‹ Traité clinique et pratique des opérations chirurgicalesChapitre 32 sur 236 · HYDROCÉPHALIE CHRONIQUE · texte numérisé non relu

HYDROCÉPHALIE CHRONIQUE

Indications et contre-indications. — Avant toutes choses, il importerait de savoir quelle est la durée moyenne de la vie chez les enfants atteints d'hydrocéphalie chronique. C'est la condition sine qvâ non d'une bonne appréciation en matière d'indications et de contre-indications. Et , chose étrange, c'est la considération qui a été le plus négligée.

Dans mon travail sur les tumeurs de la voûte du crâne, j'ai rappelé des exemples de sujets qui ont atteint toutes les périodes de la vie, même la vieillesse, avec une hydrocéphalie bien constatée. Tous ces individus de 12, 15, 20, 30, 40, 50 ans et plus, que leur serait-il arrivé, si l'on eût eu recours à la ponction avec ce laisser-aller et cette conBance que supposent quelques observations fort contestables? N'est-il pas infiniment probable que les deux tiers ou les trois quarts de ces sujets auraient succombé de trèsbonne heure ? Et pour ne parler que de deux enfants que j'ai eus sous les yeux, l'un a vécu 23 mois, l'autre 14. Y a-t-il un chirurgien qui les eût

conduits jusque-là en leur pratiquant la ponction dans les premiers temps de la maladie, qui chez ces deux enfants a commencé vers la sixième semaine après la naissance ?

Une autre donnée à établir, quand on pose la question opératoire, est celle-ci : L'hydrocéphalie, chez le malade à traiter, est-elle en progrès appréciable? est-elle en état stationnaire? est-elle en marche décroissante?

Opérer lorsque la maladie est en voie de décroissance spontanée, ce serait tout bonnement absurde.

Opérer quand le mal est stationnaire, c'est un peu moins déraisonnable; mais suivant nous on doit s'abstenir. D'abord parce qu'en amenant une perturbation quelconque dans l'état actuel de la maladie qui n'empire pas, on s'expose à donner une impulsion nouvelle à la sécrétion morbide ; ensuite parce qu'on se prive du bénéfice possible d'une guérison spontanée qui avait chance de se produire par le fait de la suspension actuelle des progrès du mal .

Une condition indispensable à nos yeux pour opérer, et ce n'est pas la seule, c'est donc que le mal soit en état actuel de progrès.

Une autre source d'indications se puise dans la considération de l'état général des fonctions.

Quand il existe une altération fonctionnelle grave, comme une hémiplégie ou une paraplégie, il y a contre-indication parce que la lésion fonctionnelle suppose que l'hydropisie encéphalique est liée à un vice de conformation congénital ou à une maladie acquise des centres nerveux, maladie assez grave pour ne laisser aucun espoir d'une guérison profitable.

Enfin il y a des indications fournies par le degré de tolérance de l'économie pour une tumeur aussi volumineuse que l'est dans certains cas la tête du malade atteint d'hydrocéphalie chronique. Chez l'un de mes petits malades âgé de 14 mois la tête mesurait 84 centimètres de circonférence, chez l'autre malade âgé de 23 mois, la circonférence de la tête était de 6(y centimètres, chez ce dernier la tolérance était parfaite. L'enfant se développait très-bien; il n'y avait aucune trace de dépérissement ni de souffrance ; la dentition se faisait régulièrement, et (à part la nécessité d'une personne occupée à soutenir la tête, dans la crainte que par son poids considérable, celle-ci, venant à s'infléchir brusquement, n'amenât une rupture des vertèbres cervicales, la vie était parfaitement œmpatible avec cet état.

Opérer cet enfant nous eût paru une faute, et nous nous sommes borné à enduire toute la surface de la tête avec de la pommade iodée, en insistant sur la région de la fontanelle antéro-supérieure, qui pour nous est le lieu d'élection des absorptions médicamenteuses que l'on veut provoquer à la surface de la tête, en raison de l'abondance du réseau lymphatique dans ce point.

Page 1