DU CRANE
Tumeurs cornées.
Il est des cas rares oti, dans les tumeurs enkystées, il se forme une masse d'apparence cornée, qui adhère au kyste, ou plutôt en procède. Ces tumeurs s'ouvrent d'ordinaire, et la substance cornée, s' échappant par l'ouverture, acquiert parfois des dimensions considérables. Everard Home décrit une corne de cette espèce qui avait il pouces de long sur S 4/3 de circonférence.
Ces tumeurs cornées, de forme et de volume variables, sont communément contournées comme les cornes du bélier, et on en a vu qui décrivaient des spirales; demi-transparentes, comme la véritable substance cornée, tantôt rugueuses à la surface et opaques, elles cèdent à l'effort du couteau, et montrent dans tout l'ensemble de leurs caractères physiques la
plus grande analogie avec les ongles déformés, hypertrophiés, que l'on voit assez souvent, aux orteils surtout. Elles leur ressemblent aussi sous le point de vue de leur structure histologiquc. D après l'examen de plusieurs d'entre elles, elles se composent d'une substance cornée, facile à couper ou à racler; au microscope cette substance parait presque amorphe comme le tissu des ongles; mais si on la laisse digérer longtemps' dans la potasse caustique, elle se réduit en petites écailles tout à fait semblables à celles que fournit, par le même traitement, la substance des callosités de la peau, des cors, etc. (Vogel, Traité d'anat. path., 4847.) Bornons-nous à rapporter ici une observation citée par À. Cooper.
Obs. — John Kennedy, jardinier, s'aperçut pour la première fois, en 1790, de l'existence d'une tumeur qui naissait à la partie supérieure de la tête, et qui fut enlevée avec l'instrument tranchant environ trois ans après son apparition. Peu de temps après cette première opération, il se développa sur la même partie une substance cornée qui continua à s'accroître pendant les quatre années suivantes, au bout desquelles elle se détacha spontanément. A cette époque, la tumeur avait 3 pouces de longueur. Je remarquai, dit le docteur Roost de Kingston, auteur de l'observation, que la surface d'où elle s'était détachée était parfaitement lisse et ne présentait aucune trace de sécrétion quelconque.
Au bout de quelques mois, à partir de cette époque, une production nouvelle commença à paraître présentant l'aspect d'une corne de bélier : je la laissai croître durant sept années, suivant pas à pas ses progrès, et attendant qu'elle tombât d'elle-même lorsqu'elle serait arrivée à un certain degré de maturité; car telle était la marche que la tumeur précédente avait suivie.
Mais en 1811, Kenendy avait beaucoup à souffrir des inconvénients qu'entraînait l'accroissement de cette production, et devenant en quelque sorte la bêle curieuse des ignorants villageois, je fus conduit à mettre un terme à la gêne du malade, non-seulement par l'ablation de la corne, mais encore par la dissection et l'excision du kyste afin de prévenir le retour d'une nouvelle formation de matière cornée. Huit ans après l'opération, aucune production analogue n'était survenue. (Œuvres chirurgicales d'A. Cooper, traduites par E. CKassaignac et G. Richelot, p. 590.)
D'après ce qui précède, l'origine des cornes accidentelles, qui ne se développent pas seulement à la tète, quoique ce soit leur siège de prédilection, ne saurait être douteuse. Nous admettons avec Everard Home, A. Cooper, Vogel, etc., que ce sont des productions de nature épidermique de la face interne d'un kyste.
Pour les faire disparaître radicalement, il faut, comme l'a fait le docteur Roost, enlever le kyste avec la production cornée. Enlever cette dernière seule, c'est laisser place presque inévitablement à une récidive.
Pour de plus amples détails voyez :
E. Home, Philos\ Trans., 1791; Meckel, Pathol. Anat., t. II, p. 276; Cooper, Surgic. Essays, t. II, p. 233, 1820 ; Rayek, Traité des maladies de la peau, Paris, 1835, t. III, p. 640.