‹ Traité clinique et pratique des opérations chirurgicalesChapitre 184 sur 236 · TITRE VIL *- ANUS CONTRE NATURE · texte numérisé non relu

TITRE VIL *- ANUS CONTRE NATURE

volume, afin d'entourer l'éperon depuis sa base jusqu'à son bord libre ; puis on exercerait la constriction progressive de cet éperon de manière à en obtenir la section complète dans l'espace de vingt-quatre, trente-six, quarante-huit heures.

Dans la séance du 30 septembre 4857, j'ai présenté à la Société de chirurgie un malade affecté d'un anus contre nature siégeant dans la fosse iliaque droite, tout à fait adossé au ligament de Fallope et paraissant exister sur le cœcum.

J'ai déjà tenté infructueusement l'opération par autoplastie. Un lambeau a été taillé aux dépens de la paroi abdominale et appliqué sur l'ouverture anormale. Malheureusement une inflammation très-vive s'est emparée de ce lambeau ; il y a eu rupture des fils, décollement de la portion de peau empruntée aux parties voisines, et, finalement, reproduction de la maladie.

Une deuxième opération a été pratiquée par M. Reybard dans le service de M. Velpeau. Cette tentative a été plus heureuse. L'observation a été publiée dans la thèse d'agrégation de M. Foucher. La guérison paraissait complète. Mais en examinant aujourd'hui l'état des parties, voici ce que l'on constate.

Il n'y a pas issue de la totalité des matières intestinales par l'ouverture accidentelle ; une partie de ces matières traverse la partie inférieure de l'intestin et sort par l'anus. Pour obvier aux inconvénients qu'entraînerait la sortie continuelle des matières, le malade a recours à un mode de pansement consistant en un certain nombre de compresses superposées en forme de pyramide et qui sont appliquées de telle sorte que le sommet de la pyramide corresponde à l'enfoncement que présente l'ouverture anormale. De cette manière on arrête, au moins momentanément, l'écoulement des produits excrémentitiels, et le malade peut se lever et marcher.

Lorsqu'on lève l'appareil pour étudier cet anus contre nature, on reconnaît un très-bel éperon membraneux au dessus et à droite duquel se trouve l'ouverture du bout supérieur de l'intestin, tandis que l'orifice du bout inférieur se sent au dessous de l'éperon.

Quel est le principe qui doit dominer le traitement des anus contre nature? C'est la destruction de l'éperon. Pour atteindre ce but, nous nous proposons de traverser la base de l'éperon avec un tube élastique que nous laissons en place pendant quelques jours et qui nous servira plus tard à passer la chaîne d'un écraseur. La ligature métallique mise en jeu détruira dans toute sa hauteur la saillie membraneuse.

Ce simple exposé de la manœuvre permettra de mieux saisir les détails de l'opération suivante :

J'engage le doigt indicateur gauche dans le bout supérieur, le doigt médit» gauche dans le bout inférieur; puis, sentant très-distinctement l'éperon par les parties latérales de ces doigts, je glisse le long du médius la

canule d'un trocart très-recourbé jusque dans le point où je crois pouvoir fixer la limite <Je la section de l'éperon.

Appuyant alors cette canule à travers l'épaisseur de l'éperon, je retire le médius, je retourne la pulpe de l'indicateur contre l'extrémité de la canule, je fais saillir le poinçon du trocart. et, au moyen de cette pointe Je pénètre du bout inférieur de l'intestin dans le bout supérieur.

Une fois que le trocart, armé de sa canule, a traversé l'épaisseur de l'éperon, je ramène à l'intérieur de sa gaîne le poinçon de l'instrument, pais, par un mouvement de courbe, je fais sortir à l'orifice de l'anus accidentel l'extrémité de la canule.

L'éperon est donc traversé à sa base par l'instrument qui vient d'être employé, et l'on peut le faire apparaître au dehors, en ramenant à soi et en masse la concavité du trocart. On voit que l'éperon, quoique un peu tassé sur lui-même, n'a pas moins de deux travers de doigt et demi d'étendue.

Il ne s'agit plus alors, pour préparer une voie facile à la chaîne de l'écraseur, que d'engager à la place de la canule un tube à drainage. Si non faisons usage de l'anse élastique en cette circonstance, ce n'est pas pour déverser au dehors un liquide quelconque, c'est tout simplement pour établir une voie artificielle au moyen d'un corps étranger habituellement inoffensif, l'expérience de tous les jours nous démontrant que l'on peut impunément traverser des épaisseurs considérables de nos tissus k l'aide des* tubes à drainage, sans susciter presque aucune inflammation.

Complications de l'anus contre nature. Cas de protraslon de

l'intestin.

Dans la séance du 20 février 4856 de la Société de chirurgie, j'ai formulé de la manière suivante les indications auxquelles donne lieu celte complication de l'anus contre nature.

La première indication consiste à réduire l'intestin, soit à l'aide de b glace, soit à l'aide du taxis. Dès que cela sera fait, on pourra tenter d'introduire une sonde ou une série de sondes dans le bout inférieur, de manière que ces instruments, venant presser sur la terminaison en cul-desac du rectum, fassent proéminer celui-ci au périnée. Dans un cas de ce genre, et en réunissant cinq sondes bout à bout, j'ai pu leur faire parcourir toute la portion du gros intestin sous-jacente à l'anus artificiel, et arriver ainsi à la terminaison inférieure du rectum.

La réduction faite, il faudrait prévenir l'issue nouvelle de l'intestin. C'est là un point difficile. On y parviendrait en engageant dans les deux bouts à la fois un gros tube de caoutchouc recourbé qu'on fixerait solidement au dehors, et dont la cavité centrale permettrait le cours des matières fécales du bout supérieur vers le bout inférieur.

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