peine (i éloignée d'un pouce de la plaie de sortie. La mort survint promptement, • précédée par des symptômes de suffocation. • (Morgagni, De sedibta et causa morborum, epist. lui.)
Les cas dans lesquels l'épiglotte, divisée à la base, tombe sur l'orifice supérieur du larynx, ne paraissent pas très-rares. Larrey a rapporté plusieurs faits de ce genre, et entre autres l'observation d'un blessé qui, près de succomber par suffocation, ne dut son salut qu'à l'incision du cartilage thyroïde pratiquée par M. Emangard. (Larrey, Clin, chir., t. II, p. 153. observ. 8.)
M. Houston a vu également un homme qui s'était ouvert la gorge d'un coup de rasoir, près de succomber parce que l'épiglotte, divisée à sa base, tombait sur l'orifice supérieur du larynx et causait de la suffocation. (Dublin s hospitol Reports, 1820, t. V, p. 315.)
Voici enfin quelques exemples d'asphyxie déterminée par le gonflement et l'inflammation des parties qui avoisinent les voies aériennes : Un jeune homme, observé par Habicot, fut frappé de vingt-deux coupe d'épée et de couteau à la tête, au visage, à la gorge, etc. Le soir du jour même delà blessure, le malade était près de suffoquer par l'inflammation et le gonflement survenus à la gorge, ce qui détermina le chirurgien à faire une ouverture à la trachée- artère, au-dessous de là plaie qui répondait à la partie supérieure du larynx. La respiration fut rétablie sur-le-champ et la guérisou était parfaite trois mois après. (Sabatier, M éd. opératoire, 3* édit., t. IV, p. 72.)
Enfin, les plaies du cou peuvent donner lieu à l'indication de la trachéotomie dans des circonstances particulières, ainsi que nous avons été à même de l'observer dans un cas très-grave où la suffocation était imminente. (Voyez Leçons sur la trachéot., Paris, 1855, p. 47.)
2° Tumeurs. — Parmi les tumeurs qui compriment la trachée et qui donuent lieu à l'indication de la trachéotomie, nous noterons l'emphysème du< oi, les tumeurs cancéreuses, les tumeurs scrofuleuses, les kystes du cou, les auévrvsmes.
A. Emphysème. — L'emphysème du cou peut donner lieu à l'indication d'ouvrir la trachée. C'est ce qui arrive dans les cas où la tuméfaction est
TITHE VI. — THACHÉOTOMIE. 8W
assez considérable pour comprimer ce conduit et déterminer la suffocation. A. Paré rapporte l'observation d'un homme chez lequel un coup d'épée détermina une plaie de la trachée. Cette plaie, ayant été réunie au moyen de la suture, amena un emphysème général qui faillit faire périr le blessé. (Œuvrez chirurgicales, Paris, 1840, t. II, p. 91.)
B. Tumeurs cancéreuses. — Des tumeurs cancéreuses développées sous le feuillet profond de l'aponévrose cervicale, le long des vaisseaux carotidiens, peuvent devenir pour la trachée une cause de déformation et de compression capable de déterminer des phénomènes asphyxiques. Quoique réduite dans ces cas au rôle d'une manœuvre palliative et à effet temporaire, la trachéotomie peut être imposée par l'imminence des accidents.
G. Tumeurs scrofuieuses. — Ces aortes de tumeurs, lorsqu'elles acquièrent un volume considérable, peuvent aussi déterminer la mort par asphyxie. M. Moulinié a vu la mort survenir de celte manière chez une jeune fille de dix-sept ans, chez laquelle d'énormes tumeurs scrofuieuses ae développèrent sur les côtés du cou. (Moulinié, Considérations cliniques sur (es engorgements, 1840, p. 76.)
D. Kystes du cou. — Il est permis de remédier, à l'aide delà trachéotomie, aux accidents de suffocation que les kystes du cou, par leur volume ou leur disposition autour de la trachée, peuvent déterminer. Un malade observé par Maunoir aine éprouva des accidents qui firent croire à une communication anormale entre le kyste et le larynx. (Mémoire sur l'hydrocèle du cou, p. 99.)
Dupuytren a observé des faits analogues. En 1837, le docteur Werner afait l'autopsie d'un jeune enfantqui périt avec des symptômes d'asphyxie. Plusieurs kystes volumineux occupaient les espaces intermusculaires de la région sus-hyoïdienne et repoussaient la langue en arrière. (Casper, S., Wochenschrtft, 1837, n"4i-44.)
E. Goitre. — Il est une classe de goitres que j'appelle goitre» eomitrietrar», variété dans laquelle la trachée subit un resserrement tel, que le sujet est voué à une mort presque certaine. Parmi ces goitres, il en est de cancéreux. On peut les enlever. J'ai fait l'ablation d'une tumeur de ce genre chez une malade de l'hôpital Saint-Antoine, et, à part l'imminence de récidive, l'opération a parfaitement réussi.
Quand cette opération peut être faite, elle amène la cessation immédiate de la compression trachéale. Ces cas-là ne donnent pas matière à indication pour la trachéotomie.
La trachéotomie dans les goitres cancéreux ne peut être considérée que comme un palliatif de très-courte durée qu'il ne faut cependant pas refuser aux malades à titre de dernier recours que leur offre la chirurgie pour prolonger de quelques semaines, peut-être de quelques mois, une existence déjà condamnée. Le plus habituellement l'aplatissement de la trachée se