TITRE VII. —ANUS CONTRE NATURE
De la su tare directe dans le traitement de Panas contre natnre.
Le fait que nous allons rapporter est un intéressant exemple du succès de la suture directe dans un cas d'anus contre nature. La nature même de la hernie, qui appartenait à cette classe de déplacements que Ton peut désigner sous le nom de hernies latentes, se recommande encore à l'attention.
Quand on a voulu différencier l'anus contre nature de la fistule intestinale, on a assigné au premier les caractères suivants : 1° un caractère anatomique, c'est l'adossement de deux bouts d'intestin à la manière d'un fusil double avec éperon vaivniaire entre les orifices des deux canaux adossés ; 2° un caractère physiologique , c'est l'écoulement au dehors de la presque totalité des matières que renferme l'intestin.
Ces deux caractères sont, en effet, d'une grande importance et très-réels dans la grande majorité des cas; mais ils ne sont point absolus, ainsi que nous allons le démontrer.
Prenons d'abord le caractère anatomique, c'est-à-dire l'adossement avec éperon valvulaire ; ce caractère s'applique parfaitement aux anus contre nature qui siègent sur le trajet de l'intestin grêle; mais cherchez-vous à l'appliquer, dans le cas de larges perforations, occupant les vastes ampoules que présente, sur quelques points de son trajet, le gros intestin, les ampoules du cœcum ou du côlon transverse par exemple, vous voyez que ce caractère peut manquer par une raison qui prend naissance dans l'état anatomique des parties, le gros intestin ne se comportant pas généralement, dans l'intérieur des hernies, de la même manière qu'une anse de l'intestin grêle. Et quant au caractère physiologique, il suffit de rappeler ces mots : issue complète ou presque complète des matières, pour reconnaître qu'il ne saurait avoir une signification absolue.
C'est pour cela, et parce qu'il y a réellement des cas qui sont, en quelque sorte, intermédiaires entre la fistule intestinale et l'anus contre nature, que vous verrez certains chirurgiens se prononcer dans tel cas particulier pour I'existcnee d'un anus contre nature, làoti d'autres non moins compétents ne verront qu'une fistule intestinale.
L'observation que nous allons rapporter appartient évidemment à cette classe de faits intermédiaires dans lesquels la désignation est, en quelque
sorte, facultative.
La science possède encore très-peu d'exemples de guérison d'anus contre nature traités par la suture directe, sans intervention de moyens autoplastiques ou sans une opération spéciale consistant à détruire l'éperon d'après la méthode de Dupuytren.
Un coup d'oeil rapide sur l'état de la science à ce sujet fera comprendre l'importance que nous attachons à notre observation. Elle est, en effet, d'autant plus remarquable, que le succès de l'opération a eu lieu dans
une région où il est encore plus difficile que dans toute autre d'obtenir la guérison. Voici comment s'exprime Scarpa sur ce point:
Les hernies ombilicales et ventrales donnent presque toujours lieu à des anus contre nature incurables, lorsqu'elles viennent à se gangrener. (Scarpa.)
On verra, d'après notre observation, que ce jugement porté par Scarpa n'est pas sans appel.
En 1739, Le Cat, ayant eu à traiter, dans son hôpital, une femme affectée depuis plusieurs mois d'anus contre nature, eut l'idée de rapprocher, à l'aide de la suture, les lèvres de la plaie, préalablement rafraîchie, et de les maintenir en contact, afin de forcer les matières à s'engager dans le bout inférieur de l'intestin. Le Cat se proposait d'introduire auparavant une canule dans le bout inférieur, afin de le dilater et de le disposera recevoir les matières. L'anus contre nature qu'il avait à traiter était compliqué d'un double renversement de l'intestin ; il ne put jamais réduire la tumeur et renonça à son projet.
Burns eut recours au même procédé et échoua également. Après avoir avivé les lèvres de la plaie au moyen d'un caustique, il les réunit par un fil passé en croix à l'aide d'une aiguille. L'ouverture se ferma ; mais, quelques jours après, elle s'ouvrit de nouveau, et le malade ne se prêta pas à un second essai.
On trouve dans la thèse de Léotard (1819, n° 160) la relation d'une tentative analogue qui ne fut pas plus heureuse. Le chirurgien incisa cûculairement la peau à quelque distance de la membrane rouge qui bordait la fistule; il la disséqua ensuite dans toute sa circonférence, la renversa vers le centre de la fistule, et maintint en contact les bords nouvellement divisés, au moyen de deux points de suture, aidés de la position la plus favorable et d'un pansement convenable. Le second jour, l'appareil était déjà pénétré de matières; après l'avoir enlevé, on trouva que les fils avaient coupé les parties qu'ils devaient maintenir unies.
Enfin la même opération, ayant été tentée par Blandin, échoua non moins complètement; des accidents survinrent et l'obligèrent à rouvrir la plaie.
Richerand a rapporté, à l' Académie de médecine, un exemple de suture pratiquée avec succès par Judey pour un anus anormal de la région inguinale.
Quand on recherche à quoi peut tenir l'insuccès des opérations dece genre, on reconnaît bientôt que, surtout dans la région ombilicale, la non-réussite dépend de ce que le ravinement du tronçon fistuleux n'est presque Jamais complet, et de ce que le rapprochement des parties ravivées, se faisant très-bien a la surface, ne se fait pas également bien dans la partie profonde, par la raison que, l'ouverture existant dans un tissu fibreux comme celui de la ligne blanche, il est très-difficile de juxtaposer avec exactitude les deux lèvres de l'orifice profond.