TITRE VI. — CATHÈTÉRISME DE L'URÈTRE
soudre. Mais, en admettant la réalité dn fait de cette immunité, il y avait du moins une conjecture à tirer, c'est que, puisque la fièvre urétrale ne s'observe pas chez la femme, cela tient à ce que ce genre de fièvre est dû au contact instrumental de portions d'urètre dont la femme est normalement dépourvue.
La conjecture ne pouvait prendre quelque consistance que par un complément de démonstration, une contre- épreuve établissant que le cathétérisme exclusif des portions urét raies tout à fait propres à l'homme était susceptible de provoquer la fièvre urétrale. C'est là ce que l'observation est venue nous apprendre, et nous croyons aujourd'hui pouvoir avancer que la localisation de la fièvre urétrale se trouve dans les parties antérieures ou péniennes du canal de l'urètre.
Voici comment je suis arrivé à reconnaître ce fait intéressant.
Je donnais des soins à un malade atteint de fistules urinaires multiples. Plusieurs fois je l'avais sondé sans avoir jamais observé chez lui d'accès intermittents. Il avait même pu porter sans aucun inconvénient une sonde élastique mise à demeure. Je ne renonçai à l'emploi du cathétérisme permanent que quand je jugeai la dilatation urétrale suffisante.
Trois semaines après que le cathétérisme à demeure eut été abandonné, une nouvelle fistule s'ouvrit à la racine de la verge dans la portion dite bulbeuse de l'urètre. Les autres fistules siégeaient à la portion membraneuse; il en existait aussi une à la région hypogastrique.
Voulant m assurer de la position exacte de la nouvelle fistule dans ses rapports avec la portion pénienne de l'urètre, je conduisis une algalie de la fistule vers le méat urinaire, puis en sens inverse du méat à la fistule, mais sans pénétrer dans la portion du canal qui était en arrière de la fistule.
Ce cathétérisme, qui avait été aussi simple que peu douloureux, fut suivi d'un de ces grands accès fébriles à forme pernicieuse que tous les chirurgiens ont été à même d'observer. — Or, le cathéter était resté tout à fait étranger à la portion membraneuse, à la portion prostatique et à la région du col de la vessie. Il n'avait eu de contact qu'avec les parties antérieures ou péniennes de l'urètre, et il y avait eu fièvre urétrale intense.
L'événement tout fortuit de ce cathétérisme partiel de l'urètre avait donc donné cours à une expérience qui me parut de nature à apporter quelque lumière dans la question. — C'est pour cela que, jusqu'à preuve du contraire, j'ai cru pouvoir localiser dans la portion bulbeuse ou pénienne de l'urètre, non pas la fièvre intermittente urétrale, mais l'acte physiologicopathologique à l'occasion duquel cette fièvre se produit.
(Voyez pour de plus amples détails sur cette question notre article publié dans le Moniteur des hôpitaux, n° du 20 nov. 1857, et Union médicale de la Gironde, 4857.)
L'acte si simple en apparence qui consiste à faire pénétrer un instru-
Dans la grande majorité des cas les bougies ordinaires suffisent pour cette exploration.
On peut se servir aussi avec avantage de bougies terminées par une petite boule dont le diamètre est un peu plus grand que celui de la bougie. Or, il arrive que, quaud l'extrémité renflée, poussée d'une manière continue par la main du chirurgien, a franchi le point où siège le rétrécissement, on sent, dès qu'on veut retirer l'instrument, qu'il est pincé par les parois du canal.
Veut-on apprécier la forme, le degré et l'étendue du rétrécissement, les bougies emplastiques et surtout les bougies en cire, laissées dans le canal assez longtemps pour s'y ramollir, fourniront à ces divers égards les renseignements dont on aura besoin.
Pour arriver au même but, M. Ségalas a imaginé une sonde élastique graduée, ouverte par les deux bouts et dans laquelle on introduit un stylet d'argent boutonné dont la boule est poussée au delà du rétrécissement. La sonde de gomme retirée, on constate le rétrécissement comme avec une bougie à boule.
Amussat se servait d'une longue canule graduée, percée d'un conduit tout près de son extrémité, et recevant un mandrin terminé par une petite lentille qui ferme le conduit et donne à la canule la forme d'une sonde. — A l'aide d'une vis située à l'autre extrémité du mandrin, on fait saillir la lentille qui explore l'urètre lorsqu'on retire l'instrument.
La dilatation, l'incision et la cautérisation constituent les trois méthodes de traitement définitif auxquelles on peut soumettre les rétrécissements de l'urètre.
1° Dilatation. — Elle peut être progressive ou forcée.
Dilatation progressive. — Pour les malades qui n'ont point à vaquer à d'autres occupations que celle de se guérir promptement, je n'hésite pas, malgré tout ce qui a été dit de l'inconvénient des sondes à demeure, à les traiter par la dilatation permanente. Seulement, je ne débute jamais par des sondes , mais par des bougies très-fines qui me servent à obtenir au bout de quelques jours la tolérance du canal. C'est alors, et alors seulement, que je commence la dilatation par l'accroissement strictement gradué des bougies, qui sont bientôt remplacées par des sondes.
Il y a donc dans ce traitement deux périodes : celle de la tolérance et celle de la dilatation proprement dite.
Pendant la première période, les malades doivent uriner, la bougie étant en place.
Dans la deuxième période, ils urinent par le canal de la sonde. Chaque sonde est alors laissée deux ou trois jours en place, et à chaque renouvellement on présente un numéro plus élevé que celui de la sonde qu'on veut remplacer.
Chez les malades qui ont le loisir de consacrer plus de temps à leur irai-