T1THE VU. — ANUS CONTRE NATURE
Enfin un dernier obstacle consiste en ce qu'entre l'orifice cutané et l'orifice profond ducanal accidentel par lequel la cavité de l'intestin communique au dehors, il existe un décollement, une sorte de cfcamfcre o« ▼«•tiirale qui rend plus difficile encore la juxtaposition parfaite des deux parois du trajet accidentel. Qu'arrive-t-il alors? La peau, qui prête facilement, est ramenée à un contact parfait, quand elle a été ravivée convenablement. Elle permet au travail cicatriciel de s'établir; mais l'orifice intestinal proprement dit reste béant, déverse au dessous de la peau des produits irritants, et alors, au moindre obstacle apporté dans le cours des matières, un nouvel abcès stercoral se forme et s'ouvre ou est ouvert avec irruption de matières fécales au dehors. Nous avons été plusieurs fois témoin de cette circonstance chez divers malades.
Ce n'est donc qu'à la condition H9 de raviver non-seulement l'orifice cutané, mais encore l'orifice intestinal et fibreux du trajet de l'anus accidentel ombilical ; 2° de juxtaposer avec une égale exactitude les lèvres de chacun de ces orifices l'une à l'autre ; 3° enfin d'adopter un mode de suture qui rapproche les deux orifices l'un de l'autre en raccourcissant la longueur du trajet qui les sépare, ce n'est, dis-je, qu'à cette condition qu'on peut espérer d'arriver à la réunion complète des parois du trajet fistuleux : c'est ce que nous avons fait dans le cas particulier, et cette conduite a eu les plus heureux résultats.
M. Velpeau, dans le but d'obtenir plus sûrement la juxtaposition des deux lèvres de l'orifice profond, a donné le conseil, très-ingénieux, selon nous, de pratiquer à l'orifice externe une perte de substance ellipsoïde, afin que les lèvres de l'orifice cutané ne pussent être amenées en contact, sans qu'il en résultat une tendance au rapprochement des parties profondes. Quoique nous n'ayons eu recours à la perte de substance elliptique que dans un but d'exploration des parties profondes de l'anus contre nature, et bien que le procédé que nous avons suivi diffère à plusieurs égards de celui de M. Velpeau (entre autres différences, nous devons rappeler que M. Velpeau prescrit de ne point faire porter le ravivement sur l'orifice profond du trajet), nous sommes porté à croire que la partie de son procédé qui se rapporte à l'ablation tégumentaire elliptique n'a pas été sans influence sur le résultat que nous avons obtenu.
Voici maintenant l'observation qui nous est propre.
Obs. — Hernie sus-ombilicale latente et placée dans le voisinage d'une hernie ombilicale vraie; étranglement; sphacèle; anus contre nature du côlon transverse. — Traitement par les injections iodées, insuccès ; opération par suture directe, gué' rison. — M. Mal le t, me Royale, 20, âgé de 51 ans, employé au ministère des finances, était atteint, depuis plus de 20 ans, d'une hernie ombilicale du volume d'une noix, hernie qu'il maintenait par une ceinture; la hernie était réductible, et siégeait dans l'emplacement même de l'ombilic. On ne s'était jamais douté jusque-là qu'il existât d'autre hernie que celle qui se voyait à l'ombilic.
En février 1853, il fut pris de violentes quintes de toux; il se livra à des travaux plus fatigants que d'habitude, et contint plus défectueusement encore qu'à l'ordinaire Ja tumeur herniaire. Bref, un jour, dans l'après-midi, la hernie s'étrangle, ou du moins donne lieu à des vomissements. Un médecin fort instruit est appelé et réduit la hernie. Les phénomènes d'étranglement s'apaisent; mais une tumeur sus-ombilicale persiste, s'échauffe, nécessite des applications de sangsues, des cataplasmes, le repos, des purgatifs doux en commençant, bientôt plus énergiques. Lorsque je suis appelé, dans les derniers jours de mars, je trouve une tumeur fluctuante, douloureuse, sonore à la percussion.
Il n'était pas douteux, dès ce moment, qu'une perforation n'existât à l'intestin.
Quand je vis que la tumeur fluctuante s'étendait de manière à produire un décollement de plus en plus considérable des téguments de l'abdomen, et que tout espoir d'une guérison spontanée était perdu, j'ouvris le foyer ; issue de gaz, de pus, et de matières fécales. — Lavage intus et extra, grande propreté; eau de Sedlitz.
Au bout de quelques jours l'anus anormal était établi, laissant échapper du pus et des matières fécales.
Il me fut facile de diagnostiquer une perforation du côlon transverse, et en effet le malade ne subissait aucun dépérissement; la nutrition chex lui était parfaite. Les selles se rétablirent; mais une perforation intestinale persistait et manifestait sa présence et sa nature non pas d'une manière continue, mais par des irruptions soudaines très-abondantes de la totalité des matières fécales, toutes les fois que les selles n'étaient pas évacuées régulièrement.
Cet état persiste pendant plusieurs mois, durant lesquels la hernie ombilicale conserve une mobilité complète, ce qui rend très-difficilement explicable l'existence de la fistule intestinale. En effet, la perforation ayant paru liée à des phénomènes d'étranglement, il semblait que tous ces phénomènes dussent se rattacher à la seule hernie apparente ; or celle-ci était parfaitement mobile de l'abdomen à l'extérieur, et vice versa. H était difficile de concilier une telle mobilité avec l'existence d'une fistule qui aurait eu des rapports quelconques avec cette hernie. L'opération qui fut faite plus tard nous a tout expliqué.
On savait donc que l'intestin était perforé, qu'il l'avait été colncidemment à des phénomènes d'étranglement compliqués d'une inflammation vive ; seulement on ne pouvait se rendre compte du mécanisme suivant lequel avait eu lieu cette perforation.
En résumé, il y avait ûstule aboutissant d'une manière nou douteuse au côlon transverse, et dès lors infirmité pénible, repoussante, obligeant le malade à des précautions extrêmes et déterminant des excoriations douloureuses sur toute la paroi antérieure de l'abdomen.
11 survint à plusieurs reprises un certain nombre d'abcès successifs, qui, étant ouverts chaque fois de très-bonne heure, ne donnaient pas lieu à des conséquences graves, mais qui du moins dénotaient une tendance marquée à la production d'un décollement entre les téguments et la paroi aponévrotique antérieure de l'abdomen.
Ce malade entra à la maison des frères, rue Oudinot, 17, et je le soumis à un traitement qui consistait dans l'injection de la teinture d'iode pure, une fois tous les trois jours.